SixTer
Six mois dans le Ternois
De Janvier à Juin 2026, Aurore et Lucien vont passer douze semaines dans le Ternois, dans le cadre d’une Résidence Mission avec la Communauté de Communes et accompagnées par Pollen. Après une première semaine ensemble, iels viendront chacun·e leur tour à la rencontre des habitant·es. Ce qui suit est leur correspondance et leur journal de bord.
Les partenaires de cette résidence sont : La Direction Régionale des Affaires Culturelles (DRAC) Hauts-de-France, en partenariat avec la Délégation Régionale Académique pour l’Éducation Artistique et Culturelle (DRAEAC), l’association Pollen, et en lien avec le Conseil Départemental du Pas-de-Calais et la Communauté de Communes du Ternois.
Petites annonces
Pour le Dalida Project : Lucien chercher à monter un groupe de fans de Dalida afin de ses réunir pour préparer une présentation sous forme de petit spectacle qui sera présentée le 10 juin à la médiathèque de Frévent. Vous adorez Dalida ? Envoyez-nous un mail à laponcternois@gmail.com
Pour l’installation Comment on danse dans le Ternois ? : Aurore cherche des personnes à interviewer sur leur rapport à la danse (réussites et échecs bienvenues) et Lucien des personnes à filmer en train de danser (échecs et réussites bienvenues). Si vous encadrez un groupe, cela nous intéresse aussi. Écrivez-nous à laponcternois@gmail.com
Vendredi 27 Février
La vaisselle est faite et essuyée, les draps défaits et mes bagages dans le coffre. Il pleut, mais ça tombe bien, je rentre chez moi. Ça y est Lucien, on est vendredi et ma semaine se termine tranquillement. Ce matin je suis allée rendre Marie Grouette à Auxi, elle, je la laisse dans le Ternois bien au chaud au fond de son puit. Je laisse aussi ici les derniers Fortune Cookies de la boîte pour Martine, les deux éditions de l’Abeille de la Ternoise, le paquet de dosettes de café et un bon gros demi plein d’essence, qu’est-ce que c’est vaste le Ternois ! Par contre, j’emporte ma super nouvelle combi de ski (ça tombe bien, la semaine prochaine je vais dans le Jura) et ma nouvelle carte de bibliothèque (ça y est, c’est fait !).
Mes premiers rendez-vous pour la semaine du 09 sont bien calés dans l’agenda et l’aventure commencera à 10h à Boubers, je ne suis pas certaine d’être accueillie par un elfe bleu aux sourcils multicolores mais normalement je devrais faire le tour du cimetière avec Jean-Luc (il doit bien avoir quelque supers pouvoirs !), et tout ça avant d’aller déjeuner à La Crémaillère avec Lohan qui travaille à la mairie.
Allez, salut Lucien et bon week-end !
PS : Gwenn et Marine, si vous lisez ces mots, je passerais vous voir dans l’après-midi du lundi 09 avant d’aller à la chorale à Auxi.
PS 2 : Jean-Michel, je t’envoie la partoche dès que j’ai trouvé.
PS 3 : Estelle, merci pour ton joli mail et on s’écrit pour se voir la semaine du 09.
Jeudi 26 Février
Aujourd’hui j’étais dans le Ternois, au p’tit bonheur la chance comme on dit. J’ai été à l’association ATRE à Frévent mais le directeur est en congé jusqu’au 02 mars. Qu’à cela ne tienne, je suis allé à la nouvelle piscine mais j’avais oublié mon maillot. J’ai écrit aux supporters du RC Lens mais personne ne me répond. Mais mais mais quand même, pour les supporters j’ai une piste par le biais du jeune homme derrière le comptoir de La Civette qui se trouve être le fils du président de l’asso, du coup à la piscine j’ai réservé une place au créneau d’aquabike du jeudi de ma prochaine semaine (note pour moi-même : bonnet de bain obligatoire !) et j’ai trouvé une magnifique combinaison de ski à la friperie de ATRE. Bon et puis, j’ai pris beaucoup de temps et de soin pour écrire cette lettre à la directrice du centre de tri du Ternois. Elodie de TernoisCom m’a donné le papier blanc, le stylo et l’enveloppe que je suis allée déposer en personne au centre de tri. La postière qui a pris ma lettre a délicatement scellé l’enveloppe et a donné un bon gros coup de tampon en me disant avec un grand sourire : « comme ça elle verra bien la date à laquelle ça a été écrit et déposé ! » On a croisé les doigts toutes les deux.
Mercredi 25 Février aussi
Tu sais Lucien, je ne t’ai pas tout dit. Hier soir avant d’aller à la raclette, je suis allée à la permanence de la médiathèque de Beauvoir Wavans, j’aime bien les permanences, je trouve ça rassurant de savoir qu’il existe des moments et des lieux où les gens peuvent se retrouver s’ils en ont envie.
J’ai rencontré Betty, Gigi et Aline. Il y avait Jean-Michel aussi et Monsieur le Maire est passé. On s’est mis dehors, il faisait plus chaud que dedans. On était bien, tous, là, avec notre petite table, dans la cour de récréation de l’école sans enfant, au calme, à la nuit tombante. Et plus la nuit arrivait plus on s’est raconté des histoires qui font peur. Des histoires de coupeur de feu, d’exorcisme de maison, de tête coupée, de rebouteux, de formule magique et de doudou coincé dans les lames du tracteur. La lune montait inexorablement dans le ciel et les langues se sont déliées, les souvenirs sont remontés et on s’est raconté des secrets. Je ne peux pas te les écrire ici sur ce blog sinon je sens que je vais avoir un peu peur ce soir toute seule dans le gîte. Évidemment à l’instant même où j’écris ces mots le poêle à pellets se rallume dans un bruit fracassant… J’arrête Lucien. J’arrête. Je sens que je commence à flipper !
Mercredi 25 Février
Hier Lucien j’ai découvert le Rêve d’un soir. C’est génial, tu vas adorer. Le principe est simple, tu choisis un de tes rêves et tu le formules à voix haute au reste du groupe, par exemple : « Je rêve qu’il fasse beau la semaine du 22 juin pour les 4 temps forts de la résidence, que tout se passe bien et qu’il y ait plein de monde qui viennent participer et assister aux spectacles. »
Et là, tout le reste du groupe réalise ton rêve :
Hugo se déguise en soleil.
Lohan réalise une magnifique vidéo qui donne envie à tout le Ternois de venir et même aux gens de la Somme !
Noah contacte l’USSP pour qu’il nous prête le terrain de foot avec les belles lampes très blanches qui font briller le costume d’Hugo.
Adélaïde fait la régie générale du spectacle, elle gère de ouf ! Elle a un talkie-walkie et elle court partout et maîtrise tout.
Thomas lui, il accueille le public venu en masse. Il y a tous les âges, de la Mater à l’Ehpad et il prend soin de chaque personne, explique comment ça va se passer : « ça va bien se passer. »
Arthur il distribue les tickets et les programmes à tout le monde, comme un croupier au casino : stylé, discret, indispensable. Il gère aussi l’hélicoptère.
Estelle est au Merch, elle tient un stand avec des chaussettes fantaisies qu’elle a confectionné elle-même, avec en imprimés des photos des habitant·es du ternois. Sublime. Elle a la tchatche et va tout vendre, c’est certain !
Et Léa elle gère l’espace chill-out, si des gens ont besoin d’être au calme, de prendre le temps et/ou d’être rassuré : Léa est là, pas de panique !
Tu vois, c’est génial ! Moi en tout cas je pense que ce rêve va se réaliser, c’est certain.
Et hop, tu viens de découvrir les prénoms de toutes les personnes avec qui j’ai partagé une raclette hier soir. Il y avait aussi Yoann et Perine qui ont joué les supers intermédiaires et Louis mais il est arrivé plus tard et il avait déjà mangé. Tous et toutes iels sont animateur·ices et/ou directeur·ices et s’occupent de tous les enfants du Ternois.
J’aimerais bien qu’on se revoit et j’aimerais bien leur proposer de jouer dans une de nos 4 performances de juin. Mais Lucien, je crois qu’il faut d’abord que j’affine un peu mon rêve et que surtout je leur demande à elleux à quoi ils et elles rêvent !
Mardi 24 Février Bis
Est-ce que tu savais que pour ne pas porter malheur en mer, on ne change jamais le nom d’un bateau ? Les Ballastières sont donc restées Les Ballastières. Dans l’ordre, ces quatre immenses bâtiments ont été une maladrerie, un corps de ferme, un repère de motard·es et aujourd’hui un lieu d’accueil d’artistes en résidence ouvert sur le village. Giulia et le collectif qui font vivre le lieu ont acheté en 2023.
Quand j’arrive, le grand porche orné de fanions de fête est ouvert. Tout de suite à gauche il y a un petit magasin « prix libre », les voitures sont garées dans l’immense court centrale où des petites terrasses de jardin longent les murs. Giulia sort sur le pas d’une porte et me fait signe de la suivre, nous entrons dans la cuisine. Elle m’offre un café et me raconte l’histoire du lieu, de leur bande de copain, leurs premières recherches, le collectif, l’achat, les réunions pour le projet, la structuration, les associations qui les accompagnement… Le café avalé, elle m’embarque pour une visite guidée. La maison du collectif, le salon et le bureau de l’asso, 7 chambres et leur salle de bains, un dortoir avec des petites cabines individuelles et des douches collectives, une salle de jeu avec un billard qui n’attend que les beaux jours, trois gîtes individuels dont 1 PMR, une salle de spectacle avec un bar et une scène équipée, la salle de répétition est actuellement occupée par des artistes qui travaillent sur leur prochaine création « et il y a encore plein d’espaces à inventer ! » me dit Giulia. Je n’en reviens pas. C’est immense, beau et chaleureux. Je sens la fierté dans son regard « Attends Aurore, il faut que tu vois les extérieurs ! » On fait le tour des bâtiments et on entre dans une grande prairie en friche, je n’ai pas mes bottes mais au bout il y a un kiosque ouvert abrité par une superbe charpente en bois et un noyer majestueux qui fait de l’ombre l’été. Le terrain est bordé par la Ternoise et les rails du train qui passe de temps en temps.
En revenant s’assoir à la table de la cuisine j’ai le souffle un peu court, ça se bouscule dans ma tête, j’ai plein de questions. Je respire et je lui demande un peu maladroitement s’il y a eu un rituel d’emménagement. Giulia réfléchit et me dit :
« Nan, mais il y a l’esprit de Sue dans ces murs. » Sue c’est l’ancienne propriétaire, elle vivait là avec son mari Paul et ils accueillaient les motard·es de passage. « Quand on a racheté, on a tout de suite fait portes ouvertes, le jour de la brocante, et les gens du village sont venus, des femmes ont pleuré, elles m’ont parlé de Sue. Apparemment c’était une femme incroyable, très généreuse et hospitalière, tu devrais demander aux gens du village Aurore. Je sais pas comment dire mais je sens que cette bâtisse a été aimée. Que ce jardin a été aimé. Il y a des fleurs à chaque saison. Et des oiseaux qui chantent. A la base je suis pas très oiseaux mais depuis que je suis ici je me surprends à installer des mangeoires, des tasses avec de l’eau, pour eux, pour les oiseaux. Je crois que je porte une sorte de responsabilité vis-à-vis de cette maison et des gens qui l’ont façonné avant nous. »
Avant de se quitter sur un « à bientôt ! merci ! bisous ! je t’écris ! merci encore ! ça va être super ! bonne soirée ! merci ! » Giulia me donne plein de nom de personnes à rencontrer, hé béh on a du pain sur la planche Lucien ! Mais ne t’inquiète pas, je vais bien faire attention à ne pas le mettre à l’envers, ça porte malheur.
Mardi 24 Février
Cher Lucien,
Ce matin en me réveillant j’ai décidé d’aller explorer les endroits préférés des habitant·es du Ternois, car malgré les arrêts maladies et les gens en vacances, l’aventure doit continuer cher coéquipier. Je me suis souvenu qu’on nous avait plusieurs fois parlé de la pâture aux Mille Trous, alors je me suis dit que c’était un bon point de départ : un trou. J’ai avalé un café, sauté dans mon jogging et enfilé mes chaussures du lidl de Frévent. Viso rando m’a escorté jusqu’au point de départ de ma balade et je lui ai mis 45 minutes dans la vue, j’ai gambadé en essayant de pas tomber dans les trous. Il n’y avait pas foule, pas d’humain en tout cas mais j’ai trouvé le repère secret de 4 chouettes que j’ai bien évidemment dérangé pendant leur repos diurne… mais je me suis dit que c’était de bon augure, pour notre aventure. En parlant d’augure, j’ai vu Martine hier qui m’a dit : « tu sais Aurore, dans ma vie, j’ai pas de chance ». Du coup en allant faire mes courses pour la semaine je lui ai acheté des Fortune Cookies, je me suis dit que ça lui remonterait le moral. Elle a brisé son gâteau et la bonne fortune lui a dit : « Il faut laisser le passé derrière soi. » ça lui a plu je crois, elle a glissé cette petite phrase dans son grand cahier avec un joli sourire naissant qui en disait beaucoup.
Ça m’a rendu curieuse cette histoire de chance et de bonne fortune alors je me suis dit que j’allais demander aux habitant·es du Ternois de me raconter leurs rituels de chance. C’est à ce moment-là qu’Antoinette m’a appelé. Je lui parle de toutes mes histoires de superstitions et elle m’a donné le contact de deux familles d’agriculteurs·ices. Je me suis permise de les contacter pour savoir si ce serait possible de venir sur leur exploitation les interroger sur les superstitions locales… j’attends leurs retours en croisant les doigts (askip parfois ça fonctionne pour avoir de la chance !).
Toujours en quête de bon conseil je file retrouver et questionner Jean-Michel sur mon sujet et il m’emmène dès demain matin voir Notre Dame du Chêne, ouf ! On a failli tout rater Lucien ! Évidemment, il faudra aussi que je te parle des bouquets accrochés aux cheminées, des œufs pour le soleil, des 7 brins de blé, du premier chant du Coucou, des dessus d’armoire et des fontaines bleues… mais je vais investiguer encore un peu. La nuit porte conseil !
Quelle soit belle et douce en ce premier quartier de lune.
Lundi 23 Février
Cher coéquipier Lucien,
Me voilà attablée, au chaud et en hauteur dans notre QG piscicole pour te narrer ma première journée d’aventure dans le Ternois.
Tout a commencé sous un ciel gris et bas, à Pernes, dans une petite salle obscure de la médiathèque, avec Melissa : Maîtresse du jeu. Autour de la table nous sommes 4 joueuses, mais avant toute chose, on doit choisir nos personnages. Et je choisis Lully, la Gnome. « Barde Gnome, élevée dans l’errance et le spectacle dont la vie est une course effrénée vers la prochaine grande histoire ». Sans hésitation, j’enfile mon costume et avec les copines nous entrons dans le musée d’un elfe bleu aux sourcils multicolores qui nous confie notre mission :
« Je dois tester la sécurité de mon musée alors cambriolez moi le plus possible, testez la sécurité de chacune de mes salles et dépouillez-moi, vous avez deux heures ! »
Tic tac tic tac ! Go go go ! Nous évitons sagement la taverne et nous entrons dans une première salle encombrée d’armures et pleine de vitrines débordantes d’artefacts plus aguichants les uns que les autres. Au moment de chiper un très joli collier orné de demi-lunes nous apercevons une des armures bouger et elle commence à nous attaquer ! Nous nous défendons collectivement, chacune notre tour, à base de coup de dague, de jet de sorts, de tire d’arc et de luth (oui, je suis « une musicienne hors pair ») et nous finissons par lui trancher la tête. Je me remets à peine de mes émotions que mes coéquipières m’entraînent déjà explorer de nouvelles pièces. Et ça tombe bien Lucien car je « ne cours pas après la gloire, je cours après le frisson de l’histoire en train de se faire ». Sache aussi que je parle couramment le Commun, le Gnome et l’Elfique, que j’ai une Force de 11, une Dextérité de 16, une Intelligence de 13, une Sagesse de 7 et un Charisme de 16. « Mon courage frôle l’inconscience, je ne calcule pas les risques, je les ignore. » Et j’en paye très vite les conséquences, nous voilà prises au piège dans le sous-sol du musée avec… nos Bad-doubles ! Je me retrouve à me dédoubler en Bad-Lully qui attaque la Good Lully et qui l’immobilise grâce à un sort d’immobilisation (trop forte la Bad-Moi !). Prise au piège par moi-même je regarde patiemment mes coéquipières batailler contre leurs propres doubles avant que le directeur du musée aux sourcils multicolores n’apparaisse dans un claquement de doigt pour nous remercier de notre mission.
Sache Lucien, « que d’où je viens la solidarité n’est pas un vain mot et que j’ai appris chez les saltimbanques à travailler main dans la main avec mes équipiers » alors là, je ne regarde pas derrière moi, je démarre ma voiture et je fonce à Frévent acheter l’Abeille de la Ternoise comme tu me l’avais conseillé, cher équipier Lucien !
A demain pour de nouvelles aventures, attention aux dégâts (1D20+6) !
PS : J’ai hâte que la nuit tombe car je vais pouvoir tester ma vision nocturne qui s’étend dans un rayon de 18 mètres hihi, je vais bien en profiter !
Jeudi 19 Février
Bonsoir Aurore,
En entamant ce nouvel article je me suis rendu compte que je n’avais encore une fois pris aucune photo aujourd’hui. Bon, il faut dire qu’il a fait très gris et que ça n’est pas ce qui habille le mieux les paysages en hiver, mais tout de même, je me dis qu’il faudrait que j’y songe pour rendre la lecture de cette page plus agréable. Je me fais une note mentale à moi-même.
Ce matin, je suis arrivé à 9h à TernoisCom. Élodie a l’accueil a dit « Bonjour Lucien », j’étais ravi. « Tu vas au service culture ? – Non, j’ai rendez-vous avec Sophie de la communication. – Ah bon ? pas avec la culture ? ». Alors elle a prévenu Sophie, et nous avons une petite interview, la moitié que tu devras compléter la semaine prochaine, dans l’espace de coworking. Je me suis assis dans l’un de ces deux énormes fauteuils oranges et j’ai dit qui j’étais, ce que je faisais là, et le moment que j’avais préféré cette semaine, face caméra, en reprenant mes phrases au début quand je m’emmêlais les pinceaux. Sophie a trouvé que je parlais assez facilement du projet. Mission accomplie.
Puis j’ai suivi Sophie jusqu’à son bureau qu’elle partage donc avec Léo qui s’occupe de toutes les affiches de tous les services de TernoisCom. Je venais transmettre le cahier des charges des organisateur·ices du festival de juillet que j’ai rencontré hier :
– une image colorée, qui reprend par exemple les couleurs des projecteurs de concert, avec tous les couleurs de l’arc en ciel ;
– l’apparition d’une scène et d’un public qui fait la fête ;
– un environnement plutôt urbain, à l’heure du coucher du soleil ;
– la présence d’un cours d’eau qui rappelle la Ternoise qui traverse le square Warstein où aura lieu la scène ouverte.
Léo proposera prochainement deux affiches aux adolescent·es qui pourront ainsi choisir leur préférée et faire des retours pour être au plus proche de leur envie.
Et là, je me suis rendu compte que tout ça avait été très efficace et que donc j’avais du temps pour rentrer au gîte. Là on s’est appelé toi et moi parce qu’en parallèle on est en train d’écrire un gros dossier pour une prochaine création, mais tout ça je ne détaillé pas, tu sais tout, et il faut d’abord que je finisse de t’écrire avant de me plonger dedans ce soir.
À 11h55, j’étais devant la boulangerie Aux Chichis d’Auxi parce que j’étais invité à une auberge espagnole ce midi. Fermée. La supérette fermée. La boucherie fermée. J’étais bien embêté. J’ai demandé à Jean-Michel si je pouvais venir les mains vides il m’a dit « pas de problème il y a de quoi partager ».
Jean-Michel qui s’inquiétait parce qu’il ne me voyait pas arriver. C’est que je faisais un petit point avec nos très chères Elyne et Anne-Sophie de Pollen sur la résidence : ce qui va, ce qui va moins bien, ce qu’on pourrait améliorer… C’est tellement confortable de savoir qu’elles deux nous chouchoutent et font en sorte que tout se passe au mieux pour nous ici.
Là donc je dis à Jean-Michel que j’arrive et je file à Beauvoir-Wavans (c’est juste à 5 minutes de route d’Auxi). En fait, il m’a convié à venir écouter Léa et Jason de Faubourg 132 qui ont fait un super projet jusque juin 2024 autour de la Transternésienne. Les habitant·es ont dessiné sur un calque par dessus les photos du chemin le futur dont il rêve pour les différents spots de cette promenade, les constructions qu’iels aimeraient voir apparaitre. Léa dit « On sent que là c’est le bon moment », c’est-à-dire le moment pour se relancer dans deux ans de présence afin de construire les rêves, en dur. Il y a plein de partenaires autour de la table, et les deux artistes ont préparé un très beau dossier artistique qui explique tout ce qui a eu lieu, et tout ce qui pourrait advenir. Il y a un dossier de subvention à déposer pour la semaine prochaine (tu vois, tout comme nous) et iels viennent s’assurer que tout le monde est d’accord pour repartir à l’aventure. Oui, tout le monde l’est. Là, petit cafouillage, une question administrative bloque, qui dépose ? comment on fait avec l’argent ? Léa qui avait été hyper convaincante (j’ai adoré l’écouter, je voulais déjà participer à leur projet) panique un peu. Ça passe des coups de fil, il faut trouver une solution, vite. Pendant ce temps-là on mange, on boit, (mention spéciale au moelleux au chicon, et à la crème anglaise maison), Jason me donne une bonne adresse pour manger pas cher (le PMU d’Auxi), je dit à Janick que j’ai un projet à lui proposer, je présente à tout le monde ce qu’on fait nous là, ici, et déjà je dois partir. Je dis au revoir à tout le monde, et enfin à Léa. Elle me dit « si tu veux savoir aussi, c’est bon, on vient de trouver la solution, on dépose le dossier ». Oui je voulais savoir, et ohlala comme je suis content pour elleux.
J’arrive tout pile à l’heure à la Pannerie, le foyer de vie d’adultes en situation de handicap de Frévent. Je viens pour qu’on danse, et que je les filme en train de danser. Iels sont content·es de me voir arriver, et je sourit très fort, et je fais quelques blagues. Rapidement Dylan qui ne voulait pas se joindre à nous semble me trouver sympathique et vient s’assoir juste à côté de moi. Jennyfer est stressée, elle n’est pas sûre de savoir danser. Françoise est à fond les ballons, de toute façon depuis que j’en ai parlé à la gym douce lundi du fait que j’allais venir, elle est prête. C’est super effrayant d’avoir quelqu’un qui débarque pour filmer, surtout quand on danse, alors je rassure tout le monde : rien n’est obligatoire, et même quand on ne bouge pas on danse déjà un peu. On souffle un bon coup. Et puis on s’échauffe, on créé le début d’une chorégraphie collective, que l’on met ensuite de côté, l’idée c’est de danser librement, pas de suivre des indications. Chacun et chacune se lance et les huit personnes qui étaient là passent toutes devant la caméra. On choisit leur chanson préféré, Stéphane les lance sur son téléphone et go. Moi je crie « c’est super, lâche rien, encore plus haut les bras », et quand je sens la panne d’inspiration je coupe. C’est super joyeux.
Bon, le problème, je ne te le cache pas, c’est la lumière. Sur mon écran, l’image est toute grise et parfois flou, ça manque de lumière. Je leur dit direct : « vous tout va bien, moi je doute ». Je dis que je regarderai tout ça plus tard, voir ce que je peux faire, et si jamais c’est pas bien, je reviens au printemps et on remet ça mais dehors, sous le soleil. Personne ne m’en tient rigueur et tout le monde est prêt à recommencer si besoin. Me voilà rassuré.
En rentrant j’ai vu Martine, j’ai réservé une semaine de plus dans son gîte et elle m’a écrit « Avec grand plaisir,
je prendrai bien soin de vous ». Merci Martine.
Je viens de relancer le poêle à pellets, la nuit est tombée.
Je t’embrasse,
Lucien
Mardi 17 & Mercredi 18 Février
Chère Aurore,
Oh comme les journées furent denses ces deux derniers jours. Je n’ai pas trouvé le temps de t’écrire avant maintenant. Je viens d’arriver à Tartous et Compagnie, où j’ai été accueilli par Fabienne avec un crêpe toute chaude, les restes du mardi gras. Les confettis sont partout sur le sol et je serais bien resté au comptoir pour siroter mon verre, mais d’abord je voulais t’écrire quelques lignes.
Hier, le début de la journée ne s’est pas passé exactement comme prévu. J’avais rendez-vous avec Jean-Charles de l’espace numérique de St-Pol-sur-Ternoise, mais il venait d’apprendre qu’il avait finalement un groupe d’enfants qui allaient débarquer sous peu. Alors, on a reparlé très rapidement de ce projet de grosse machine DIY pour contrôler nos ordinateurs pour nos futurs spectacles du mois de juin, vérifié que notre idée était réalisable, pensé à quel groupe on voulait faire participer à cette création et déjà les enfants étaient là. Iels venaient faire un atelier avec le logiciel RPG Maker. Je n’ai écouté que le début, parce que sinon j’aurais passé le reste de ma semaine à geeker sur les ordinateurs. En effet ce logiciel permet de créer de toute pièce un monde et une histoire dans l’esthétique de Zelda ou de Pokemon. On peut créer des cartes, des personnages, écrire les interactions, créer des quêtes. Bref devenir le créateur du jeu. Je me suis dit que peut-être quand tu auras fait ta formation jeu de rôle et rencontré les ados de Pernes, ça pourrait être un outil qui t’intéresse pour l’histoire ternoise que vous avez envie de créer. Mais on en est pas là. Moi j’ai fui, gardant en moi mes pulsions de fan de nouveaux outils informatiques.
Ça m’a laissé le temps de faire une sieste au gîte. J’ai réussi à en faire une (petite) tous les jours. Tout à l’heure d’ailleurs c’était drôle parce que j’ai mis endormi mi éveillé, et je voyais se mêler derrière mes paupières ce que j’écoutais à la radio et des situations absurdes, pendant plusieurs minutes. Tu sais à quel point j’apprécie être dans cet état là, j’ai rigolé, tout seul au gîte du Moulin.
L’après-midi j’avais rendez-vous à Auxi pour créer des petits bouts de Moi, canard, une réécriture du conte du Vilan Petit Canard. Les enfants adorent cette histoire, et Jean-Michel de la médiathèque avait eu le temps de commander le livre édité chez Cambourakis, et les illustrations ont fait l’unanimité. Iels étaient douze enfants et quatre adultes en face de moi, dans l’extension de la médiathèque où le soleil entrait par les fenêtres, on a eu très chaud, et Jean-Michel a fini par aérer à grandes ouvertures la salle. En effet, à force de faire les grenouilles, les très grandes étoiles de mer et les tout-petits oursons, les éléphants, etc. tout le monde a bien sué et ça sentait fort la faune du monde entier. Il y a avait des très petit·es (7 ans) et des très grand·es (11 ans) et c’était pas super facile de trouver ce qui allait plaire à tout le monde. Et puis, tu le sais, je n’ai pas mon BAFA, alors je sais pas toujours comment être « divertissant ». Certain·es ont adoré lire des passages du texte hyper difficile, d’autres ont adoré se rouler par terre, la plupart ont aimé faire des tableaux de mare aux canards. Mais finalement on a pas fait un spectacle. L’idée de répétition n’a attiré personne, alors j’ai varié les plaisirs, et été attendri et touché par la façon dont chacun·z interprète une seule fois la sirène, ou la maman canard. J’ai dit : « attention là c’est écrit COIIIIN COIIIIN et non COIN COIN, il faut bien entendre la différence », et tout le monde a bien compris.
Je repensais remettre le couvert autour du texte ce matin avec un autre groupe de 12 enfants et 4 adultes, mais quand je suis arrivé Amandine, la directrice, a dit : « ah je pensais que ce serait une femme. Tu viens pour faire de la danse c’est ça. » J’ai dit : « ah non c’est moi. Et oui on va danser ». Ça me plaisait ce matin de danser plutôt que de faire du théâtre, j’avais encore les paupières gonflées et le corps engourdi alors c’était l’occasion de se mettre en jambe. C’étaient encore des très petit·es et des très grand·es, et aussi des très timides qui n’osent même pas dire leur prénom, et d’autres qui étaient hyper bavard·es. Alors encore une fois y’a des protocoles qui ont amusé certain·es, d’autres qui étaient trop faciles pour d’autres, j’ai jonglé, Aurore, j’ai jonglé comme j’ai pu. Dans le grand gymnase tout froid qui résonnait, j’ai raconté cette fois de mémoire toute l’histoire du Vilain Petit Canard, et tout le monde a trouvé l’histoire incroyable. Et à la fin, j’ai fait ce qui est finalement toujours une bonne idée : partir des désirs de chacun·e. L’un voulait faire du karaté, l’autre du hip-hop, l’une du judo, l’autre de la gym, et puis il y a eu ce tout petit qui ne savait pas dire son prénom qui a fini par y aller et qui temps que la musique durait bougeait ses bras en rythme, mi danse du robot, mi danse contemporaine, face à nous les yeux dans les yeux, imperturbable. Et en travaillant les entrées, les placements, les moments où ça commence et où ça s’arrête, avec un instant où tout le monde danse la même chose, ce gros mélange hybride a fonctionné, en tout cas suffisamment pour accélérer la cadence de mon petit cœur. Ça n’existera pas une deuxième fois. Et je crois que ça aussi ça rend cet instant très beau. Pour 12 enfants, 4 adultes et pour moi, c’est tout.
Mais j’ai brûlé les étapes, parce qu’il s’en est encore passé des choses à Auxi hier. D’abord Jean-Michel a pris cinq minutes pour me montrer le courrier du Roi d’Angleterre. Oui, tu lis bien, le Roi d’Angleterre ! Le groupe anglophone de la médiathèque lui a écrit, et lui, il a répondu. Preuve à l’appui :
Ensuite, Justine en service civique au Moulin, qui avait passé l’après-midi avec nous, m’a emmené rencontrer Catherine et Sandrine, tu sais celles qui sont en train préparer le Festival des Cannes. Le Moulin c’est un établissement de vie social situé dans une toute belle maison en plein centre d’Auxi. Avec les trois, j’ai passé un moment très doux, et hyper enthousiasmant. Elle m’ont raconté tout ce qu’elles font pour ce festival, le tournage qui se prépare, qui va être ÉNORME, plusieurs jeudis consécutifs, avec l’EHPAD, des primaires, des collégien·es, les familles qui viennent au Moulin. Elles voulaient faire petit la première année et faire plus gros l’année suivante. Mais échec, dès cette première année tout est très grand, très impliquant, très ambitieux. Je leur ai dit à nouveau à quel point j’avais envie de filer un coup de main pour tout ça, et surtout pour le jour de la sortie du film. Alors elle m’ont donné le cahier des charges, je leur ai dit ce qui me trottait dans la tête, je crois que tout le monde est satisfait. Mais malheureusement je peux pas t’en dire beaucoup plus ici parce que ça va être un secret, jusqu’au 13 mai. Heureusement que j’ai progressé dans le fait de savoir garder des secrets !
Là, il aurait pu être l’heure d’aller se coucher, mais l’Abeille du Ternois m’a eu, avec sa page activités de la semaine. En effet, au détour des colonnes, j’ai découvert que la compagnie les Parlantes, qui est en train de finir sa résidence dans les 7 vallées, c’est vraiment juste à côté, faisait une présentation de son travail à à peine 30 minutes de route. Eh bien moi, j’y suis allé. J’étais un peu en retard mais on il restait justement une chaise dans le rond des participant·es, et sans que j’ai eu le temps de réfléchir, je faisais déjà partie d’une chorale qui chantait une vieille chanson avec des Picards en lutte contre l’ennemi. Le travail de territoire des Parlantes était dans le cadre d’une commande autour du patrimoine. Alors après avoir bien chanté, nous avons écouté Sébastien Landrieux, non pas celui qui fait les visites homosexuelles de Lille, mais un autre historien, amateur celui-ci, qui est passionné d’Hesdin et sa région, là où nous nous trouvions. Du néolithique à la seconde guerre mondiale, il a raconté chacune des étapes historiques de là où il est né. Sous le regard intransigeant d’une habitante qui connaissait déjà l’histoire, et qui ne lui permettait pas de dire 1094 si c’était 1072. Les dates ce sont les dates. L’exposé termine, j’ai été invité à partager le buffet avec les 20 personnes présentes. Le jus des pommes du jardin de l’une, le pâté de sanglier d’une collègue de l’autre (« Vous êtes le Lucien qui était à Auxi cet après-midi ? », les nouvelles vont vite), de la salade de pomme de terre que mon amoureux aurait adoré, etc. Et puis ce fut au tour des Parlantes de nous présenter les scènes rédigées pendant leur résidence autour des chevaleresses. Une pièce de théâtre que nous lisions nous-même donc chaque scène finissait par un choix multiple. Sache que quasi unanimement c’est les femmes qui s’entrainent à se battre et les émissions de télévision qui gagnent à tous les coups. À 22h, épuisé, je me suis enfui avant le dessert. On se couche tard dans les 7 vallées.
Sur le retour, une biche. J’adore rouler de nuit ici. J’adore rouler tout court ici.
Ce matin, les canards, et cet après-midi j’étais avec les ados du Pass’âge qui préparent un concours de talent, une scène ouverte et un festival. C’était assez méta comme moment. J’avais l’impression de continuer à préparer notre résidence ici : trouver un titre accrocheur avec le mot Ternois dedans, créer des visuels qui donnent envie, s’adresser à des potentiel·les participant·es et leur donner envie de nous rejoindre en un texte qui tient sur un flyer, créer une affiche, organiser le calendrier, se répartir les tâches, etc. J’ai tenté de donner des bons conseils, de réfléchir à comment contourner certaines règles. Au bout d’une heure et demie, à court d’idée, je leur ai proposé de me passer une commande, et je leur ai dit que je leur enverrai des éléments demain soir. Je te montrerai mes propositions graphiques, et te parlerait des pistes de titre, mais avant ça, je dois faire décanter, faire reposer la pâte, comme Fabienne qui met de la bière dans sa pâte à crêpe puis qui la laisser lever ensuite pendant suffisamment de temps le temps que la levure agisse.
Voilà, je vais me reprendre un verre au bar, laisser la pluie glacée tomber un peu, et papoter au comptoir.
Bisous, bisous,
Lucien
Lundi 16 Février - la nuit
Aurore, de bon matin ce mardi, je prends quelques notes de ma soirée d’hier. La nuit est tombée bien vite, et quand je suis arrivé à Averdoingt il faisait déjà tout noir, et aussi tout grêle. Le refuge de la médiathèque fut doux et chaud. Et rapidement, la nuit est devenue irréel.
D’abord parce qu’Oxygène ton livre se passe autour d’une table ronde où chacun·e vient présenter ce qui l’anime, des livres bien sûr, mais aussi des réflexions, des films, des objets surréalistes, des stars que l’on rêve de croiser encore et encore. Je suis resté pendant deux heures autour de cette table, je ne pourrais bien sûr pas tout te raconter mais je te partage quelques extraits de ce que j’ai découvert avec cette société pas vraiment secrète.
Il y avait Yannick, Jean-Michel, Dominique, Mireille, Bernard, Chantal, et une dame qui étais partie quand j’ai demandé le prénom de tout le monde pour ce blog. Cette dernière venait de lire un livre mi-fictif mi-historique sur la vie de la mère de Léonard de Vinci, mais comme elle devait aussi s’occuper des emprunts de la médiathèque elle n’est pas resté à toute la réunion.
La poésie a été a l’honneur, et j’ai ainsi découvert le poète Jules Mousseron, ancien mineur, qui a écrit un poème qui devrait te plaire : il est en ch’ti et il s’appelle « Lutte des classes » :
Un mineur qui s’promno par derrière eul corron
N’veillot point s’t’ingénieur qui l’suivait d’un mètre long
Pensant qu’il est tout seul le mineur s’achemine
Et fait soudain un pet qui buc comme un coup de mine
« C’est pour moi qu’vous faites ça » que l’ingénieur lui dit
« Ché pour vous ? répond l’autre. Ah ben non, ché pour mi ! »
Et puis l’ouvrier s’en va bertonant à lui-même :
« Tous ché fainéants d’riches, i faudro tout leur faire »
Dominique, passionné de Fortel, nous a partagé un poème de Janine Soyez qui y habitait, et dont on fêtait justement l’anniversaire hier. Elle aurait eu 93 ans aujourd’hui, et ses rimes sont remplies d’amour.
On a eu une longue discussion sur la différence entre traduction et adaptation, et Yannick disait à quel point les chansons qui nous paraissaient si belles en langue étrangère devenait bien plates et insipides lorsqu’on les passait dans un traducteur informatique. Alors Bernard a conseillé de regarder le film La Femme aux 5 éléphants si comme lui la traduction nous passionne.
Mireille avait trouvé dans une vente aux livres, pour la modique somme de 50 centimes, un petit ouvrage dans lequel se trouve tout une quantité d’objets introuvables, avec croquis à l’appui, tel le peigne adapté à ceux qui n’ont plus de cheveux au-dessus. Et elle soulignait le fait que des objets improbables à l’époque avait fini par exister aujourd’hui : la baignoire à porte, ou le feu tricolore pour indiquer si les toilettes sont occupés, on en trouve dans les espaces publics des grandes villes et on a trouvé ça finalement bien pratique.
Jean-Michel demande si tout le monde a fini, sort le pétillant à la rhubarbe, et là Yannick intervient pour dire qu’il voudrait juste nous parler un instant de Jean-Jacques Goldman. Oh, comme tu aurais aimé Aurore, assîtes à la passion de Yannick pour ce chanteur, entendre toutes les anecdotes de télévision, de radio, de concerts, toutes les fois où il a croisé la route de JJG, des mots échangés. Un véritable ami-passion comme on les aime. Entre radio-crochet, Marianne Faithfull, Michelle Torr, Patrick Sabatier, l’émission Atout Cœur, le Car Podium de la Voix du Nord sur la route Lille-Hardelot, la Twingo de JJG, le premier étage du country club, tous les éléments d’une histoire truculente étaient réunis. Évidemment, le temps est passé trop vite, il était temps que je m’enfuis. J’ai laissé nos coordonnées à tout le monde, en leur disant qu’on espérait qu’il nous écrive.
Et la route du retour, 25 minutes, a fini de rendre étrangement magique cette soirée. Il y a eu le vent, la pluie torrentiel, un éclair soudain, des flaques qui faisaient jaillir l’eau de chaque côté de BB Kangoo, et tellement de lièvres, tellement de lapins, et même deux chouettes, qui ont attendu que je sois tout proche pour s’envoler. C’était un peu effrayant, et encore ce matin, je me demande si ce n’était finalement pas un rêve. J’aurais aimé que tu vois ça.
Ouhlala, 8h24. J’ai une journée qui m’attend moi. Je file.
Bisous.
Lundi 16 Février
Salut Aurore,
Voilà je t’écris mon premier message suite à mon premier jour tout seul passé dans le Ternois. J’ai déjà beaucoup pensé à toi.
Ce matin c’était le départ de Lille. Rassure-toi, le portail électrique de mon parking était réparé, j’ai donc pu aisément sortir BB Tango et démarrer sous un petit rayon de soleil. Petit parce que dès que j’ai longé les terrils jumeaux de Loos-en-Gohelle (oui, mon GPS avait décidé d’un nouvel itinéraire ce matin) c’est la pluie qui s’est présentée sous formes d’averse, mais je n’ai pas pris peur, et j’ai continué tout droit. Là,au moment où je t’écris, le soleil est de retour et pointe son nez dans le Gîte du Moulin. Martine a tout préparé, il fait chaud et ça sent le propre, elle te passe d’ailleurs le bonjour.
J’ai commencé la journée par rendre visite à Marine et Gwenaëlle à TernoisCom. Comme nous dans la compagnie, elles sont un peu sur tous les fronts en même temps, mais joyeuses. Même si, la semaine dernière, les conseillers pédagogiques leur ont dit que personne ne les avait prévenu de notre résidence. Mais pas de panique, elles et Pollen cherchent là où l’information s’est perdue, et on retrouvera très vite une relation sereine. Marine est partie en réunion, et moi en pause café avec Gwenaëlle.
On papote et j’en profite en même temps pour feuilleter le journal local, l’Abeille de la Ternoise, et là, tiens toi bien, qu’est-ce que j’apprends : la piscine de Frévent a « déjà » réouvert ! Oui je sais, on nous avait annoncé que cela pourrait encore prendre des mois, j’ai d’ailleurs laissé mon maillot de bain à la maison pour ne pas être déçue, mais en fait tout est rentré dans l’ordre et on pourra s’inscrire quand on veut à toutes les activités aquatiques proposées. « Et même l’accueil est très jolie » dit une collègue. Une autre lui demande « ah bon tu es déjà allé ? » « Non mais j’ai vu les photos. » Bref, en tant que reporter tout-terrain, je te laisse l’occasion de découvrir ça de tes propres yeux la semaine prochaine !
Je suis retourné dans le bureau de Gwenaëlle, on a fait le point sur la semaine, j’ai fait quelques impressions pour préparer mes interventions de la semaine, et puis je suis allé… m’acheter des baskets.
Oui, depuis ce matin je me disais que faire une rentrée sans basket c’était nul, que j’avais envie de chaussures adaptées au Ternois, alors j’ai foncé à Sport 2000 de la galerie marchande de l’Intermarché de Saint-Pol-sur-Ternoise. Quelle douce idée. D’abord parce que j’ai trouvé des baskets que j’adore déjà, et aussi parce que j’ai rencontré Anne-Sophie. Elle a vérifié à chaque fois que les chaussures étaient bien à ma taille, « il faut qu’il reste un demi-pouce », vraiment à chaque fois, ce qui m’a beaucoup rassuré, je ne me sens pas très autonome pour répondre à la question « ces chaussures sont-elles à ma taille ? » Et puis je lui ai parlé de notre résidence et elle m’a tout de suite demandé si on avait déjà rencontre Antoinette, tu sais, de la médiathèque de Frévent. J’ai dit bien sûr, et là j’apprends qu’elles sont copines. Alors je lui parle du Dalida Project, et de ma recherche de fans de Dalida, et elle me dit que je devrais me rendre à Art en Ciel, un club de peinture à Frévent, sa mère y est tous les lundis soirs (bon c’est fermé pendant les vacances, faudra que je patiente un peu). Anne-Sophie est de très bon conseil, elle connait aussi Magali, parce qu’elle travaille à la protection de l’enfance et elle s’est formée pour faire des lectures de conte. Je lui ai donné une carte, et j’ai pris son adresse mail, au cas où.
Je me suis acheté à manger et aussi l’Abeille de le Ternoise, une mine d’or pour tous types d’informations intéressantes. Et juste avant d’aller au gîte pour manger et faire une micro-sieste, j’ai fait un détour par Conchy-sur-Canche.
Oui parce que figure-toi que pour trouver la secrétaire de mairie de Tangry, c’était la méthode la plus efficace. En effet, Manon change de mairie tous les jours et ça ne lui a pas semblé bizarre du tout que je vienne la voir à cet endroit là pour lui parler d’ailleurs. Donc pour notre Bal Folk Forever, tout est noté sur un gros post-it, elle me tient au courant dans la semaine. À Conchy, j’ai aussi croisé Martine, la responsable des fleurs. Le comité des fêtes se réunit ce vendredi soir. J’ai dit que malheureusement je ne pourrai pas être là, mais me suis engagé à formuler par écrit une proposition de forme artistique pour le village. Je vais expliquer ce qu’on aimerait faire avec ce projet Jardin Secret, cette déambulation florale et intime dans les jardins des habitant·es. J’espère que ça leur donnera envie.
Micro sieste donc, puis hop, gym douce. Je suis pas arrivé au bon endroit. Je me suis rendu au Lieu de vie pour tous, mais ce n’était pas là, c’était à la salle Le Casino. Mais on a bien voulu m’indique la route « vous voyez la Caisse d’Épargne ? – Euh non, parce que… – La pharmacie ? – En fait je connais pas du tout Frévent encore. – L’énorme laverie, celle là on peut pas la rater. – Euh… – Bon vous voyez la médiathèque ? – Oui ! ». Les explications étaient super claires alors je suis arrivé avec quelques minutes de retard au cours, tout le monde m’a super bien accueilli. C’est Ophélie qui anime la gym douce et aujourd’hui elle a bien fait rire tout le monde parce qu’elle avait une perruque, un foulard, une jupe kaki serrée, des bas de contentions. Elle s’entraine déjà pour mardi gras qui aura lieu demain. On a commencé par marcher en canard (ça doit être un signe, c’est exactement ce que je pensais faire en premier avec les enfants demain) et surtout, on a fait un Madison ! J’étais tellement content. La musique en entier, avec même des petites variations. Et enfin on a travaillé les abdos.
Pendant la pause, j’ai expliqué un peu ce que je faisais là, j’ai dit que je cherchais des fan de Dalida et des gens qui voudraient danser pendant que je les filme pour le projet Comment on danse dans le Ternois ? Bon tout le monde est encore un peu timide, moi inclus, alors je n’ai pas eu de candidature spontanée. Mais je me dis que c’est normal, c’est la première fois qu’on se voyait, moi et ces 28 personnes de tous les âges, et que la prochaine fois que nos routes se croiseront on se sourira et on papotera un peu plus longtemps. Et puis : je vais jeudi au Foyer de Vie La Pannerie, c’est Sabrina qui m’a invité, et en mars Ophélie m’a proposé de me créer un créneau de danse rien que pour moi pour qu’elles invitent les filles à qui elles donnent cours et qu’on fasse de la danse contemporaine ensemble. Youpi.
Pardon j’ai pas pris de photo. Et j’abrège un peu parce que j’ai rendez-vous au groupe de lecture Oxygène ton livre à 18h à Averdoingt.
Je t’embrasse et te réécris très vite,
Lucien
Vendredi 16 Janvier
Le dernier jour est arrivé. Dernier jour, avant notre retour en grande forme et en solo en février, chacun·e notre tour. Lucien sera là la première semaine des vacances et Aurore la deuxième. Les agendas se remplissent, les désirs se précisent, les fils se tissent, les prénoms ne sont plus sans visage, les rencontres continuent.
La boucle de cette première semaine d’immersion sera bouclée grâce à Martine ! On vous a parlé d’elle dès le premier jour. Nous vous proposons d’écouter Martine nous parler du lieu où elle travaille et donc d’apercevoir avec vos oreilles ce que nous voyons tous les matins en tirant les rideaux de nos fenêtres encore embuées du Ternois.
Jeudi 15 Janvier
Bonsoir. On vous fait un rapide coucou depuis la salle des fêtes de Croisette parce que dans quarante minutes on se présente à nouveau devant on l’espère un groupe un peu fourni.
Ce matin on est passé prendre un temps avec Yohann et Perine (oui, attention à ne bien mettre qu’un seul R) de TernoisCom pour parler Centre Aéré et Colonies de Vacances. Aurore en a profité pour avouer l’amour qu’elle porte aux animateur·ices qui se passionnent dans ces voyages organisés, et a fait part de son envie de les rencontrer. Yohann a proposé une raclette en février (« c’est pas encore trop tard en février ? ») et Aurore était comblé. Lucien a demandé où il fallait qu’il aille passer un temps avec les plus jeunes du Centre Aéré, on lui a répondu Heuchin, il a dit « va pour Heuchin ».
Après on a profité d’un temps en solitaires pour faire des montages pour le blog et pour la présentation de ce soir.
Et puis on a rencontré Marie-Hélène du Lieu de Vie pour Tous de Frévent. Malheureusement on n’a pas le temps maintenant le tour de TOUTES les activités du lieu, sinon on sera en retard mais juste pour vous donner un peu envie, on a déjà prévu d’aller suivre un cours de polonais et de lancer une petite annonce pendant la gym douce pour lancer le Projet Dalida.
Aurore a fini le montage sonore de Martine, Marine est arrivée, le vidéoprojecteur est installé, on doit vous laisser. À très vite !!
Mercredi 14 Janvier
C’est déjà le jour où on se splitte pour être encore plus partout que partout. Lucien démarre le moteur à 08h45 pour aller à Frévent rencontrer Jean-Michel, le responsable de la médiathèque tandis qu’Aurore fait chauffer l’enregistreur pour une visite guidée des parcours de pêche avec Martine, bottes obligatoires. On se retrouve environ une heure plus tard au QG pour un café rapide : Lucien est tout excité en nous disant : « Festival de Cannes » en mai, Aurore est un peu émue des souvenirs de pêche avec son grand-père qui sont remontés à la surface. Rien n’était prévu et c’est pour ça qu’on a été selectionné·es alors c’est normal qu’on se laisse surprendre. Pris à notre propre jeu. Avec Martine on fait le tour des 6 mois qui arrivent pour caler les dates où nous dormirons au gîte, on a de la chance, presque tout est okay. Presque, alors si vous connaissez des gens qui ont des nids douillets pour artistes mobiles dans le Nord du Ternois, on est preneureuses ! On vous redonne notre adresse mail : laponcternois@gmail.com (si vous êtes fan de Dalida, n’hésitez pas à nous envoyer aussi un mail !)
On se remet en route, direction la médiathèque-ludothèque-EPN de Pernes. Jennyfer est là et nous présente Melissa qui nous accueille dans la petite cuisine avec un café et on commence à débroussailler : c’est quoi tes passions ? Ton lieu préféré du Ternois ? Et vous avez des groupes de lecteur·ices ? Et les ados, ils sont où ? Selon toi, qui doit-on absolument rencontrer ? Le rendez-vous est pris en février pour une formation accélérée aux jeux de rôles lundi matin à 10h. Et pour la création avec les ados d’une déambulation dans les rues de Pernes ? La porte à côté s’ouvre et nous rencontrons Thibaut qui gère l’EPN (espace public numérique) et qui connaît mieux le public des groupes d’ados joueur·euses de jeux vidéos qui viennent pendant les vacances scolaires. Parfait, Aurore viendra se présenter et sonder directement les concerné·es pour savoir ce qu’iels aimeraient faire. Déjà midi, le bâtiment va fermer, les pauses vont commencer, il est temps de filer mais attendez, on vous donne notre carte de visite !
Pas de pause pour La Ponctu, on mange en téléphonant, on parle en mangeant, on branche vite fait les ordis en avalant trois pâtes tièdes, un dernier carreau de chocolat, il faut y aller, on a rendez vous avec Madame Huré devant la mairie de Conchy-sur-Canche.
Stop : le temps s’arrête autour de la grande table du Conseil Municipal, Lucien et Aurore découvre bouches bées le monde des villages fleuris. Madame Huré est adjointe au fleurissement. La classe ! C’est pour ça qu’elle a été recruté au conseil : pour ses fleurs. Il faut dire qu’elle a été à bonne école à Boubers-sur-Canche, car deux villages avec quatre fleurs côte à côte, c’est unique en France ! Lucien et Aurore pensent tout de suite à Jardins secrets, une forme artistique avec des fleurs qu’iels avaient créé dans l’Oise avec des jeunes adultes du Moulin Vert. Raconter devant un petit public son histoire, son parcours, sa vie avec des fleurs. Ça pourrait être joli de faire ça ici, à Conchy et peut-être même avec Boubers et la pépinière. Il faudra se revoir pour un parler mais avant de se quitter on fait quand même le tour du jardin de Madame Huré, son dada : les écorces colorées. Le parking à côté de sa maison est plein, la musique s’échappe de la salle de la Scierie, le thé dansant bas son plein. Lucien et Aurore quittent Madame Huré pour pénétrer dans le sas qui mène directement au plancher de danse. L’accordéoniste annonce un mambo, la musique se lance et nous nous hurlons des politesses et des présentations avec les deux monsieurs de l’accueil. On arrive avec notre plus grand sourire à s’échanger nos numéros de téléphone et nos adresses mails, on prendra un rendez-vous en février, promis, Lucien était trop triste de devoir décliner les invitations des danseur·euses.
Et vous l’attendiez tous, le voici, le voilà, notre marronnier à nous : notre rendez-vous chez la coiffeuse. Cette fois ci La Ponctuelle a été coiffé par Chloé qui ne connaît pas très très bien le Ternois mais qui fréquente quelques boîtes de nuits du coin. Originalité, défi fou, dégradé espagnol, longueurs, repousse, en rouge et noir. Elle choisit la chanson sur laquelle on fera le montage vidéo, et Lucien décide d’utiliser la version de notre copine Claustinto.
Là, on s’accorde la pause qu’on n’a pas pu prendre à midi. Aurore fait des petits jeux sur son téléphone, et Lucien fait une sieste, comme d’hab’. Parce qu’après on repart déjà pour de nouvelles aventure à trente minutes de route : direction Monchy-Breton. D’abord parce qu’on veut rencontrer Fabienne, qui nous a été conseillé par Philippe Defurnes, le beau-père de Lucien, dont il a déjà parlé dans sa chanson Ça fait pédé·e. Fabienne est la marraine de son fils, mais ici ce qui nous intéresse dans le cadre du SixTer, c’est qu’elle tient un bar au dynamisme débordant : Tartous et compagnie. Programmation culturelle et festivités s’y enchainent toute l’année, et du mercredi au dimanche il y a toujours du monde. D’ailleurs ce soir Fabienne n’est pas tout à fait disponible pour qu’on avance sur quelque chose ensemble. Mais c’est pas grave, on a le temps, on peut se rappeler, et puis surtout, on est aussi venu·es pour prendre une pizza chez Pizza Yoyo. Les deux acolytes sont là tous les mercredis devant le café, et on nous a soufflé à l’oreille que c’étaient les meilleurs pizzas du coin.
Victime de son succès Pizza Yoyo est aussi un peu sous l’eau, et nos pizzas elles sont restées trop longtemps dans le four. On est prêt·es à les manger, mais c’est mal connaître la patronne qui insiste pour nous en faire des nouvelles. Alors on reprend une Jupiler 0% et un Perrier chez Fabienne et on patiente un peu. La deuxième fournée est la bonne. On se régale.
Ah oui, on devait aussi passer voir les seniors du club de foot. On ne les a pas trouvé. On les rajoute à la liste qui s’allonge à une vitesse folle : « toutes les personnes qu’il faut qu’on rencontre dans le Ternois ».
Mardi 13 Janvier
Ce matin, on s’est levé un peu tendu·es, oups. Quand on est comme ça en résidence, les journées s’allongent et se densifient. Pourtant la vie de la compagnie continue, les spectacles en création approchent, des devis sont attendus, les demandes de rendez-vous se multiplient, la boîte mail se remplit. Il faut parvenir à jongler entre le présent et l’avenir. « Oups j’ai fait tomber l’avenir ! »
On décide de commencer par le présent, on a décidé d’être dès 9h à Frévent, à l’ouverture du salon de coiffure, parce qu’on a pas réussi hier à réserver sur internet pour aujourd’hui, et on se dit que si on est les premièr·es on arrivera bien à trouver une place. Faux, puisque le salon de coiffure, le mardi, est fermé. Pas grave puisqu’on a aussi décidé d’aller dire bonjour sur le marché. Mais tout le monde est bien occupé à faire ses courses, il pleut et le soleil ne se lève pas encore vraiment. La médiathèque, notre prochain objectif n’est pas encore ouverte. Bon. On décide de rentrer à la maison, de prendre une vraie heure pour régler les urgences du futur et quand c’est fait, on revient à Frévent, et là, ça y est, c’est ouvert, on rentre dans la médiathèque.
Antoinette stoppe en plein élan ce qu’elle était en train de faire avec sa bédée. On dit qu’on vient se présenter, mais que l’on peut attendre, mais c’est mal connaître Antoinette. Pour elle, l’accueil passe avant tout. Alors, vite vite, allons nous assoir autour de la table à café, et papotons. On dit qu’on vient de la part de Jennifer, et Antoinette est déjà à nouveau debout, elle devine que si nous sommes ici c’est pour la beauté des lieux. Les céramiques sur les murs, vestiges de l’ancienne boucherie, « attention la marche », la cour intérieure qui même en hiver donne envie de s’y délasser, la salle d’activité qui peut recevoir 40 personnes et dont une porte donne sur le parc (là où Antoinette et ses collègues organisent les blind-test pour lesquels il faut courir, courir). Le tour des lieux est fait, on imagine ensemble des projets. On se sent bien, on imagine déjà ce que l’on pourrait faire ensemble. Ça fuse. C’est joyeux. Vous verrez, à la médiathèque de Frévent on va bien s’amuser. En plus, Lucien a le droit de s’inscrire à l’ensemble des médiathèques des réseaux et reçoit sa carte d’inscription. Oui, la joie.
Alors on toc chez Cocotte. Le magasin que nous a recommandé Martine du Gîte. Une boutique hyper chic de produits locaux dans laquelle Valentine est en train de papoter avec un copine. On regarde les confitures, terrines, fromages et objets de décoration, Valentine nous demande si on cherche quelque chose et on dit juste qu’on attend notre tour. « Vous pouvez attendre longtemps, nous on parle sans nous arrêter ». Alors on s’entraine à se présenter, à expliquer notre projet. C’est pas encore facile, parce que même quand on dit que ce sera plus clair en visitant ce blog, on se rappelle qu’on a encore qu’un seul article. On dit aussi qu’on va rencontrer plein de monde, mais on ne sait presque citer personne parce que c’est cette semaine que tout commence. Valentine nous raconte aussi son projet, beaucoup plus abouti, il suffit de regarder autour de nous. Cette boutique c’était son nouveau rêve, elle l’a fait, et elle pétille à l’intérieur. On cherche le produit qu’elle a qui vient du moins loin possible, ce sont des lentilles Graines en Nord. Et puis on se dit qu’on repassera bientôt pour revoir Valentine et lui donner des nouvelles, quand nos étalages à nous aussi seront un peu plus remplis.
Quelques pâtes à la bolognaise végétale et copeaux de parmesan plus tard, nous repartons déjà sur les routes, direction Ramecourt. Il paraît que là-bas, un maire donne rendez-vous pour un café hebdomadaire dans une petite cabane en bois à côté de la place du village pour papoter avec les habitant·es, et que ça marche plutôt pas mal. On trouve la cabane, malheureusement elle est fermée. La permanence de la mairie, c’est pas aujourd’hui. Il va falloir qu’on prenne quelques renseignements supplémentaires avant de revenir.
Prochaine étape, le Tiers-Lieu numérique de Saint-Pol-Sur-Ternoise. Dès l’extérieur de cette ancienne maison notariale on entend les rires. Les retraité·es découvrent à quel point il est facile de produire des vidéos à partir de la photo d’une personne et de lui faire faire n’importe quoi. Alors, tout le monde rigole en voyant l’un des deux animateurs embrasser une femme créée par intelligence artificielle et qui n’est pas la sienne. Tout est faux, mais le résultat est bluffant. On rencontre Cédric et Jean-Charles qui s’occupent de l’espace numérique et du fablab. Là encore, malgré notre rapide présentation, la question se pose encore « mais du coup vous allez faire quoi ? ». Alors, on prend le temps de s’assoir sur une chaise, et d’apprendre à se connaitre un petit peu plus, ça aidera. Cédric a des petits problèmes de vue et adore tout ce qui touche à la programmation. Jean-Charles a des petits problèmes d’audition et est un expert du bidouillage. Le premier a créé une application qui permet la gestion des cimetières qu’il pensait mettre à la disposition des mairies. Le second a inventé une baignoire qui permet de jouer à Mario Kart. Et aujourd’hui ils sont là, à répondre à des commandes de communication, à accueillir des projets de fabrication, à bidouiller des machines, à transmettre des outils pour appréhender internet, et à tester des prototypes. Ainsi, on découvre avec étonnement ce Manneken Pis permet de jouer de la musique. « On prend rendez-vous ? » Aurore viendra bientôt assister à un cours de numérique spécial Spam, et Lucien rêver de possibles objets pour les spectacles du mois de Juin.
4 minutes de voiture plus loin se trouvent Les Ballastières, un Tiers-Lieu de Résidences artistiques. On sent qu’on va nous en parler souvent, et ça nous rend déjà curieux alors on frappe à la porte de cet énorme corps de ferme. Personne. Aurore envoie un texto. Tout à l’heure Giulia l’a rappelé. Elle aussi trouve que c’est une bonne idée de nous rencontré. Aurore et elle ont rendez-vous en février autour d’un café.
Et cette fois, direction l’extrême sud du Ternois : Auxi-le-Château. Objectif : trouver Jean-Michel dans la médiathèque. Premier obstacle : la médiathèque n’a pas de porte d’entrée. Heureusement, une vive marcheuse équipée de bâtons nous indique qu’il faut d’abord passer par la cour de l’école, et là on trouvera la porte d’entrée. Elle semble douter de notre capacité d’autonomie, puisqu’elle nous suit de loin, continuant les indications, et s’assure que nous ayons réussi à passer la porte avant de continuer avec entrain sa randonnée nocturne, il est 17h30. Claudine est derrière le bureau des réservations. Agnès est un peu plus loin en train de lire consciencieusement un dictionnaire. « Bonjour, on vient voir Jean-Michel ». Pas de bol, Jean-Michel n’est exceptionnellement pas là, il rend visite à une autre médiathèque. Zut. Mais Claudine a déjà décroché le téléphone fixe et dit à Lucien, « je l’ai là, venez lui dire ce que vous faîtes ». Lucien propose plutôt à Jean-Michel de revenir demain. Quand Claudine se rend compte qu’Aurore ne pourra pas être aussi présente elle dit : « alors, venez, je vous fais visiter ». Claudine adore les livres, elle lit tout le temps, elle est intarissable. On parle des dernières sorties, des succès de librairies que l’on trouve pourtant très mal écrit, des auteur·ices qu’on aime et qui parfois nous déçoivent, et de cell·eux dont on ne se lasse jamais. Claudine et Agnès sont bénévoles, alors dans la médiathèque elles ne font que ce qu’elles ont envie de faire, c’est ça l’avantage qu’elles ont aujourd’hui, ne faire que ce qu’elles veulent.
On pensait trouver un espace numérique dans la médiathèque mais Claudine et Agnès nous disent qu’il les a quitté, que maintenant elles n’ont plus ni jeunes ni informaticiens bien pratiques juste à côté d’elles. L’espace numérique est parti plus loin dans un nouveau bâtiment de TernoisCom. On propose d’y aller pour râler. Mais quand on arrive là-bas ce n’est plus l’heure pour le numérique. Pourtant il y a des enfants qui sont à l’intérieur de cette ancienne gare toute rénovée, et qui font tout pour essayer d’ouvrir la porte à Aurore. Lucien tente un « viens, on laisse tomber », mais Aurore ne laisse pas tomber si facilement. Alors elle patiente, tire une ou deux fois sur la porte, patiente encore. Et là, c’est Pascal qui débarque. Lui il s’occupe pas du numérique, mais c’est le directeur de l’école de musique, au rez-de-chaussée. « Vous voulez visiter ? » Banco. Pascal est hyper sympa. Il nous ouvre les portes de toutes les salles. Il est super content de ce nouvel équipement. Il a l’air super content en général. Et la rencontre est facile. Ça ne lui fait pas peur qu’on ne sache pas exactement ce que l’on est en train de faire, il est prêt à nous faire une place, à réfléchir de son côté à ce qu’il pourra nous demander. On prend des rendez-vous, on échange nos numéros. On se fait une ou deux blagues. Il nous fait penser à un copain.
Dans la route de retour vers le gîte Aurore dit « je suis TROP CONTENTE d’aller à la chorale !! »
Lundi 12 Janvier
C’est le Jour 1 de la semaine d’immersion, le jour 1 de la semaine 1. À 8h40, à Lille, on s’inquiète comme à chaque départ, on s’assure d’avoir tout pris : « je vérifie juste que j’ai mon chargeur » ; « c’est bien toi qui prenait une carte son ? » ; « bon, au pire j’ai bien ma carte bleue dans ma banane dans mon portefeuille, oui, elle est là ».
Le GPS est lancé, 1h20 de route pour se rendre jusqu’aux bureaux de la Communauté de Commune à Herlin-le-Sec. L’occasion de se raconter le week-end, ou plutôt le dimanche, on s’est vu aussi samedi soir, et on a passé toute la semaine précédente ensemble. Alors on rentre dans les détails. Lucien n’a pas vu la série qu’Aurore vient de finir de regarder (Wagner) et pourtant il en connaît tous les rebondissements, et Aurore n’est pas venu mangé la galette chez la meilleure amie de Lucien, mais elle pourrait largement faire comme si. Voilà, le trajet est déjà terminé.
On a 5 minutes d’avance et pourtant nous sommes les derniers. Anne-Sophie et Elyne de Pollen, l’association qui nous facilitera la résidence sans jamais nous abandonner, sont déjà là, tout sourire. On pense à Mylène, qui travaillait avent à Pollen et qui nous a accompagné pendant quelques années à La Ponctuelle, alors on lui envoie une photo fissa.
Et 30 secondes plus tard, voici Marine et Gwenaëlle de la Com’ Com’, qui nous accompagneront localement pour la résidence sans jamais nous abandonner, les ordinateurs sous le bras, « le café arrive bientôt », elles nous emmènent dans une des deux salles de réunion, la salle Clarence.
Les deux salles de réunion, similaires mais en miroir, sont très impressionnantes. La télévision, qui permet notamment de faire des visioconférences, fait la largeur d’une Aurore allongée au sol. Elle est sur roulette (la télévision, pas Aurore) et au dessus se trouve une webcam (dit-on encore webcam ?) très grande qui est télécommandée et permet une fluidité impressionnante dans les échanges. Mais ce matin personne n’est à distance, alors on demande « on rapproche les tables, on se serre autour, le café est servi, et la réunion commence. On a tellement de choses à se dire qu’on oublie de faire d’abord un ordre du jour, Lucien panique un tout petit peu, mais après ça va mieux.
On annonce le nom du projet : SIXTER (Six mois dans le Ternois). On parle en premier de la dernière semaine, un festival qui réunira toutes nos rencontres, quatre spectacles différents dans quatre parties du Ternois, du 23 au 26 Juin, un festival donc qui s’appellera « LE QUATRE QUARTS DU SIXTER ». Tout le monde valide, on est ravi·es.
On créé les outils (agendas et feuilles de contacts partagées), on parle de nos méthodes (+ on passe par les mails, mieux c’est), on parle un peu toustes en même temps, on se donne beaucoup beaucoup d’informations, on se découvre, on apprend à se connaître. Et puis, c’est le moment de faire le tour des services, c’est-à-dire de tous les bureaux pas si grands, dans lesquels on rentre toustes en même temps, ça impressionne pas mal de monde ces 6 personnes qui débarquent dans leur bureaux, qui se présentent, qui vous disent « on aimerait bien un rendez-vous pour parler, dans la semaine si possible ». Même dans les couloirs on est un joli troupeau, et toutes les fenêtres donnent sur les couloirs, et tous les visages de tous les bureaux se tournent vers nous, alors on sourit, on dit bonjour avec les lèvres, pour montrer qu’on est aimable. Et bien sûr, on prend le temps de papoter trois minutes avec Élodie, à l’accueil, parce qu’elle va nous voir passer des centaines de fois, et on a envie de pouvoir se dire un petit mot gentil à chaque fois. L’accueil, c’est important. Retour en salle Clarence, on a encore deux trois trucs à se dire à nous six, on se disperse un peu. 12h20, on est épuisé·es et pas loin de l’hypo, alors à table. Direction la café de La Poste, à Saint-Pol-Sur-Ternoise.
Un plat du jour, un dessert, un café et quatre horoscopes plus tard, go go go, on retourne au bureau. Cet après-midi, nous avons déjà rendez-vous. D’abord avec Jennifer qui connaît tous sur les médiathèques du territoire, elle nous a imprimé les programmes et les petits feuillets récapitulatifs. Lucien est ravi d’apprendre que l’on est pas obligé de vivre dans le Ternois pour avoir une carte de médiathèque, il a déjà hâte de s’en faire fabriquer une.
Et puis rendez-vous avec Sophie du pôle communication. Ce qu’on veut savoir, nous, c’est comment on s’organise. On essaye de comprendre ce qu’on peut ou ne peut pas faire, ce qu’on peut ou ne pas demander, quel matériel on peut emprunter et comment on doit s’y prendre. Bref, on veut créer de bonnes bases. Sophie nous donne une partie des réponses, pour le reste, elle doit se renseigner auprès de Mathieu qui prendra les décisions.
Dans le couloir le massicot chauffe sous la dextérité des mains d’Anne-Sophie et Elyne, nos petites cartes de visite sur papier cartonné de toutes les couleurs sont prêtes, on a hâte de les distribuer partout. On en met un peu dans chacune de nos poches et on est content·es. Le portable d’Aurore vibre, c’est Martine qui nous demande à quelle heure on arrive au gîte. Il faut se mettre en route, on à hâte de découvrir notre premier logement. Bisous tout le monde de la Com’ Com’, on revient mercredi !
Martine nous voit tout à fait galérer à trouver l’entrée du gîte qui est situé au milieu d’une pisciculture alors elle nous guide par téléphone, on n’avait pas vu le panneau à cause du lierre et le portail n’était pas ouvert, 50/50 : faute partagée, on démarre sur de bonnes bases. On entre et tout de suite on papote, ici c’est pas chez Martine mais c’est quand même un peu sa deuxième maison, c’est elle qui a tout fait dans le gîte. Elle vient tout juste d’installer trois magnifiques photophores sur le rebord de la fenêtre mais elle a oublié les bougies, ce sera joli avec des bougies. Le poêle à pellets est en route, il y a du café, si on a le moindre soucis on l’appelle ! On ne vous en dit pas plus sur Martine parce qu’on a prévu de faire une petite balade avec elle cette semaine au milieu de l’eau, elle adore l’eau et les gens qui viennent pêcher… Ah si, ce qu’on peut vous dire c’est que le choix des coussins c’est elle aussi.
Après avoir rencontré Martine, on file au Lidl et les bonnes vibes qu’elle nous a transmises nous font nous sentir tout léger dans le supermarché. On chuchote dans le magasin calme. Aurore y achète des chaussures de marche, elle n’était pas prête pour la gadoue, et Lucien un lot de 10 nouveaux boxers, l’occasion de laver son linge se fait rare en ce mois de Janvier chargé, il vaut mieux être prévoyant.
Devant le feu, Lucien met du vernis, gris argenté. Aurore a préparé la salade composée. Il est 20h30, en voilà une bien belle première journée.