SixTer

Six mois dans le Ternois

De Janvier à Juin 2026, Aurore et Lucien vont passer douze semaines dans le Ternois, dans le cadre d’une Résidence Mission avec la Communauté de Communes et accompagnées par Pollen. Après une première semaine ensemble, iels viendront chacun·e leur tour à la rencontre des habitant·es. Ce qui suit est leur correspondance et leur journal de bord.

Les partenaires de cette résidence sont : La Direction Régionale des Affaires Culturelles (DRAC) Hauts-de-France, en partenariat avec la Délégation Régionale Académique pour l’Éducation Artistique et Culturelle (DRAEAC), l’association Pollen, et en lien avec le Conseil Départemental du Pas-de-Calais et la Communauté de Communes du Ternois.

Vendredi 16 Janvier

Le dernier jour est arrivé. Dernier jour, avant notre retour en grande forme et en solo en février, chacun·e notre tour. Lucien sera là la première semaine des vacances et Aurore la deuxième. Les agendas se remplissent, les désirs se précisent, les fils se tissent, les prénoms ne sont plus sans visage, les rencontres continuent. 
La boucle de cette première semaine d’immersion sera bouclée grâce à Martine ! On vous a parlé d’elle dès le premier jour. Nous vous proposons d’écouter Martine nous parler du lieu où elle travaille et donc d’apercevoir avec vos oreilles ce que nous voyons tous les matins en tirant les rideaux de nos fenêtres encore embuées du Ternois. 

Jeudi 15 Janvier

Bonsoir. On vous fait un rapide coucou depuis la salle des fêtes de Croisette parce que dans quarante minutes on se présente à nouveau devant on l’espère un groupe un peu fourni. 

Ce matin on est passé prendre un temps avec Yohann et Perine (oui, attention à ne bien mettre qu’un seul R) de TernoisCom pour parler Centre Aéré et Colonies de Vacances. Aurore en a profité pour avouer l’amour qu’elle porte aux animateur·ices qui se passionnent dans ces voyages organisés, et a fait part de son envie de les rencontrer. Yohann a proposé une raclette en février (« c’est pas encore trop tard en février ? ») et Aurore était comblé. Lucien a demandé où il fallait qu’il aille passer un temps avec les plus jeunes du Centre Aéré, on lui a répondu Heuchin, il a dit « va pour Heuchin ».

Après on a profité d’un temps en solitaires pour faire des montages pour le blog et pour la présentation de ce soir.

Et puis on a rencontré Marie-Hélène du Lieu de Vie pour Tous de Frévent. Malheureusement on n’a pas le temps maintenant le tour de TOUTES les activités du lieu, sinon on sera en retard mais juste pour vous donner un peu envie, on a déjà prévu d’aller suivre un cours de polonais et de lancer une petite annonce pendant la gym douce pour lancer le Projet Dalida.

Aurore a fini le montage sonore de Martine, Marine est arrivée, le vidéoprojecteur est installé, on doit vous laisser. À très vite !!

Mercredi 14 Janvier

C’est déjà le jour où on se splitte pour être encore plus partout que partout. Lucien démarre le moteur à 08h45 pour aller à Frévent rencontrer Jean-Michel, le responsable de la médiathèque tandis qu’Aurore fait chauffer l’enregistreur pour une visite guidée des parcours de pêche avec Martine, bottes obligatoires. On se retrouve environ une heure plus tard au QG pour un café rapide : Lucien est tout excité en nous disant : « Festival de Cannes » en mai, Aurore est un peu émue des souvenirs de pêche avec son grand-père qui sont remontés à la surface. Rien n’était prévu et c’est pour ça qu’on a été selectionné·es alors c’est normal qu’on se laisse surprendre. Pris à notre propre jeu. Avec Martine on fait le tour des 6 mois qui arrivent pour caler les dates où nous dormirons au gîte, on a de la chance, presque tout est okay. Presque, alors si vous connaissez des gens qui ont des nids douillets pour artistes mobiles dans le Nord du Ternois, on est preneureuses ! On vous redonne notre adresse mail : laponcternois@gmail.com (si vous êtes fan de Dalida, n’hésitez pas à nous envoyer aussi un mail !)
On se remet en route, direction la médiathèque-ludothèque-EPN de Pernes. Jennyfer est là et nous présente Melissa qui nous accueille dans la petite cuisine avec un café et on commence à débroussailler : c’est quoi tes passions ? Ton lieu préféré du Ternois ? Et vous avez des groupes de lecteur·ices ? Et les ados, ils sont où ? Selon toi, qui doit-on absolument rencontrer ? Le rendez-vous est pris en février pour une formation accélérée aux jeux de rôles lundi matin à 10h.  Et pour la création avec les ados d’une déambulation dans les rues de Pernes ? La porte à côté s’ouvre et nous rencontrons Thibaut qui gère l’EPN (espace public numérique) et qui connaît mieux le public des groupes d’ados joueur·euses de jeux vidéos qui viennent pendant les vacances scolaires. Parfait, Aurore viendra se présenter et sonder directement les concerné·es pour savoir ce qu’iels aimeraient faire. Déjà midi, le bâtiment va fermer, les pauses vont commencer, il est temps de filer mais attendez, on vous donne notre carte de visite ! 
Pas de pause pour La Ponctu, on mange en téléphonant, on parle en mangeant, on branche vite fait les ordis en avalant trois pâtes tièdes, un dernier carreau de chocolat, il faut y aller, on a rendez vous avec Madame Huré devant la mairie de Conchy-sur-Canche. 
Stop : le temps s’arrête autour de la grande table du Conseil Municipal, Lucien et Aurore découvre bouches bées le monde des villages fleuris. Madame Huré est adjointe au fleurissement. La classe ! C’est pour ça qu’elle a été recruté au conseil : pour ses fleurs. Il faut dire qu’elle a été à bonne école à Boubers-sur-Canche, car deux villages avec quatre fleurs côte à côte, c’est unique en France ! Lucien et Aurore pensent tout de suite à Jardins secrets, une forme artistique avec des fleurs qu’iels avaient créé dans l’Oise avec des jeunes adultes du Moulin Vert. Raconter devant un petit public son histoire, son parcours, sa vie avec des fleurs. Ça pourrait être joli de faire ça ici, à Conchy et peut-être même avec Boubers et la pépinière. Il faudra se revoir pour un parler mais avant de se quitter on fait quand même le tour du jardin de Madame Huré, son dada : les écorces colorées. Le parking à côté de sa maison est plein, la musique s’échappe de la salle de la Scierie, le thé dansant bas son plein. Lucien et Aurore quittent Madame Huré pour pénétrer dans le sas qui mène directement au plancher de danse. L’accordéoniste annonce un mambo, la musique se lance et nous nous hurlons des politesses et des présentations avec les deux monsieurs de l’accueil. On arrive avec notre plus grand sourire à s’échanger nos numéros de téléphone et nos adresses mails, on prendra un rendez-vous en février, promis, Lucien était trop triste de devoir décliner les invitations des danseur·euses. 
Et vous l’attendiez tous, le voici, le voilà, notre marronnier à nous : notre rendez-vous chez la coiffeuse. Cette fois ci La Ponctuelle a été coiffé par Chloé qui ne connaît pas très très bien le Ternois mais qui fréquente quelques boîtes de nuits du coin. Originalité, défi fou, dégradé espagnol, longueurs, repousse, en rouge et noir. Elle choisit la chanson sur laquelle on fera le montage vidéo, et Lucien décide d’utiliser la version de notre copine Claustinto.

Là, on s’accorde la pause qu’on n’a pas pu prendre à midi. Aurore fait des petits jeux sur son téléphone, et Lucien fait une sieste, comme d’hab’. Parce qu’après on repart déjà pour de nouvelles aventure à trente minutes de route : direction Monchy-Breton. D’abord parce qu’on veut rencontrer Fabienne, qui nous a été conseillé par Philippe Defurnes, le beau-père de Lucien, dont il a déjà parlé dans sa chanson Ça fait pédé·e. Fabienne est la marraine de son fils, mais ici ce qui nous intéresse dans le cadre du SixTer, c’est qu’elle tient un bar au dynamisme débordant : Tartous et compagnie. Programmation culturelle et festivités s’y enchainent toute l’année, et du mercredi au dimanche il y a toujours du monde. D’ailleurs ce soir Fabienne n’est pas tout à fait disponible pour qu’on avance sur quelque chose ensemble. Mais c’est pas grave, on a le temps, on peut se rappeler, et puis surtout, on est aussi venu·es pour prendre une pizza chez Pizza Yoyo. Les deux acolytes sont là tous les mercredis devant le café, et on nous a soufflé à l’oreille que c’étaient les meilleurs pizzas du coin.

Victime de son succès Pizza Yoyo est aussi un peu sous l’eau, et nos pizzas elles sont restées trop longtemps dans le four. On est prêt·es à les manger, mais c’est mal connaître la patronne qui insiste pour nous en faire des nouvelles. Alors on reprend une Jupiler 0% et un Perrier chez Fabienne et on patiente un peu. La deuxième fournée est la bonne. On se régale. 

Ah oui, on devait aussi passer voir les seniors du club de foot. On ne les a pas trouvé. On les rajoute à la liste qui s’allonge à une vitesse folle : « toutes les personnes qu’il faut qu’on rencontre dans le Ternois ».

Mardi 13 Janvier

Ce matin, on s’est levé un peu tendu·es, oups. Quand on est comme ça en résidence, les journées s’allongent et se densifient. Pourtant la vie de la compagnie continue, les spectacles en création approchent, des devis sont attendus, les demandes de rendez-vous se multiplient, la boîte mail se remplit. Il faut parvenir à jongler entre le présent et l’avenir. « Oups j’ai fait tomber l’avenir ! »

On décide de commencer par le présent, on a décidé d’être dès 9h à Frévent, à l’ouverture du salon de coiffure, parce qu’on a pas réussi hier à réserver sur internet pour aujourd’hui, et on se dit que si on est les premièr·es on arrivera bien à trouver une place. Faux, puisque le salon de coiffure, le mardi, est fermé. Pas grave puisqu’on a aussi décidé d’aller dire bonjour sur le marché. Mais tout le monde est bien occupé à faire ses courses, il pleut et le soleil ne se lève pas encore vraiment. La médiathèque, notre prochain objectif n’est pas encore ouverte. Bon. On décide de rentrer à la maison, de prendre une vraie heure pour régler les urgences du futur et quand c’est fait, on revient à Frévent, et là, ça y est, c’est ouvert, on rentre dans la médiathèque.

Antoinette stoppe en plein élan ce qu’elle était en train de faire avec sa bédée. On dit qu’on vient se présenter, mais que l’on peut attendre, mais c’est mal connaître Antoinette. Pour elle, l’accueil passe avant tout. Alors, vite vite, allons nous assoir autour de la table à café, et papotons. On dit qu’on vient de la part de Jennifer, et Antoinette est déjà à nouveau debout, elle devine que si nous sommes ici c’est pour la beauté des lieux. Les céramiques sur les murs, vestiges de l’ancienne boucherie, « attention la marche », la cour intérieure qui même en hiver donne envie de s’y délasser, la salle d’activité qui peut recevoir 40 personnes et dont une porte donne sur le parc (là où Antoinette et ses collègues organisent les blind-test pour lesquels il faut courir, courir). Le tour des lieux est fait, on imagine ensemble des projets. On se sent bien, on imagine déjà ce que l’on pourrait faire ensemble. Ça fuse. C’est joyeux. Vous verrez, à la médiathèque de Frévent on va bien s’amuser. En plus, Lucien a le droit de s’inscrire à l’ensemble des médiathèques des réseaux et reçoit sa carte d’inscription. Oui, la joie.

Alors on toc chez Cocotte. Le magasin que nous a recommandé Martine du Gîte. Une boutique hyper chic de produits locaux dans laquelle Valentine est en train de papoter avec un copine. On regarde les confitures, terrines, fromages et objets de décoration, Valentine nous demande si on cherche quelque chose et on dit juste qu’on attend notre tour. « Vous pouvez attendre longtemps, nous on parle sans nous arrêter ». Alors on s’entraine à se présenter, à expliquer notre projet. C’est pas encore facile, parce que même quand on dit que ce sera plus clair en visitant ce blog, on se rappelle qu’on a encore qu’un seul article. On dit aussi qu’on va rencontrer plein de monde, mais on ne sait presque citer personne parce que c’est cette semaine que tout commence. Valentine nous raconte aussi son projet, beaucoup plus abouti, il suffit de regarder autour de nous. Cette boutique c’était son nouveau rêve, elle l’a fait, et elle pétille à l’intérieur. On cherche le produit qu’elle a qui vient du moins loin possible, ce sont des lentilles Graines en Nord. Et puis on se dit qu’on repassera bientôt pour revoir Valentine et lui donner des nouvelles, quand nos étalages à nous aussi seront un peu plus remplis.

Quelques pâtes à la bolognaise végétale et copeaux de parmesan plus tard, nous repartons déjà sur les routes, direction Ramecourt. Il paraît que là-bas, un maire donne rendez-vous pour un café hebdomadaire dans une petite cabane en bois à côté de la place du village pour papoter avec les habitant·es, et que ça marche plutôt pas mal. On trouve la cabane, malheureusement elle est fermée. La permanence de la mairie, c’est pas aujourd’hui. Il va falloir qu’on prenne quelques renseignements supplémentaires avant de revenir.

Prochaine étape, le Tiers-Lieu numérique de Saint-Pol-Sur-Ternoise. Dès l’extérieur de cette ancienne maison notariale on entend les rires. Les retraité·es découvrent à quel point il est facile de produire des vidéos à partir de la photo d’une personne et de lui faire faire n’importe quoi. Alors, tout le monde rigole en voyant l’un des deux animateurs embrasser une femme créée par intelligence artificielle et qui n’est pas la sienne. Tout est faux, mais le résultat est bluffant. On rencontre Cédric et Jean-Charles qui s’occupent de l’espace numérique et du fablab. Là encore, malgré notre rapide présentation, la question se pose encore « mais du coup vous allez faire quoi ? ». Alors, on prend le temps de s’assoir sur une chaise, et d’apprendre à se connaitre un petit peu plus, ça aidera. Cédric a des petits problèmes de vue et adore tout ce qui touche à la programmation. Jean-Charles a des petits problèmes d’audition et est un expert du bidouillage. Le premier a créé une application qui permet la gestion des cimetières qu’il pensait mettre à la disposition des mairies. Le second a inventé une baignoire qui permet de jouer à Mario Kart. Et aujourd’hui ils sont là, à répondre à des commandes de communication, à accueillir des projets de fabrication, à bidouiller des machines, à transmettre des outils pour appréhender internet, et à tester des prototypes. Ainsi, on découvre avec étonnement ce Manneken Pis permet de jouer de la musique. « On prend rendez-vous ? » Aurore viendra bientôt assister à un cours de numérique spécial Spam, et Lucien rêver de possibles objets pour les spectacles du mois de Juin.

4 minutes de voiture plus loin se trouvent Les Ballastières, un Tiers-Lieu de Résidences artistiques. On sent qu’on va nous en parler souvent, et ça nous rend déjà curieux alors on frappe à la porte de cet énorme corps de ferme. Personne. Aurore envoie un texto. Tout à l’heure Giulia l’a rappelé. Elle aussi trouve que c’est une bonne idée de nous rencontré. Aurore et elle ont rendez-vous en février autour d’un café.

Et cette fois, direction l’extrême sud du Ternois : Auxi-le-Château. Objectif : trouver Jean-Michel dans la médiathèque. Premier obstacle : la médiathèque n’a pas de porte d’entrée. Heureusement, une vive marcheuse équipée de bâtons nous indique qu’il faut d’abord passer par la cour de l’école, et là on trouvera la porte d’entrée. Elle semble douter de notre capacité d’autonomie, puisqu’elle nous suit de loin, continuant les indications, et s’assure que nous ayons réussi à passer la porte avant de continuer avec entrain sa randonnée nocturne, il est 17h30. Claudine est derrière le bureau des réservations. Agnès est un peu plus loin en train de lire consciencieusement un dictionnaire. « Bonjour, on vient voir Jean-Michel ». Pas de bol, Jean-Michel n’est exceptionnellement pas là, il rend visite à une autre médiathèque. Zut. Mais Claudine a déjà décroché le téléphone fixe et dit à Lucien, « je l’ai là, venez lui dire ce que vous faîtes ». Lucien propose plutôt à Jean-Michel de revenir demain. Quand Claudine se rend compte qu’Aurore ne pourra pas être aussi présente elle dit : « alors, venez, je vous fais visiter ». Claudine adore les livres, elle lit tout le temps, elle est intarissable. On parle des dernières sorties, des succès de librairies que l’on trouve pourtant très mal écrit, des auteur·ices qu’on aime et qui parfois nous déçoivent, et de cell·eux dont on ne se lasse jamais. Claudine et Agnès sont bénévoles, alors dans la médiathèque elles ne font que ce qu’elles ont envie de faire, c’est ça l’avantage qu’elles ont aujourd’hui, ne faire que ce qu’elles veulent.

On pensait trouver un espace numérique dans la médiathèque mais Claudine et Agnès nous disent qu’il les a quitté, que maintenant elles n’ont plus ni jeunes ni informaticiens bien pratiques juste à côté d’elles. L’espace numérique est parti plus loin dans un nouveau bâtiment de TernoisCom. On propose d’y aller pour râler. Mais quand on arrive là-bas ce n’est plus l’heure pour le numérique. Pourtant il y a des enfants qui sont à l’intérieur de cette ancienne gare toute rénovée, et qui font tout pour essayer d’ouvrir la porte à Aurore. Lucien tente un « viens, on laisse tomber », mais Aurore ne laisse pas tomber si facilement. Alors elle patiente, tire une ou deux fois sur la porte, patiente encore. Et là, c’est Pascal qui débarque. Lui il s’occupe pas du numérique, mais c’est le directeur de l’école de musique, au rez-de-chaussée. « Vous voulez visiter ? » Banco. Pascal est hyper sympa. Il nous ouvre les portes de toutes les salles. Il est super content de ce nouvel équipement. Il a l’air super content en général. Et la rencontre est facile. Ça ne lui fait pas peur qu’on ne sache pas exactement ce que l’on est en train de faire, il est prêt à nous faire une place, à réfléchir de son côté à ce qu’il pourra nous demander. On prend des rendez-vous, on échange nos numéros. On se fait une ou deux blagues. Il nous fait penser à un copain.

Dans la route de retour vers le gîte Aurore dit « je suis TROP CONTENTE d’aller à la chorale !! »

Lundi 12 Janvier

C’est le Jour 1 de la semaine d’immersion, le jour 1 de la semaine 1. À 8h40, à Lille, on s’inquiète comme à chaque départ, on s’assure d’avoir tout pris : « je vérifie juste que j’ai mon chargeur » ; « c’est bien toi qui prenait une carte son ? » ; « bon, au pire j’ai bien ma carte bleue dans ma banane dans mon portefeuille, oui, elle est là ».

Le GPS est lancé, 1h20 de route pour se rendre jusqu’aux bureaux de la Communauté de Commune à Herlin-le-Sec. L’occasion de se raconter le week-end, ou plutôt le dimanche, on s’est vu aussi samedi soir, et on a passé toute la semaine précédente ensemble. Alors on rentre dans les détails. Lucien n’a pas vu la série qu’Aurore vient de finir de regarder (Wagner) et pourtant il en connaît tous les rebondissements, et Aurore n’est pas venu mangé la galette chez la meilleure amie de Lucien, mais elle pourrait largement faire comme si. Voilà, le trajet est déjà terminé.

On a 5 minutes d’avance et pourtant nous sommes les derniers. Anne-Sophie et Elyne de Pollen, l’association qui nous facilitera la résidence sans jamais nous abandonner, sont déjà là, tout sourire. On pense à Mylène, qui travaillait avent à Pollen et qui nous a accompagné pendant quelques années à La Ponctuelle, alors on lui envoie une photo fissa.

Et 30 secondes plus tard, voici Marine et Gwenaëlle de la Com’ Com’, qui nous accompagneront localement pour la résidence sans jamais nous abandonner, les ordinateurs sous le bras, « le café arrive bientôt », elles nous emmènent dans une des deux salles de réunion, la salle Clarence.

Les deux salles de réunion, similaires mais en miroir, sont très impressionnantes. La télévision, qui permet notamment de faire des visioconférences, fait la largeur d’une Aurore allongée au sol. Elle est sur roulette (la télévision, pas Aurore) et au dessus se trouve une webcam (dit-on encore webcam ?) très grande qui est télécommandée et permet une fluidité impressionnante dans les échanges. Mais ce matin personne n’est à distance, alors on demande « on rapproche les tables, on se serre autour, le café est servi, et la réunion commence. On a tellement de choses à se dire qu’on oublie de faire d’abord un ordre du jour, Lucien panique un tout petit peu, mais après ça va mieux.

On annonce le nom du projet : SIXTER (Six mois dans le Ternois). On parle en premier de la dernière semaine, un festival qui réunira toutes nos rencontres, quatre spectacles différents dans quatre parties du Ternois, du 23 au 26 Juin, un festival donc qui s’appellera « LE QUATRE QUARTS DU SIXTER ». Tout le monde valide, on est ravi·es.

On créé les outils (agendas et feuilles de contacts partagées), on parle de nos méthodes (+ on passe par les mails, mieux c’est), on parle un peu toustes en même temps, on se donne beaucoup beaucoup d’informations, on se découvre, on apprend à se connaître. Et puis, c’est le moment de faire le tour des services, c’est-à-dire de tous les bureaux pas si grands, dans lesquels on rentre toustes en même temps, ça impressionne pas mal de monde ces 6 personnes qui débarquent dans leur bureaux, qui se présentent, qui vous disent « on aimerait bien un rendez-vous pour parler, dans la semaine si possible ». Même dans les couloirs on est un joli troupeau, et toutes les fenêtres donnent sur les couloirs, et tous les visages de tous les bureaux se tournent vers nous, alors on sourit, on dit bonjour avec les lèvres, pour montrer qu’on est aimable. Et bien sûr, on prend le temps de papoter trois minutes avec Élodie, à l’accueil, parce qu’elle va nous voir passer des centaines de fois, et on a envie de pouvoir se dire un petit mot gentil à chaque fois. L’accueil, c’est important. Retour en salle Clarence, on a encore deux trois trucs à se dire à nous six, on se disperse un peu. 12h20, on est épuisé·es et pas loin de l’hypo, alors à table. Direction la café de La Poste, à Saint-Pol-Sur-Ternoise.

Un plat du jour, un dessert, un café et quatre horoscopes plus tard, go go go, on retourne au bureau. Cet après-midi, nous avons déjà rendez-vous. D’abord avec Jennifer qui connaît tous sur les médiathèques du territoire, elle nous a imprimé les programmes et les petits feuillets récapitulatifs. Lucien est ravi d’apprendre que l’on est pas obligé de vivre dans le Ternois pour avoir une carte de médiathèque, il a déjà hâte de s’en faire fabriquer une. 

Et puis rendez-vous avec Sophie du pôle communication. Ce qu’on veut savoir, nous, c’est comment on s’organise. On essaye de comprendre ce qu’on peut ou ne peut pas faire, ce qu’on peut ou ne pas demander, quel matériel on peut emprunter et comment on doit s’y prendre. Bref, on veut créer de bonnes bases. Sophie nous donne une partie des réponses, pour le reste, elle doit se renseigner auprès de Mathieu qui prendra les décisions. 

Dans le couloir le massicot chauffe sous la dextérité des mains d’Anne-Sophie et Elyne, nos petites cartes de visite sur papier cartonné de toutes les couleurs sont prêtes, on a hâte de les distribuer partout. On en met un peu dans chacune de nos poches et on est content·es. Le portable d’Aurore vibre, c’est Martine qui nous demande à quelle heure on arrive au gîte. Il faut se mettre en route, on à hâte de découvrir notre premier logement. Bisous tout le monde de la Com’ Com’, on revient mercredi ! 

Martine nous voit tout à fait galérer à trouver l’entrée du gîte qui est situé au milieu d’une pisciculture alors elle nous guide par téléphone, on n’avait pas vu le panneau à cause du lierre et le portail n’était pas ouvert, 50/50 : faute partagée, on démarre sur de bonnes bases. On entre et tout de suite on papote, ici c’est pas chez Martine mais c’est quand même un peu sa deuxième maison, c’est elle qui a tout fait dans le gîte. Elle vient tout juste d’installer trois magnifiques photophores sur le rebord de la fenêtre mais elle a oublié les bougies, ce sera joli avec des bougies. Le poêle à pellets est en route, il y a du café, si on a le moindre soucis on l’appelle ! On ne vous en dit pas plus sur Martine parce qu’on a prévu de faire une petite balade avec elle cette semaine au milieu de l’eau, elle adore l’eau et les gens qui viennent pêcher… Ah si, ce qu’on peut vous dire c’est que le choix des coussins c’est elle aussi.

Après avoir rencontré Martine, on file au Lidl et les bonnes vibes qu’elle nous a transmises nous font nous sentir tout léger dans le supermarché. On chuchote dans le magasin calme. Aurore y achète des chaussures de marche, elle n’était pas prête pour la gadoue, et Lucien un lot de 10 nouveaux boxers, l’occasion de laver son linge se fait rare en ce mois de Janvier chargé, il vaut mieux être prévoyant.

Devant le feu, Lucien met du vernis, gris argenté. Aurore a préparé la salade composée. Il est 20h30, en voilà une bien belle première journée.