SixTer

Six mois dans le Ternois

De Janvier à Juin 2026, Aurore et Lucien vont passer douze semaines dans le Ternois, dans le cadre d’une Résidence Mission avec la Communauté de Communes et accompagnées par Pollen. Après une première semaine ensemble, iels viendront chacun·e leur tour à la rencontre des habitant·es. Ce qui suit est leur correspondance et leur journal de bord.

Du 23 au 26 Juin, pour clore en beauté la résidence, quatre spectacles sont prévus dans quatre coins du Ternois : ce sont les Quatre-Quarts !

Les partenaires de cette résidence sont : La Direction Régionale des Affaires Culturelles (DRAC) Hauts-de-France, en partenariat avec la Délégation Régionale Académique pour l’Éducation Artistique et Culturelle (DRAEAC), l’association Pollen, et en lien avec le Conseil Départemental du Pas-de-Calais et la Communauté de Communes du Ternois.

Vendredi 29 mai

Coucou Lucien,

Ce matin tôt je suis allée courir et j’ai profité de ma matinée aux ballastières pour terminer des textes, commencer des montages, croiser Giulia pour l’orga, bref, j’ai pas chômé et ça avance. Doucement, mais ça avance.

A 13h30 j’étais à Frévent pour finaliser des enregistrements avec Lindy, Linda et Angélique. J’ai croisé Nora qui m’a dit : « mmmmmmh Aurore, tu m’as l’air bien bien bien fatiguée là. Va te reposer ! » Alors j’ai appelé Cécile Chichi d’Auxi pour lui dire : « Je crois que je suis épuisée, est-ce que ça te va si je passe juste boire un verre d’eau chez toi ? » Pas de soucis, Cécile a tout à fait compris. Avant je suis passé à la pharmacie de Frévent car figure toi Lucien que je fais de l’urticaire d’effort sur les mollets : une allergie au sport paraît-il ! Et ça me graaaaaatte beaucoup beaucoup beaucoup. Cécile a regardé sur internet pour moi les remèdes de grand-mère et m’a dit : « Rentre te coucher, nous on attend de vos nouvelles mais là, Aurore, va te reposer ! » Je suis donc repartie aux Ballastières et en arrivant j’ai rencontré Valérie et sa famille qui sont en train de préparer un grand week-end d’anniversaire. Les Ballastières se remplissent de tonnelles, de longue tablée et de ballons de baudruches. C’est vraiment joyeux ! Moi j’ai fermé mes yeux 1 heure. Il est 17h30, Estelle et Thomas viennent répéter. Les voilà qui découvrent le lieu, on s’installe dans la petite salle de répétition, j’essaye de détendre les appréhensions et on se lance ! C’est super, génial, j’adore, iels sont magnifiques, drôles, doux… J’ai déjà envie qu’on soit le vendredi 26 aux Ballastières Lucien ! Il est 21h et je mange mes radis sur la terrasse en regardant cette jolie cour vivante. Je me projette. Le vent se lève. Et je vais aller dormir comme un petit loir.

A demain Lucien !

Jeudi 28 mai

Aujourd’hui je n’ai rien à t’écrire Lucien puisque tu étais avec moi toute la journée dans le Ternois. Pour les lecteurices assidu·es : oui, on prépare les 4/4 et on a de plus en plus hâte !

Mercredi 27 mai

Lucien, Lucien, Lucien,

Je ne sais absolument pas par où commencer pour te raconter cette journée sans fin et sans pause.
Il est 21h30 et je rentre tout juste aux Ballastières. Carole était devant la porte, c’est une voisine qui venait voir des gens d’ici mais elle repassera demain soir et évidemment qu’elle sera là aux 4/4 ! Le mot circule !
Tic Tac Tic Tac Lucien, le stresse me monte et mes minutes dans le Ternois passent trop vite, tout est timé au cordeau et rythmé comme une dernière ligne droite avant l’arrivée !

07h30 : je pars courir, il fait encore frais. Je croise Samuel et Karen qui vont à Atre, une choriste de l’Opéra d’hier qui part au lycée et une dame avec son chien avec qui on rigole parce qu’on se salue à l’aller et au retour.

08h30 : tu m’appelles : mais vivement demain !

09h00 : Elyne et Anne Sophie débarquent pour la première fois de leur vie aux Ballastières. Café ? Café. A l’ombre ? A l’ombre. « C’est magnifique ici ! »

10h00 : Atre nous voilà ! On débarque à trois, tour de table, présentations, bon faut qu’on bosse. Je ne garde autour de moi que les animateurices : Karen, Romain, Delphine et Tim. Je les écoute. Chacun, chacune. Et je note furieusement des choses sur mon ordinateur. Leurs paroles sont précieuses, elles me font du bien, une vraie shower of espoir. Maintenant, c’est à moi de jouer : je vais écrire leur texte.

12h20 : salade composée aux ballastières avec Elyne et Anne Sophie, c’est vraiment bon de manger à plusieurs.

13h10 : je les laisse en plan avec toute la vaisselle (mercimercimerci) et je pars à Frévent.

13h30 : Florence et Crystal arrivent, elles sont ponctuelles et ont terminé leur texte chez elles les filoutes. On les lit ensemble, on enregistre, elles m’impressionnent, on a mal aux abdominos « haaaaa oui, on avait oublié qu’ils existaient ceux-là ! » Et puis on a inventé un nouveau mot : la joiemour, c’est l’amour de la joie ou la joie de l’amour, comme tu préfères !

14h55 : je dois être dans 5 minutes au Lycée Châtelet. J’écris un message d’excuse à William le professeur qui doit me présenter les élèves : je suis en retard !

15h20 : j’arrive au Lycée Chatelet de Saint Pol salle F03 (merci encore les dames de l’accueil de m’avoir accompagné jusque-là !)


15h25 : je rencontre les élèves en option théâtre. Je suis émue. Je me souviens de moi au lycée en classe théâtre à Strasbourg, la Aurore de 16 ans est dans la salle avec moi.  Je m’excuse pour mon retard, pas que pour celui d’aujourd’hui, pour celui de notre rencontre en général dans ce projet. Mais je leur dis qu’il y a de la place pour elleux s’ils le souhaitent dans nos 4/4. Notre affiche et les infos circulent sur les groupes des classes, peut-être nous recevrons un mail ! William, leur professeur est adorable, iels ont de la chance !

16h30 : J’appelle Thibaut de l’EPN de Pernes. Il a transmis toutes les infos aux jeunes de l’EPN. Pas la peine que je vienne, il fait beaucoup trop chaud.

16h45 : je meurs à l’ombre d’un arbre en silence et je réponds aux mails, messages, WhatsApp, Insta qui me parlent de tout autre chose que du Ternois.

17h30 : je file à Auxi j’ai répétition de flûte avec Jean-Michel.

18h : Eau ? Eau ! Encore ? Encore ! Merci Jean-Michel ! Ça y est, on maîtrise, on est bien, le duo fonctionne ! On sue sur nos embouchures et on se dit un peu comment tout ça va se passer. Bien ? Évidemment !

19h15 : j’ai rendez-vous avec les choristes d’Auxi pour la répétition spécial 4/4. Il y a du monde je suis surprise-contente !

19h45 : on commence à répéter. J’explique ce que j’imagine dans ma tête et puis assez vite Pascal me dit : ça c’est pas possible Aurore. Je boude. Un peu. Et puis bon finalement comme ça ce sera vraiment super aussi !  On se quitte en se disant : merciaurevoiràbientôtjaiboudéjesuisdésolépasgraveçavaêtresupertropbeauvousêtesmagnifiquesbonnesoirée.

21h10 : je prends en stop un monsieur qui revient d’Abbeville mais y’a pas de bus alors jusque Auxi ça va mais après… il est bien content de rentrer chez lui, la route a été longue !

21h30 : Carole est devant la porte et tu connais la suite Lucien.

Maintenant il est 22h36 et je vais manger des fraises en essayant de défricher la shower of espoir de Atre au clair de lune.

Rendez-vous demain Lucien ! Hiiiiiiiiiiiiiiiiiii !

Mardi 26 mai

Coucou Lucien,

J’espère que tu as bien profité de tes vacances en Espagne et que ton retour à Lille est doux malgré la chaleur torride qui s’abat sur nous. Ce matin je suis partie de Lille un peu plus tôt pour pas me retrouver en mode « raisin sec du fond du paquet » en arrivant dans le Ternois. J’ai commencé tranquillement ma première journée à la médiathèque de Pernes où j’ai été accueillie par le grand sourire de Melissa qui m’a dit : « je viens peut-être le 5 juin ! » J’ai pas compris, j’ai paniqué, j’ai bégayé, j’ai dit « tu veux dire le 25 juin ? » Et non, elle parlait bien du 05 juin, elle va venir voir Je Suis une Sirène à La Ferme d’en Haut ! Notre Newsletter fait des ravages jusqu’à Pernes Lucien !
Thibaut était dans l’EPN et là on est tombé sur un os : comment faire venir les jeunes de l’EPN au camping d’Equirre ? On a pas vraiment trouvé de solution du coup je vais directement aller voir les concernés au parc de Pernes demain après-midi, apparemment c’est le lieu de zonage après 2h devant les écrans de l’EPN, il faut juste que je passe imprimer des tracts et tout ira bien.
Je continue ma route vers TernoisCom, Marine et Gwenn sont en rendez-vous à l’extérieur et on est mardi donc Elodie n’est pas là, Yoann est en rendez-vous donc je ne le dérange pas : choux blanc. Je laisse un post-it (en fait deux, parce que j’ai écrit beaucoup trop gros) sur le bureau de Marine et Gwenn et je repasserais cet après-midi. Je vais faire mes courses, mon plein-outchy-comme-d’habitude et je vais aux Ballastières. Le porche est ouvert, il y a un atelier théâtre toute la journée. Je ne dérange pas plus longtemps le groupe et je vais m’installer dans le Gîte 1 : IL FAIT MEGA FRAIS ! C’EST GENIAL !

A peine le temps de répondre à 2-3 mails et je dois sauter dans ma voiture pour me rendre à Frévent retrouver mon demi-groupe pour faire l’enregistrement de « Comment on danse dans le Ternois ? » Nathalie, Valérie et Valérie sont déjà là, Nora m’accueille et nous montons nous mettre au frais à l’étage. Chacune écrit son texte et hop c’est le moment de l’enregistrement : debout, respirer par le ventre, lâcher les épaules, sourire, encore, plus, vraiment plus ! Les langues trébuchent, les bouches s’assèchent, le stress monte et se démonte en rigolant très fort dans le micro. Ça va être drôle cette histoire, j’ai hâte de te raconter ce que j’ai imaginé ! Parce que, exceptionnellement, pour la première fois depuis janvier 2026, vous n’en croirais pas vos yeux : Aurore ET Lucien seront ensemble dans le Ternois jeudi ! Je suis toute excitée ! Ça me réjouis !
Après mon atelier je repars avec les rushs sous le bras direction TernoisCom. Gwenn est là, près de la photocopieuse. Mauvaise nouvelle Lucien : on annule le 09 places, mon rêve part en fumée mais on se débrouillera, on a de la ressource et des super ami·es. J’imprime des flyers, il faudra vraiment que tu me fasses une formation massicot parce que là je ne coche même pas la case « en cours d’acquisition ». Je croise Yoan et Jennyfer, tout le monde a l’air d’aller bien mais quand même un peu de RDR pour la route : on s’hydrate, on fractionne et on n’hésite pas à remettre de la crème solaire RE-GU-LIER-MENT ! Je passe au gîte faire du montage, je suis seule, je bouge la table à l’ombre (RDR), je sors mon ordi et le temps file à vitesse folle, il est déjà l’heure de la répétition de l’Opéra pour 12 clarinettes et un chœur de 40 enfants. J’ai hâte !

 

(je laisse exprès ce grand espace-temps vide mais plein)

 

Tu vois Lucien l’expression « se faire rouler dessus » ? En sortant de la répétition je suis littéralement sonnée, j’admire en silence les profs de musique qui rangent leurs instruments en souriant pendant moi je me pose des questions sur le sens de la vie dans la salle maintenant presque vide, seule sur une chaise. Sylvie me sort de mon état de sidération : « ils ont été… hein ! sport ! » J’ai les larmes aux yeux et je lui dis à quel point ça va être super cet opéra, que tout est là, que ça va être beau, qu’ils et elles sont drôles, généreux, vivant·es. Elle n’a aucun doute et me remercie. En rentrant dans ma voiture-sauna j’ai l’impression de sortir de la piscine : corps en coton, sueur sur le front et l’écho des voix des enfants qui raisonnent dans mes tempes. Je ne mets ni la radio ni la musique, j’ouvre simplement les fenêtres et je roule avec les oiseaux qui chantent et m’accompagnent jusqu’aux Ballastières. Je vais bien dormir Lucien !

A demain !

Vendredi 15 mai

Aurore, c’est l’ébullition ici. Les Ballast’Yeah ont ouvert leur portes, et ça répète un peu encore par ici, ça finit les balances par là, ça dit « voilà la dernière averse est passée, j’ai vérifié », ça attend en trépignant que la foule du public passe le grand portail. J’ai finalement poussé un peu mon agenda pour rester voir les deux premiers spectacles ce soir, je n’arrivais pas à partir quand tout commence, et le deuxième spectacle est à propos de Dalida. Ayant travaillé cet après-midi avec James sur notre projet Dalida à nous, c’est un non-sens de partir comme ça. Il faudrait encore que je fonce chercher de l’argent en centre-ville, mais je pense que je n’aurai pas le temps, je me rattraperai à la buvette lors de la soirée du 26 juin, la dernière, le vertige.

Ce matin, j’ai pu mettre mes fichiers dans l’ordre, faire un peu de communication, commencer des montages, en finir d’autres. J’y vois plus clair, y’a de la matière. J’ai toujours envie qu’il y en ait plus, encore plus. J’ai hâte de te retrouver mercredi pour qu’on regarde à nouveau notre carte mentale numérique, qu’on prenne de la distance sur la taille des choses, qu’on trouve nos dernières intuitions, qu’on rentre la tête dans la matière quoi.

J’ai aussi passé ce matin du temps avec Pierre, qui fait la technique ici aux Ballastières, il m’a montré plein de prises, de consoles, de prolongs, de caisses, de recoins, de guirlandes lumineuse. Il y a une machine à fumée. Voilà, tu le sais 🙂

Et en fin de matinée, je me dis que je vais quand même envoyer un message à James pour confirmer qu’on se voit cet après-midi. Et j’ai bien fait, entre téléphone cassé, mail non reçu sur sa boîte principal, du travail dans tous les sens, j’avais disparu de son planning. Mais finalement, à 14h, il était là, fringant, sa première venue aux Ballastières. Il était attendu. Ça fait trois ans qu’il est invité ici et il n’avait encore jamais passé le porche.

Je lui ai montré le texte final. Il m’a fait des retours, ajouté des précisions. On a ri des mêmes blagues. Il a accepté de parler un peu plus de ses amours. On a fait un point sur les derniers détails, et puis on s’est promené encore un peu comme ça pour le plaisir.

J’ai travaillé encore un peu puis on m’a gentiment rappelé qu’à un moment il fallait que je libère le gîte. Je ne m’étais pas rendu compte à quel point je m’étais installé. Y’en avait partout. Des tapis et des meubles à déplacer, des bagages éparpillés, de la vaisselle, des poubelles. Bref.

Bon, il est 18h, le spectacle commence. Je ne voudrai pas faire attendre ce n’est pas mon genre. Je me sauve. 

Bon week-end et à mercredi ! Youpi !

Jeudi 14 mai

Oh quel beau jeudi nous avons passé Aurore !

Oui, je dis donc nous (ou on) cette fois-ci parce que j’ai passé toute la journée en trio avec David l’humain et Attila le chien. 

On s’est réveillés de très bonne heure, alors on a sauté du lit parce que nous l’avions vu sur le site de la météo agricole, le soleil n’allait pas être de la partie toute la journée, il fallait donc en profiter. Ce jeudi, j’ai eu pour la première fois l’impression d’habiter là, ou en tout cas de faire partie du paysage. 

Le matin, direction Fortel-en-Artois pour la brocante. À l’aller, la rue est encore un peu vide, il est tôt, alors on prend le temps de saluer chacune des personnes derrière son stand. La présence d’un chien est définitivement un brise-glace, et on répond patiemment aux même questions : 
– Quel âge ? 4 mois ;
– Quelle race ? On ne connaît pas les parents ;
– D’où vient-il ? De la Réunion en passant par la SPA de Méteren ?
– Comment vous l’avez appelé ? Il s’appelait déjà Attila quand on l’a rencontré, alors on a gardé ce nom là.
– Il est très beau. Merci.
Je doute encore que Merci soir la meilleure réponse à cette affirmation, mais je n’ai pas trouvé mieux pour le moment. Le second sujet de conversation est évidemment la météo, je souhaite à tout le monde de beaux rayons de soleil. On flâne.

Mais attention, ce n’est pas parce que c’est jour férié que je n’ai rien prévu pour aujourd’hui, j’ai en tête un petit protocole bien établi. Je ne m’en suis rendu compte qu’à la moitié mais en fait ça ressemble très fort aux pas-de-porte que faisaient Jérémy et Bénédicte quand je travaillais avec HVDZ. Iels demandaient aux habitant·es des villes dont nous allions dresser le portrait de poser devant leur porte d’entrée, comme une sorte de photo mais qu’en fait on filme, pour voir les gens en mouvement. Moi, hier, laissant mari et chien avancer à leur rythme je prends mon courage à deux mains en remontant tous les stands que l’on a salué, pratique : la brocante ne se déroule que sur un côté du trottoir. Je dis : 

« Je peux vous donner un tract ? (c’est celui des Quatre-Quarts) Voilà, avec mon amie et collègue Aurore on est dans le Ternois depuis début janvier et en juin on aura passé en tout douze semaines ici, et, si vous retournez le flyer, vous pouvez voir les différentes dates pendant lesquelles on va raconter nos « aventures » (j’ai fait les guillemets avec les doigts) et inviter des personnes qui vivent ici à nous rejoindre sur scène. Et aujourd’hui, pour la représentation du jeudi qui aura lieu à Beauvoir-Wavans, je demande aux gens s’ils sont d’accord pour que je les filme avec leur stand, comme une photo mais en mouvement. Je trouve ça assez joli de voir comment les gens se présentent via les objets qui viennent de chez eux… »

Là j’espère avoir été clair, je doute un instant, et presque tout le monde finit par me dire : « Oui, d’accord ». Oui, aussi simple que ça. Ainsi, je distribue à tout de bras les flyers, prend un plan large et un plan serré de chaque stand, souhaite une bonne journée, et trois mètres plus loin, je recommence : « Je peux vous donner un tract ? ».

Aux deux-tiers du parcours, je fatigue un peu, mais ouf !, c’est la buvette. Et c’est là que j’ai eu l’impression d’être un voisin de longue date. Yannick est là, je sers la main à Dominique le maire, à qui il est en train de parler, je faisane blague à Jérôme qui sert les bières, Mireille, que j’avais rencontré au club de lecture avec Jean-Michel, vient nous parler de sa maison, de ses vacances, et balance plein de phrases en polonais, Raymond le journaliste nous régale de ses bons mots, et on parle chien, météo, brocante, etc. avec plein de monde. Comme quand enfant, à Eperlecques, le jour de la brocante était pour moi le plus important de l’année. 

Petite parenthèse : mercredi soir, David est passé à côté de la grande usine de Saint-Pol-sur-Ternoise, s’est demandé ce que c’était, l’a googlé, et il s’agit en fait de l’usine Herta. Alors je demande à Yannick s’il connait des gens qui y travaillent, ils me dit qu’ils sont plein par ici, et on se met à parler de travail à la chaîne, de ce que ça implique pour le corps, pour la tête. Je me note dans un coin de la tête « essayer de rencontrer quelqu’un qui travaille chez Herta ».

Frite, saucisse, tarte à la crème, café, et hop, il reste un tiers de la brocante à rencontrer. « Je peux vous donner un tract ? » Oui, je trouve que ce mot tract, ça sonne bien comme phrase d’accroche.

Sur le retour, on passe évidemment faire un petit coucou à Martine, à la pisciculture, en ce moment dans le gîte où l’on dort souvent, ce sont des Suédois. Martine est impressionnée. « Qu’est-ce que des Suédois viennent faire jusque là ? » Nous aussi on s’étonne.

L’après-midi et le soir ça a été les Ballastières et encore les Ballastières : grand tour dans le jardin chatoyant de derrière, réunion avec Giulia pour la dernière semaine de juin, visite à nouveau des espace pour vivre, pour dormir, pour répéter, pour cuisiner. On définit du mieux qu’on peut ce qu’on peut faire, comment on peut s’organiser. On se parle de nos intérêts et nos envies respectifs de faire des choses ensemble.

La buvette gérée par les Ballastières le 26, check. La rencontre avec Pierre qui s’occupe de la technique ici, check. La trajectoire du soleil pour toujours parler sous ses rayons dans la cour centrale, check. La cuisson des pâtes et le pesto de verts de poireaux, check. Les discussions qui ne terminent plus au moment du dessert, check. Tout est passé super vite, il est déjà temps l’aller dormir.

Toutes les personnes qu’on a croisé hier ici ont pris le temps de la rencontre, de l’accueil, de rire, de se connaître. Ça nous tenait à cœur d’un côté comme de l’autre alors ça a marché. Ce soir, je suis obligé de partir avant leur festival, mais aux personnes qui vivent ici, je ne peux que vous conseiller de vous y rendre : 

Aurore, j’ai pris un peu de retard, j’ai des kilos d’images fixes et en mouvement et de sons à trier, des petits mails à envoyer, des projets à terminer, la venue de James à préparer. Alors je ne m’attarde pas plus. Je passerai te faire un coucou en fin de journée avant de rentrer à Lille.

Bisou.

Mercredi 13 mai

De la grêle Aurore, de la grêle. Comme un mur que je viens de traverser en rentrant d’Auxi-le-Château. Les Saintes-Glaces sont sur toutes les lèvres. Mais moi aujourd’hui, j’ai eu comme en Bretagne l’impression de vivre les quatre saisons en une journée.

Hiver : mais un hiver ensoleillé, il fait chaud au soleil et froid à l’ombre. Comme convenu avec toi, je me lance directement à la Mairie de Pernes, pour me présenter et transmettre nos flyers. Et là, bim, un mini-incident diplomatique (que je tairai, pour qu’il reste mini, pas de panique). Alors bim, déstabilisation, la phrase qu’on n’a pas envie de dire mais qui sort toute seule (que je tairai, parce que je n’avais pas envie de le dire). Je me rattrape comme je peux, je donne mes flyers et mes affiches et je file. 

Printemps : en arrivant à la médiathèque de Pernes je suis encore un peu de travers. Je le dis à Laurence parce que je n’arrive pas très bien à me concentrer. Elle rit. Thibault n’est pas là, mais elle lui passera l’info. Et surtout, elle prend bien le temps de regarder le flyer en détail et dit « ben moi je serai là ». Je la regarde, et tout son visage m’indique que ça lui fait plaisir que je sois là, que l’on fasse ce qu’on est en train de faire, et que ça lui donne envie. Je suis requinqué direct. Alors, tu sais quoi, je prends mon courage à deux mains, et je retourne à la Mairie pour aller m’excuser. Pour le mini incident diplomatique, pour la phrase de trop. Et la dame d’accueil surprise me dit qu’il n’y a aucune raison de s’excuser, que tout va bien, que vraiment il n’y a aucun problème. Dehors le soleil continue à chauffer. Je me dit que j’ai bien fait de repasser, je suis prêt pour accueillir l’été.

Été : un été plein de giboulées certes, mais un été quand même. C’est le grand jour. Le Festival des Cannes. Les gens sont super en avance, ravis d’être là, tout le monde s’est mis sur son 31, la classe. La veste que Perrine m’a prêté pour Yannick lui va à merveille (« je peux juste pas la fermer », « ça tombe bien il n’y a pas de bouton »). Les plus petites ont ramené leur pompoms, et les plus grands leurs costumes de garde du corps, tout le monde est très classe. « Lucien ! » crie Klaylia, je suis bien heureux d’être là. Et ça arrive par grappe, il y a bien deux cents personnes qui sont venues assister au court-métrage puis au film. On dirait un soir de gala, mais en plein jour. Pendant le court-métrage les gens rient, et font des « oh » et des « ah ». Yannick anime comme il se doit la cérémonie. Moi je cours pour distribuer le micro. Il y a Nelly avec plein de flûtistes (dont bien sûr notre cher Jean-Michel) qui jouent des morceaux de films, des tickets d’or cachés sous des chaises, des plumes et des froufrous. Un vrai festival. Le long métrage m’a plus étonné : l’histoire d’un enfant élevé par des autruches m’a laissé un peu froid. Mais en tant qu’ornitophobe, c’était beaucoup me demandait. Un café, des madeleines, de l’eau pétillante. Ça pourrait être une liste sans fin. Mais Hélène a pris mille photos avec mon appareil, alors je pourrai faire un diaporama pendant le 4 Quarts. Mais un diaporama fun, promis.

Automne : la grêle, la pluie, le vent, les nuages gris. En rentrant aux Ballastières les éléments se déchainent. Mais ça va être un automne tout doux quand même. De un, parce que David mon amoureux et Attila mon chien débarquent dans quelques minutes, et je suis ravi de les accueillir dans le Ternois, j’ai plein de choses à leur raconter et plein d’endroits à leur montrer. De deux, parce que toute l’équipe des Ballastières arrive ce soir pour préparer leur festival de ce week-end. J’ai hâte de cette effusion !

Voilà, chère Aurore. Je t’espère bien au chaud et bien heureuse. 

Mardi 12 mai

Chère Aurore,

C’est au prix d’un très grand effort que je viens de lever mes fesses du canapé, échappant à la petite voix me disant « au pire tu écriras demain dans le blog » qui venait de ma tête. Je suis rentré de ma journée à 20h30, alors la flemme a tenté de l’emporter, mais on lâche rien comme on dit, alors voici un court récit de cette journée passée.

Ce fut une excellente journée !

Caroline, qui réalise le film sur nous pour la DRAC, m’a rejoint ce matin aux Ballastières pour le café. Rayon de soleil, boisson chaude, rencontre. Un bon départ. Et là, de quoi me rendre heureux comme un coucou (?), nous sommes parti·es à mon premier rendez-vous… à pied. Ça c’est le grand luxe d’être juste à côté de Saint-Pol-sur-Ternois, on traverse le petit pont de la rue du moulin, un deuxième petit pont d’un chemin piéton et hop ! on est déjà devant ATRE puis devant Aux Berges du 34. Bonheur.

Je toque avec la tête de lion à la porte, et Samuel passe la tête par la fenêtre du premier étage, toujours aussi enthousiaste et m’annonce qu’on vient m’ouvrir, le petit salon nous est réservé. J’y retrouve avec joie Priscilla et sa fille Shaynesse. On a un tournage audio et un tournage vidéo à faire, pour mettre en forme la petite histoire qu’on a écrit la semaine dernière, celle qui a pour objectif magique de faire s’endormir Shaynesse le soir. Et Caroline est censé me filmer en train d’enregistrer tout ça. Mais Shaynesse pète le feu ce matin et veut jouer avec nos ordinateurs, micros, caméras, mais aussi avec la camion qui fait de la musique et avec la porte du placard devant laquelle on fait les images. Alors Caroline abandonne un temps sa mission de garder la trace de tout ça, et s’occupe de Shaynesse. Malgré le tourbillon, Priscilla reste focus, lit hyper bien, chante la chanson de mon enfance que je lui ai confié, manipule les peluches telle une marionnettiste, et hop c’est dans la boîte, en tout cas pour moi. Alors, comme chaque fois que je viens aux Berges, on prend le temps de faire le tour du jardin. Le soleil, la rivière, la rosée. Miam.

Quand on retourne dans la grande salle des Berges, Samuel est là avec une stagiaire (mais comment je fais pour oublier chaque fois de noter les prénooooooooms argh!!!) et figure-toi que devant eux se trouve des flyers et des affiches pour nos Quatre-Quarts, prêts à être distribués et affichés partout. Je dis à quel point ça me fait plaisir, et Samuel en remet une couche en encensant notre blog, en disant à quel point il ne ratera pour rien au monde la soirée aux Ballastières, bref, je suis refait.

Hier, j’ai appris que finalement Béatrice viendra ce soir au temps de création à la médiathèque de Eps, et quand je l’ai vu la dernière fois, elle m’a dit qu’elle s’était remise au piano. Mais moi cette semaine je n’ai pas pris mon clavier pour lui prêter. Alors je passe à ATRE pour voir s’il n’y aurait pas un petit synthétiseur qui traine. Un homme s’approche, se demandant si je suis perdu, je dis que je suis Lucien, de La Ponctuelle, le collègue d’Aurore, et là : « ah oui, ok ! tu as besoin de quoi ? » C’est devenu comme une formule magique ton prénom ici. Je lui fait part de ma recherche, on fonce au rayon électronique et là on trouve ça : 

« Je suis pas sûr que ce soit exactement ce dont j’ai besoin, mais on ne sait jamais, je peux l’emprunter ? » « Bien sûr. »

On retourne avec Caroline aux Ballastières, gnocchis légumes japonais, quelques plans de travail sur ordinateur, je lis aussi à voix haute l’article de blog qui parle de l’atelier d’écriture auquel elle a assisté la semaine passée, et hop, c’est déjà l’heure de repartir.

J’ai rendez-vous avec La Pannerie aux Châtaigniers. Je mets Les Châtaigniers, Frévent dans mon GPS. Et j’arrive à La Pannerie. Françoise au loin me reconnait immédiatement. Elle dit qu’on a rendez-vous aux Châtaigniers, je dis que je le sais, mais que mon GPS m’a emmené ici, que je ne connais pas l’adresse des Châtaigniers. « Suis-moi on va demander à Julie. » Julie arrive, me dit qu’on a rendez-vous aux Châtaigniers, je dis « je sais », et elle me dit « et là c’est là Pannerie », je dis « je sais, mais c’est où les Châtaigniers ? ». Rue des Longues Haies. Ok. On remet tout notre matériel dans la voiture avec Caroline et on se rend Rue des Longues Haies. On voit un grand bâtiment, on se gare, en mettant un peu la pression à une infirmière qui aurait aimé finir tranquillement de ranger son coffre alors qu’on attendait sa place en la regardant fixement. On descend avec nos affaires, direction le hall d’accueil.
« Bonjour, on a rendez-vous ici avec la Pannerie.
– Ah bon, c’est ça qu’on vous a dit ?
– Oui, oui c’est sur c’est ici.
– Un rendez-vous avec les Pommiers ?
– Euh non, les Châtaigniers. Ici c’est les Pommiers.
– Mais c’est où les Châtaigniers ? 
– Dans la même rue, mais vraiment tout au bout, de toute façon après c’est le chemin de terre.
On retourne sur le parking où il y a maintenant plein de place, on remet nos affaires dans la voiture, et on repart. Au bout de la rue : Les Oliviers. Et pourtant je vois déjà le chemin de terre. « Regarde, il y a encore une entrée après ». Et là, derrière les Oliviers, juste avant le chemin de terre, bien caché tout au bout : les Châtaigniers. Ouf. 

On a fait un groupe mixte, entre des résident·es de La Pannerie et des résident·es des Châtaigniers : Jean-Marc, Sylvie, Angélique, Sandra, Nathalie, Françoise, Sandra encore, Charles-Éric, Christine, Sébastien, Séverine, Isabelle, Joëlle, Jennifer, Sabrina et Julie. On s’est mis dehors, dans le beau jardin. Et il n’a pas plu. Et il y a même eu des rayons de soleil. Et on a dansé, dansé, dansé, sur Frédéric François, Johny Hallyday, Koj et chapochapo^^, Céline Dion, Shakira, Matmos, etc. Et c’était trop bien. J’ai de belles images et déjà beaucoup d’impatience de faire un montage. Deux heures plus tard j’ai donné des flyers, et encore d’autres flyers qu’elles distribueront chez les commerçants de Frévent, et d’autres flyers que Françoise distribuera dimanche à la messe. On s’est dit qu’on se revoyait pour le Dalida’s Project à la médiathèque et pour le 2/4 à Boubers-sur-Canche. Juste un petit au-revoir donc.

Repassage par les Ballastières. Caroline rentre à Lille. Je dîne à 18h. Et hop, direction Eps pour un moment de création autour du thème Les Fleurs de mon secret. Béatrice est bel et bien là, et c’est la seule. Ça semble l’inquiéter, moi je dis que ça me va très bien comme ça. J’adore sa voix, très douce. Sa façon de raconter calmement les choses. Son sourire, sa bonne humeur. Je suis trop content d’être là. Finalement pas de pile pour le crocodile, et puis un clavier qui commence à la note Fa, c’est pas très pratique. Mais on parle comme prévu de fleurs, de secrets qu’on n’a pas toujours envie de dire, de la difficulté à parler avec certains et des conversations qui se font toutes seules avec d’autres. Au bout d’une heure, j’ai une petite idée de ce qu’on pourrait faire à deux. Béatrice semble me faire confiance. On se liste les choses à préparer pour la prochaine fois, et voilà, tout simplement, on trouve une place à Béatrice pour le 1/4 au Château d’Équirre. Oui, tout simplement. 

J’ai vu que des gens gentils aujourd’hui. J’ai adoré ça. 

Maintenant il est quasi 22H alors je tire ma révérence. Demain c’est Festival des Cannes hihi. 

Bonne nuit !!

Lundi 11 mai

Ce matin, Aurore, mon GPS a indiqué un itinéraire bis, « même durée », j’avais envie d’aventure pour cette nouvelle semaine dans le Ternois, j’ai appuyé sur mon écran, et suis sort à Hersin-Coupigny, en mode on a qu’une vie. J’ai traversé quelques villages inconnus, et suis finalement retombé sur la toute première route que nous avons pris ensemble pour le Ternois, avec Anne-Sophie, Elyne et Charlotte au volant, c’était en hiver, il faisait noir et froid. J’ai eu l’impression de remonter le temps, et j’ai profité pour faire rapidement un petit bilan sur toutes les semaines qui sont déjà passés. Et bam, je suis tombé sur la voie rapide. Oui, je suis arrivé à TernoisCom par la deux fois deux voies, à 110km à l’heure, et j’ai pensé que ça annonçait une belle et joyeuse semaine à toute berzingue.

Je fonce donc tout droit vers le bureau de Marine et Gwenaëlle, et Jennifer est là. Je demande si je dérange, pas du tout. En écrivant cela, je me demande si c’est aussi le bureau de Jennifer. Mais comme elle a un ordinateur portable, et pas un poste de travail, je doute. Faudra que je me renseigne. Ce matin, les sujets étaient tout autres. On avait toutes un peu la tête dans le lundi, à la fois en train de mettre nos idées en places, tout en sortant du long week-end passé et en préparant mentalement celui qui arrive. Il y a des anniversaires prévues dans les familles de Marine et Jennifer, barbecue d’un côté, plancha de l’autre (je corrige le flyer pour les Quatre-Quarts et je te le renvoie), des anniversaires qui durent longtemps parce que toute la famille n’est pas disponible au même moment, (oui c’est parce que tu as confondu Verloingt avec Averdoingt), une nouvelle direction dans le TernoisCom qui va permettre de faire un point sur le passé et surtout sur le futur, (je te le mets en A5 ou en A4 ?), et surtout il y a des folles envies de se teindre les cheveux, (au fait tu veux un café ?), mais alors rouge ou vert émeraude ?? On part avec Gwenaëlle à la photocopieuse. Ohlala ce qu’ils sont beaux ces flyers ! Imprimons-en plein !

Au fait, Gwenaëlle est toujours sur le coup pour le 9 places.

Là, comme d’hab’, il est temps de massicoter. Je me retrouve seul, maladroit, ça ne coupe jamais exactement où je veux, alors au moment où deux personnes se retrouvent à la photocopieuse, je demande : « Quelqu’un sait comment ça marche vraiment ? » Et là, Marie, tu sais qui d’habitude est au service jeunesse, mais qui de temps en temps prend le relais à l’accueil principal dit : « Oui, moi je sais faire ! ». Je suis super impressionné quand quelqu’un dit ça, avec aplomb, je suis prêt à tout entendre. « Bon alors là déjà c’est trop de feuilles en même temps, ça va forcément dériver. Ensuite il faut venir déposer la lame une première fois pour voir où ça va couper. Voilà. Bon, là c’est vrai que vous avez beaucoup de bords, vous voulez tous les enlever ? Le mieux aurait été qu’à la mise en page vous ayez mis moins de bords. Mais voilà, vous savez tout, à vous ! » J’ai rougi pour cette histoire de mise en page, je me rends bien compte que le fichier que j’ai fourni aurait pu être mieux pensé, alors je fais des tout petits tas de feuilles pour que ça coupe bien droit. Mais mon problème, Aurore, avec les choses manuelles, c’est qu’au bout d’un moment je perds patience, alors tel un petit garnement, j’ai fait des paquets de plus en plus gros, et puis j’ai jeté le plus vite possible les rebuts pour pas que l’on voie que c’est un tout petit peu en diagonale. Marie, si tu me lis, pardon.

Là, nouvelle voie rapide vers le bureau. « Je dois déjà filer, mais n’hésite pas à m’appeler pour quoi que ce soit en lien avec tes cheveux hein ! » Voie rapide dans l’autre sens, j’ai rendez-vous avec Camille à Frévent, c’est la professeur de sport qui va programmer notre Bal Folk Forever. Go. 

Nouvelle surprise routière : quand on va de TernoisCom à Frévent, c’est une route toute droite. Comme à chaque fois je fais un détour par le gîte de la Pisciculture, je ne m’en étais jamais rendu compte ! Décidément, c’est une journée qui file vite de droit, youpla.

C’était super de rencontrer Camille. Au téléphone et par message on se vouvoyait tout le temps, mais dès qu’on s’est vu, elle m’a tutoyé direct, alors moi tout pareil et c’était tout de suite beaucoup plus simple. (Au fait, as-tu eu l’occasion de passer par l’accueil du collège de Frévent ? Si ce n’est pas le cas, n’hésite pas à trouver un prétexte, parce que les deux dames de l’accueil sont extrêmement gentilles, souriantes et enjouées. J’adore passer par là, inscrire mon nom dans le registre, recevoir mon badge visiteur, en souriant pendant qu’on me sourit, on dirait un massage d’humeur express et super efficace). Camille me propose de commencer par aller visiter la toute nouvelle salle de sport du collège. Elle n’est là que depuis un an. Elle a poussé sur un parking, la peinture est nickel, ça sent le neuf à l’intérieur, la salle est immense, le parquet impeccable, et au fond ; un mur d’escalade. Grand luxe. Ça va être génial de jouer là. Je demande à Camille s’il y a des chaises, des tables, on passe dans toutes les petites pièces (bureaux, vestiaires) et on compte. Si on veut une autre table que celles dans la salle il faudra par contre lui mettre des balles de tennis à ses pieds, so chic. Tout en faisant la visite, Camille a le planning sur son téléphone, on valide les horaires, les lieux, le nombre d’élèves, etc. On retourne au collège pour faire valider tout ça par Madame la Principale. 

Je panique quelques secondes, c’est la troisième fois que je viens au collège et je me suis encore jamais présenté. Alors, en tout transparence je dis : « c’est la troisième fois que je viens au collège et je me suis encore jamais présenté ! » Elle me rassure tout de suite en disant que ce n’était pas utile, qu’elle sait déjà tout de notre présence, puisqu’elle connait très bien Anne-Sophie de Pollen, et qu’elle est ravie que des projets puissent avoir lieu avec le collège. Tout va bien. Je donne un flyer des Quatre-Quarts, direct. Puis un deuxième à Camille qui dit « oh, le Château d’Équirre ! C’est là que je me suis mariée ! » Je préviens fissa qu’avec ce genre de phrases, on risque de finir dans nos spectacles. « Ohlala, moi non ! »

Bon, sortons du bureau de Madame la Principale, allons finir de régler les menus détails dans la salle des profs. Je montre le teaser de BFF pour donner un aperçu du spectacle, Camille dit que ça donne envie, que l’on verra comment les élèves de 3e réagiront, je prends une adresse mail fonctionnelle, puis je préviens : « je ne sais pas encore ce que je vais te proposer mais je t’enverrai aussi un petit mail par rapport à ton mariage ». Camille sourit avec réserve. Mais en sortant, elle me montre une table avec un gâteau et plein de cookies et me dit que c’est elle qui les a fait et que je peux en prendre un si je veux. Sans me faire prier je me sers un cookie, il est délicieux, je le dis. « Oui, je ne les fais pas trop cuire, j’ai mien quand ils restent mous comme ça. » « Moi, tout pareil. » Ok, on a une connivence. Demain, je lui envoie un mail.

Je croise Édouard, du coin nature, qui s’excuse de ne pas m’avoir répondu, le mois de mai et ses magnifiques jours fériés dérèglent les agendas de tout le monde. Je le rassure en lui disant que moi aussi, j’ai pris un peu de retard, alors ne paniquons pas, tout va bien se passer. Je file au Liddl.

Courses, emménagement aux sublimes Ballastières, repas, sieste, téléphone à Caroline pour le tournage de demain, message de confirmation à Yannick avec photo de la veste que Perrine m’a prêté pour lui, message aux Étoiles d’or de Valhuon, coup de téléphone à Daniel avec qui on prépare un tournage de peinture en live, enregistrement de ma voix de narrateur et montage sonore finalisé pour une des deux histoires de parents, les nouveaux flyers sans le A de trop envoyés par mail, mise à jour de la to do list du Ternois et des quelques petites envies d’écriture, montage version courte de Richard Watson pour le timing serré du Festival des Cannes, quelques affaires courantes administratives, un tour sur le paperboard numérique de nos quatre spectacles à venir, t’écrire dans le blog et bim, il est 20h12, et je n’ai pas vu le temps passé. C’est la voie rapiiiiiiiiide. Demain je vois plein de gens. J’espère qu’ils sont prêts à foncer. Et au pire, on prendre le temps de faire une petite pause au bord de la route.

Allez, bisous.

Vendredi 8 mai

Il est 07h30 et je saute du lit, il fait beau, encore un peu frais dehors mais la journée s’annonce avec du soleil. Je bois un café, puis deux, puis trois, et c’est le jour du départ alors je dois tout ranger. Défaire le lit, faire la vaisselle et ma valise, retrouver mes affaires éparpillées et ne rien oublier. A 09h tout est prêt, dans ma voiture, j’ai le temps d’un quatrième café sur la terrasse au soleil en solo, bonheur. 09h30 j’ai rendez-vous à Frévent pour emmener Lindy, Linda, Crystale, Florence et Angélique à la Pisciculture pour travailler sur leur texte. Je suis taxi et j’adore ça : « Bonjour-bonjour, allez-y, montez, comment ça va, super, je vous laisse prendre un café avec Martine, je vais chercher les autres, faites comme chez vous ! » Oui parce que Lucien, elles sont 5 et je ne peux embarquer que 4 personnes dans ma voiture. Une fois que tout le monde avait admiré le gîte dans tous ses moindres recoins on a passé la matinée sur la terrasse du gîte, confortablement installées dans le nouveau salon de jardin à siroter du café en écrivant des textes. Moi j’ai papillonné de l’une à l’autre pour relancer une question ou faire une petite proposition. Évidemment on avait prévu d’avoir une version finale des textes et de les enregistrer aujourd’hui mais on a pas du tout eu le temps, à midi il fallait qu’on soit parties ! Pas grave Lucien, on se revoit la prochaine fois !
Cette matinée était comme un moment suspendu, plein de rires et aussi de mots durs, de souvenirs tendres et de fleur d’orchidée, de fantômes et de retrouvaille. Oui parce que figure toi Lucien, qu’Angélique et Martine étaient ensemble à l’école ! Le Ternois parfois c’est vraiment tout petit.
A midi j’ai raccompagné tout le monde et on s’est dit au revoir devant la maison de Florence. Moi je suis remontée dans ma voiture et j’ai programmé le GPS vers ma dernière destination de la semaine : direction chez Angélique : le Camping du Chateau d’Equirre !

En arrivant je suis passée à l’accueil déposer des flyers et j’ai demandé si Angélique était là. La dame a demandé au monsieur au comptoir : Ta sœur est là ? Nan elle est pas là… Mince. Mais elle vient d’arriver c’est bien ça ? Aaaah nan ! Alors ce n’est pas la même Angélique. Le bon vieux quiproquo théâtral au milieu de la salle de réception du château d’Equirre. Me voilà partie dans le camping, l’air sûre de moi, tout en en priant intérieurement pour me souvenir du beau Mobile Home d’Angélique. Et j’ai trouvé Lucien ! Il y avait Ludovic, son mari, qui était sur la terrasse, c’était pile l’heure de l’apéro. On se reconnait, on se salue et j’entre par le nouveau petit portail qui cloisonne le terrain pour que Miss la petite chienne blanche toute douce qui vit avec eux, puisse se promener tranquillement. Angélique arrive en souriant et me salue à son tour. Je remarque que les travaux ont bien avancés, la barrière et presque terminée, ça va être ma-gni-fique, surtout avec le Moulin qu’a commandé Angélique à Ludovic ! Je venais juste déposer des flyers et me voilà attablée avec eux deux pour papoter et en savoir plus sur leur vie en camping. Angélique et Ludovic se sont installés côte à côte, en face de moi, ils sont très beaux tous les deux, je sens qu’ils sont bien, au bon endroit, avec leur nouveau Mobile Home deux pans derrière eux. Oui parce que j’ai appris plein de termes techniques aujourd’hui Lucien : mobile home deux pans, les toits plats et le garage mort. Pendant qu’on discute et que j’essaye de tout noter sur mon ordinateur, il y a d’autres habitant·es du camping qui passent derrière moi, qui font un brin de causette, une petite blague ou qui donnent des petites nouvelles. C’est très gai. Ils doivent quand même se demander qui je suis et ce que je fais là mais Angélique et Ludovic me rassurent et me disent : « on leur expliquera et surtout on leur dira de venir au spectacle ! »

Car oui, tu me connais Lucien, je parlerai un peu plus longuement d’Angélique et Ludovic lors de notre premier 4/4 le mardi 23 juin à 19h au Camping du Château d’Equirre ! Il est déjà 14h et je vais rentrer à Lille. A mon tour de te souhaiter une belle semaine aux Ballastières Lucien, profite bien du Ternois et surtout des rencontres magiques avec les gens qui y vivent, j’ai hâte de te lire !
Bisou

PS : Oups, j’ai embarqué les flyers mais si tu passes à TernoisCom lundi en arrivant, tu pourras en imprimer. C’est validé !

Jeudi 7 mai

Comme promis j’étais un peu avance ce matin à mon rendez-vous avec Jean Michel et comme toujours lui un peu en retard mais de toutes façons avant toute chose : café ! Jean-Michel sera donc notre référent pour le spectacle du Jeudi 25 juin à 19h à la Salle des Fêtes de Beauvoir-Wavans, on a fait le point sur : les horaires, les clefs, TOUT, les tables, les chaises, VA, les stands des associations locales, BIEN ,la communication, la convention, ALLER ! Jean-Michel doit filer chez le dentiste, rien de grave, examen de contrôle, mais tu connais mon côté éponge-empathie : j’avais déjà mal à mes dents pour lui.

Hop je file direction Boubers, la mairie est ouverte, teaming parfait. Coucou Yohan. Merde. C’est pas ça. Loan. Ohlalala. Je pique un fard et me confonds en excuse. Loan ne m’en veut pas trop et rigole quand je lui demande de m’épeler à nouveau son prénom pour ne pas me tromper à nouveau sur le blog. Loan est d’ailleurs un lecteur assidu de nos aventures ! Il m’a fait un compliment, alors je te l’écris Lucien pour que tu prennes ta part. Loan sera donc notre référent pour le spectacle du Mercredi 24 juin à 16h à la Salle des Fêtes de Boubers-sur-Canche, on a fait le point sur : les horaires, les clefs, TOUT, les tables, les chaises, VA, les stands des associations locales, BIEN, la communication, la convention, ALLER AUSSI ! Loan me refait voir l’espace et il y a le club de tricot qui tricote alors je me présente et je dégaine mes magnifiques flyers, hyper fière de moi, certaines ont noté la date dans leurs agendas et d’autres connaissent aussi une intermittente du spectacle. Mais je leur avoue assez vite qu’on ne se connait pas toustes entre nous.

Zou, je file à Atre. Je n’ai eu aucun retour suite à mes deux mails alors je panique et quand je panique je fonce dans le mur tête baissée et me voilà à Atre « toc toc toc qui est là ? Tout le monde ?! Parfait ! » J’arrive d’abord dans le bureau d’Aurélie qui est vraiment deg d’avoir la fête de l’école le 26 juin mais qui viendra quand même à l’atelier autour des vêtements. Et là je grimpe encore un étage et j’arrive sous les combles dans un endroit génial : le bureau des animateurs et animatrices nature.
Il y a des cartons colorés partout, un tableau véléda, des bureaux en bordels et des objets que je sais pas à quoi ça sert. Et il y a quatre personnes qui m’écoutent : Karen Julien, Romain et Delphine.

Karen je l’avais déjà vu lundi, Karen là elle est entrain de polir des petits oiseaux tout gris qu’elle accroche à des branches. Karen elle observe, c’est une observatrice à l’affut de tous les bruits de la nature (sans hiérarchie Lucien !) : de l’insecte minuscule au grands oiseaux nocturnes. Karen si tu lui demande de choisir elle est pas vraiment d’accord avec le principe de choisir et elle le dit !

Romain il est caché sous son bonnet et au fur et à mesure j’arrive à apercevoir ses cheveux bruns. Romain il ne sera peut-être plus à Atre en juin mais peut-être qu’il viendra quand même, j’espère. Julien il parle pas beaucoup jusqu’à ce qu’il me présente Monique la poubelle magique. A ce moment-là je vois Julien se transformer en fée et dire tout haut une formule magique qui transforme ton déchet en un nouvel objet recyclé. J’ai l’impression que Romain nous réserve bien des surprises Lucien.

Delphine est derrière son ordinateur portable, elle regarde son agenda. Prévoir des choses c’est compliqué en ce moment. Où est-ce qu’elle sera le mois prochain elle en sait rien alors au mois de juin… Mais à la fin c’est quand même elle qui note le rendez-vous dans l’agenda collectif. Je souris. Delphine, elle, son histoire se passe autour de la mare. Elle aime y passer du temps pour l’observer se transformer. Je dis : batraciens ? Elle me dit : et les végétaux aussi ! Je rougis, je n’y connais vraiment rien en mare Lucien, mais je me dis qu’avec Delphine je vais apprendre plein de chose et ça… j’adore !

Julien lui il sera en immersion en mai. Il immergera dans une école primaire pour devenir prof. Je sens que Julien il a la bougeotte, entre son studio d’enregistrement, ses périodes d’immersion, Atre, il faut qu’il regarde dans son agenda mais il l’a oublié chez lui. Bon puis de toutes façons j’ai l’impression que Julien il a bien envie que son chez lui devienne un grand voyage car figure toi Lucien que Julien est incollable sur les écosystèmes dans le monde. Que ce soit pour la forêt amazonienne du Brésil, pour les Ardennes Belge ou pour le lapin du Pays-Basque, Julien il trépigne d’impatience avec son grand sourire.

Voilà pour le deuxième étage de Atre Lucien. Ensuite, je redescends au premier et je demande à Samuel où peut bien être Tim… Ha tiens, le voilà. Et justement il n’a pas de rendez-vous là tout de suite. On rigole et il me dit ce qu’il a fait à la place de notre rendez-vous auquel il m’a posé un lapin (du Pays Basque) tout en m’accueillant dans son bureau. Je lui dit tout ce qui a été validé, tout ce qu’on essaye de faire au mieux, tout ce qui reste à faire et tout ce que j’aimerais qu’on arrive à faire encore. Peut-être j’étais un peu trop intense… Pardon Tim si tu lis ces mots, je m’excuse. Parce que oui, Lucien, là je sens que j’ai la tête dans le guidon et qu’être toute seule sur tous les fronts en même temps ben j’ai des petits moments de surchauffe. D’habitude quand on est deux tu me fais redescendre mais là ben…. j’ai filé à TernoisCom, je n’avais déjà plus de flyers Lucien !

Cet après-midi je suis restée à la pisciculture, j’ai fait du montage son et j’ai écrit. Pour faire une pause et me dégourdir les jambes je suis allée voir Martine au magasin, je lui ai donné nos flyers et je lui ai dit : tu sais, Martine, c’est ma dernière nuit à la pisciculture. J’ai eu un petit pincement au cœur Lucien.

Et puis ce soir je reçois Thomas et Estelle au gîte, je vais leur lire le texte que je leur ai écrit. MAISJAIOUBLIEDELIMPRIMERJESUISUNBOULET ! Catastrophe ! J’appelle Martine ma sauveuse : où est-ce qu’il y a un magasin de photocopies ????????? Tu sors du gîte à gauche, tu passes Conchy et tu arrives à Aubrometz : Papier Rouge, un entrepôt de bureautique, tu vas trouver ils sont supers ! MagiqueMartine ! Je suis arrivée à l’entrepôt et je leur ai dit : « merci d’exister ». On a bien rigolé avec la dame, on a parlé de l’apaisement que provoque les magasins de bureautique sur les gens, je me suis dit qu’on pourrait les répertorier comme lieu ressource en termes de sérénité. Et pour finir j’ai laissé quelques flyers !

Thomas et Estelle sont arrivé·es, je leur ai fait visiter le gîte et on s’est installé·es autour de la table. J’ai sorti mon texte et je leur ai fait la première lecture. S’en ait suivis un doux silence, de ceux qui comptent en fait beaucoup de mots. Ensuite ils ont fait la première lecture. On a échangé, discuté, rigolé et on a terminé par une visite de la pisciculture pour marcher côte à côte, tous les trois et parler de rien, des truites qui sont mes meilleures voisines. Lucien, en partant ils ont klaxonné, je crois que c’est bon signe !
Martine aussi a klaxonné en partant et en me laissant une truite fumée sur la clenche de la porte d’entrée.

Tut Tut Tut Tut Tut Tut ! Lucien ! Le Ternois ! Les 4/4 approchent et ça va être le feu !

Bisous

Mercredi 6 mai

Ce soir, « Nous n’irons pas à l’Opéra » Lucien ! Je suis actuellement en direct dans l’auditorium de l’École de musique de Saint Pol où se prépare la répétition générale d’un opéra pour 12 clarinettes et un chœur de 40 enfants. Il est 17h30, derrière moi il y a Ambre, Lucie, Elfie et Ethan qui m’expliquent un peu comment ça va se passer, heureusement car pour l’instant je suis un peu perdue. Les clarinettistes s’échauffent en jouant chacun un truc différent pendant que les enfants sautent partout dans un brouhaha général. A l’instant, Jérémy vient de frapper très fort sur une cymbale pour que tout s’arrête. Ça marche ! Silence. Tout le monde va se mettre en place.
La. La. La. La. Temps d’accordage.
Les enfants sont séparés en deux groupes, certains hésitent encore un peu pour choisir leur groupe. Pas de panique c’est une répète. Et puis moi tu sais bien que je pense qu’on a toujours le droit de changer de groupe ou d’hésiter entre deux ou de ne jamais vouloir en choisir un. Bref, Julien commence, ça a l’air d’être le récitant. Julien s’adresse au public pour poser l’histoire. Bon normalement les enfants font une entrée à ce moment-là mais bon, tu sais bien, on va pas la faire aujourd’hui, ils sont 40, et là ils sont installés. Après 4 faux départs c’est parti ! Là je fonds…. c’est vraiment trop trop trop mignon ! C’est l’histoire d’une classe qui doit aller à l’Opéra mais c’est annulé à cause d’une fuite de gaz, alors ils sont tous très tristes : « grise mine, la journée se termine, nous n’irons pas à l’opéra, mais bientôt, mais bientôt, mais bientôt ou jamais. » Mon petit cœur se brise en mille morceaux Lucien.

Il est 20h30 et je viens de rentrer au gîte et c’est décidé avec Sylvie qui crée l’Opéra :  je reviendrais à la prochaine répétition pour faire la mise en scène du chœur des 40 enfants. Et je sais qu’en lisant ces mots tu vas rester bouche bée, peut-être même tu vas m’appeler pour me dire « ça va Aurore ? Tout va bien ? » Mais moi aussi Lucien, j’ai le droit de changer de groupe !

Revenons un peu au début de cette journée, ce matin à Saint Pol j’ai rencontré Margaux, Yanis et Kalysta, ils sont accompagné·es par l’ADEFI pour leurs projets professionnels. Je leur pose assez vite la question : vous avez déjà fait des trucs artistiques. Tous les trois me disent : non non. Alors c’est quoi vos passions ?
-je dessine et je lis énormément
-je fais de la musique sur mon ordi et de la guitare
-je fais du doublage de voix

Donc vous faites des trucs artistiques en fait ! On a ri. Du coup j’ai fabriqué un atelier sur mesure pour chacun·e, Yanis sur Abelton, Margaux à l’écriture et figure toi que Kalysta serait okay de faire un extrait de doublage de voix en live pendant un des 4/4 !
Il y a Elyne qui est venue me faire un coucou et qui a assisté à l’atelier, on a papoté un peu sur le parking mais je devais filer rapidement j’avais répétition de flûte avec Jean-Michel et sa prof Nelly à Auxi.

Je suis arrivée un peu en avance et Jean-Michel un peu en retard. On a écouté Nelly nous donner des précieux conseils, ça m’a vraiment plu de retourner en cours. J’ai repensé à mes trois profs de flûte… je me demande ce qu’ils deviennent. Lucien, figure-toi que Jean-Michel et moi on y arrive si bien avec notre morceau que Nelly va nous proposer un autre duo ! Je lui fais entièrement confiance ! En même temps je suis certaine que si tu voyais son sourire et que tu entendais le son de sa flûte, tu lui ferais aussi entièrement confiance ! A nouveau, pas le temps de rester discuter avec Jean-Michel sur le parking alors on s’est donné rendez-vous demain matin à 09h pour un petit point d’étape ! J’étais attendue chez Cécile et Patrick une demi-heure après et je devais encore manger et aller chercher des chichis, c’était mon tour.

J’ai profité de mon petit café avec eux deux, on a parlé des derniers films qu’on a vu et qu’on a aimé, de la déclaration d’amour de Dedienne à Muriel Robin, de hérissons, de Véronique Sanson, d’IA et de covoiturage. Parce que je leur ai parlé de notre enjeu de mobilité pour les habitant·es du Ternois. Transition toute trouvée :  direction TernoisCom. Je suis arrivée comme une fleur à 17h dans le bureau de Marine et Gwenn en disant : « je viens chercher la com ! » Les deux : bouches ouvertes, les yeux qui dansent le twist. « Les flyers tout ça, vous savez ?! » Et là un miracle a eu lieu Lucien : Gwenn a pris le flyer, l’a embarqué dans le bureau du président pour valider avec lui et hop ! VALIDATION ! Impressions, massicot, joie, bonheur, bon d’accord j’ai laissé des marges… mais quand même ! Demain, j’inonde le Ternois ! Et puis je dis tout doucement que quand même j’aimerais leur parler d’un truc qui m’embête, que je me demande si TernoisCom pourrais nous aider, enfin si c’est possible (méthode de l’anguille) : est-ce que vous pouvez nous prêter un 9 places toute la semaine des 4/4 ? « Faut voir avec le service jeunesse Aurore » et là Miracle 2 : Yoann passe pile à ce moment là dans le couloir. « Tu sais Yoann, je me demandais, si jamais vous en avez pas besoin, j’aimerais bien enfin si c’est possible évidemment un 9 places pour notre semaine des 4/4. » « Je me renseigne, je reviens vers toi ! »  

Lucien, une journée avec 2 miracles même 3 miracles si tu comptes le fait que je vais travailler avec 40 enfants, c’est ce que j’appelle une bonne journée !

A demain et bonne soirée d’anniversaire (ça y est j’ai un an de moins que toi jusqu’au 02 novembre !)

Bisous

Mardi 5 mai

Cher Lucien,

Mon réveil au milieu de la pisciculture m’a donné l’énergie pour finaliser tout ce qui avait été commencé hier avec les permanent·es de Atre. J’ai pris mon ordi à deux mains et envoyé plein de mails pour valider les rendez-vous esquissés dans l’énergie de la rencontre. Et bien figures toi que je me suis rendu compte que nous allions être ensemble, tous les deux, Lucien ET Aurore, pour un des deux temps d’écriture avec l’équipe de Atre : joie ! Ce sera un temps d’écriture autour de nos vêtements fétiches. J’ai proposé à chacun·e de ramener son vêtement important, celui qui a compté lors d’un premier rendez-vous amoureux, d’un examen de conduite catastrophique, d’un enterrement important ou d’un premier trou aux genoux. Tu vas ramener quoi toi ?

Une fois tous ces mails envoyés j’ai continué à écrire le texte pour Estelle et Thomas, je commence à voir le bout et il y a un passage que j’aimerais bien que tu vois avec eux deux, mais d’abord je vais leur proposer et être sûr qu’ils sont okay avec ma propale, on se voit tous les trois jeudi soir, j’ai hâte et un peu le trac en même temps.

Et puis 11h est arrivé avec Caroline qui vient nous filmer pour la DRAC. Elle est arrivée par la pisciculture, elle était très impressionnée par notre gîte, elle l’a tout de suite fort aimé ! On s’est assises et on a papoté autour d’un café avant qu’elle sorte son matériel et qu’elle tourne quelques plans de l’environnement et de moi entrain de t’écrire. Je voulais l’emmener à La Crémaillère pour déjeuner mais le mardi c’est fermé ! Alors je suis allée sur la terrasse pour demander conseil aux installateurs de palissades, tu sais, ceux que tu as vu la semaine dernière ! Conclusion : la palissade avance bien et il y a un boulevard pour les futurs restaurateurs à Frévent.
On a donc terminé dans la pizzeria, juste à côté de là où je donnais l’atelier d’écriture. Au plus simple, ma 4 fromage était délicieuse.

En arrivant à l’atelier j’étais très heureuse de retrouver tout le groupe et je crois que dans le groupe elles étaient aussi très heureuses. Parce qu’il y avait un double enjeu : continuer à écrire ensemble et définir notre future relation. Qui veut bien s’engager pour participer au spectacle ? Et sous quel format ?

  1. Je ne veux pas participer, l’atelier me suffit en lui-même et puis c’est tout.
  2. Je veux monter sur scène et dire mon texte devant tout le monde.
  3. Je veux bien être enregistrée et être diffusée pendant le spectacle.
  4. Je veux bien être enregistrée et être sur scène mais sans parler.
  5. Je veux intégrer la compagnie et devenir intermittente du spectacle.

A ma grande surprise, 9 personnes ont voté pour la 3, Lucien. Alors là j’ai fait deux groupes pour qu’on soit moins nombreuses et qu’on avance plus facilement. Je vois le premier groupe vendredi matin. J’ai hâte et peut-être même que j’arriverais à les faire aller vers le choix 4. Je ne perds jamais espoir, tu me connais.

Pendant l’atelier de cet après-midi on a écrit sur les lieux de nos émotions. Pas facile de rendre ça concret (je l’ai bien vu dans leurs yeux) mais heureusement il y a eu ce super dessin animé : Vice Versa qui m’a bien aidé à expliquer mon projet. On s’est donné 10 émotions et à chacune on devait associer un lieu réel, de notre vie, qu’on pouvait décrire très précisément. Et après on devait écrire une phrase où l’émotion habitait ce lieu.
Où habitent nos joies, nos tristesses, nos colères, nos peurs, nos amours, nos anxiétés, nos sérénités, nos surprises, nos dégouts et nos timidités ?
C’était à nouveau très émouvant, beau, doux, humain. Oui je sais ça paraît un peu nunuche de dire ça mais parfois c’est juste comme ça.
A la fin de l’atelier j’ai laissé Caroline rentrer à Lille et j’ai filé direction l’école de musique d’Auxi où j’avais rendez-vous avec Pascal le directeur. On a fait un point organisation et proposition de planning pour la chorale et j’ai pu rencontrer deux professeurs de clarinettes : mais ça je te raconterais demain parce que demain soir je vais assister à la répétition d’un opéra pour 12 clarinettes et un chœur d’enfant.
Et j’ai terminé mon tour de l’école dans la salle de répétition d’Antoine. On a discuté et il a pensé à un solo guitare/voix qui pourrait être chouette mais il faut d’abord que l’étudiante soit d’accord alors… je croise les doigts (comme un peu tout le temps dans le Ternois) ! Et puis évidemment tu te doutes bien que je lui ai aussi dit : « et toi tu peux aussi faire quelque chose si tu veux hein ? » il a souri et m’a dit qu’il allait y réfléchir. Les élèves arrivaient pour le cours, j’ai dit au revoir à tout le monde et j’ai repris mon Bolide direction la pisciculture.

En arrivant je suis allée à la boutique dire bonjour à Martine qui m’avait délicatement laissé le bidon de lessive devant ma porte. On s’est donné des nouvelles et elle m’a très consciencieusement rappelé de bien laisser la lumière allumée le temps de la machine et en t’écrivant je me rends compte que j’ai complétement oublié !
Je file Lucien, j’aimerais sentir bon demain.
Bisous

Lundi 4 mai

Coucou Lucien,

Nous sommes lundi et je suis arrivée ce matin dans le Ternois après un week-end parisien délicieux plein de retrouvailles amicales et de sueur sur musique punk. Je peux te dire qu’ici le calme de la campagne résonne dans mes oreilles.
J’ai commencé ma journée en passant par TernoisCom pour saluer nos deux complices. Encore une fois elles avaient un dress code et je n’étais pas au courant : bleu ciel et couleurs vives, j’étais tout en noir et strass. Cette fois ci j’ai osé râler de vive voix, alors Gwenn et Marine se sont engagées à me tenir au courant la prochaine fois ! On a fait le point sur un peu tout et on attend avec impatience la validation de la communication pour prévenir le monde entier du Ternois de noter dans leurs agendas nos 4/4 ! Et puis en discutant calmement avec Marine je me suis chauffée toute seule à aller au culot au Lycée Chatelet. Quand même Lucien, il y a une classe d’option théâtre et on n’a pas encore rencontré les élèves… la honte ! Me voilà partie en solo à l’assaut de l’éducation nationale un lundi matin, lendemain de pont et veille de pont, en pleine période des oraux blancs et sans avoir rendez-vous. Et bien mes « Bonjooour (megasouriredelamort) » ont réussi à faire tomber les grilles, à ouvrir les portes et m’ont permis de décrocher au débotté un rendez-vous avec le proviseur adjoint qui en parlera au prof référent qui doit me rappeler. Ouf ! Alors je vais remercier (par ordre d’apparition) la dame de la loge, la dame du CDI, la prof de français, les Assistantes d’Éducations Géniales, la secrétaire du proviseur adjoint et sa collègue. Merci à vous toutes, vous avez été formidables ! Peut-être ça arrivera !

Ensuite bon ben la routine : courses (j’ai pensé à toi, j’ai acheté deux tablettes de crunch), « plein outchy », gîte « Allo Martine, est-ce que tu as de la lessive quelque part ?  Demain oui d’accord, comme ça t’arrange. Merci beaucoup ! »

Je mange un bout vite fait en regardant notre Miro parce que à 14h je suis attendue à la réunion d’équipe des permanent·es de Atre. Sur la route des déviations, mais je suis à l’heure, j’ai été prévoyante. J’aperçois Samuel au loin, il me sourit et m’accueille en me disant : « Et voilà le rayon de soleil dans ce ciel mitigé ! » Il sait y faire Samuel ! Il me raconte votre atelier de la semaine dernière, il est ravi et me dit que vous avez beaucoup rigolé. Sur ce arrive Annabelle puis Aurélie à qui je présente notre projet en attendant les autres… et au fur et à mesure je comprends qu’on ne sera pas plus nombreux·ses, et au fur et à mesure je comprends que Tim qui m’a lui-même donné ce rendez-vous ne viendra pas, mais au fur et à mesure je sens aussi que j’arrive à convaincre tout le monde de monter sur scène avec nous. Alors ça me met fort en joie et je le dis tout haut, ça fait du bien. Dans l’idée on part sur deux groupes : les animateurices natures (autour des animaux) et le pôle recyclerie (autour des vêtements). J’ai quand même proposé à Samuel avant qu’il parte de faire un groupe à lui tout seul, on sait jamais !

Avant de se quitter je demande à Aurélie et Annabelle si je peux voir les entrepôts, elles sont d’accord !

C’est incroyable, il y a des objets par-tout ! Au loin, j’aperçois même l’arbre magique avec lequel je jouais quand j’étais petite pendant mes longues soirées d’hivers en vacances en Normandie avec mes parents. Bon, évidemment je pense à Perrine mais aussi je me dis que si on a besoin de quelques choses en scéno pour les 4/4, on a trouvé notre endroit ressource ! Par exemple si on veut faire une arrivée sur scène en scooter, je dis ça je dis rien…

Sur ces deux magnifiques sourires d’Annabelle et Aurélie, je te laisse rêver à nos 4 scénos !

Belle soirée Lucien et à demain !

Jeudi 30 avril

Coucou !

J’espère que tu as passé un bon jeudi. Moi j’ai couru, couru aujourd’hui. Pas toujours, bien sûr, je me suis posé aussi parfois pendant les rendez-vous, mais c’est un sentiment général. Ce petit état de fatigue qui grandit me donne envie de faire une liste plutôt que des phrases. Ce sera un article concis et numéroté, avec deux images, voilà pour le cadre.

I. Petit-déjeuner-lecture à la médiathèque de Eps. 5 personnes (Brigitte, Marie-Paul, Béatrice, Marianne, Blandine). 8 pains au chocolat et 8 croissants. Des conversations qui s’éparpillent, une lecture pendant laquelle je vérifie trop souvent si ce n’est pas trop long, une auto-censure dans ma lecture, un paragraphe sauté, des conversations qui se mélangent, de la gentillesse. 4 cafés. Un gai matin.

II. Une photo dans le jardin de Béatrice et Daniel, la sculpture s’appelle Résultats des urnes.

III. Une visite de l’atelier de Daniel. 250 tableaux minimum (dont un tiers en cours, et 10% qu’on ne sait pas si c’est fini ou pas). De la couleur, de la couleur. Tu préfères l’abstrait ou le figuratif ? J’aime bien les deux. Ça tombe bien moi aussi. Daniel peint sur toile, sur carton, sur tuile, sur vinyle, sur papier japonais, sur les fenêtres, sur les cartons à dessins. Je me sens privilégié d’être là. Je prends un mail, j’ai envie qu’on se revoit.

IV. Un demi-concombre et cinq cuillères de taboulé.

V. Antoinette, médiathèque de Frévent. Un planning. Une validation des thèmes de la performance. Des oiseaux en photo. Une visite de l’étage, une contre-visite du jardin. Dalida, fois mille. Un rendez-vous pour le 10 Juin. Un autre pour le 24 Juin. On est bien.

VI. Ophélie. Une histoire à enregistrer. 4 personnages. 2 enfants inspirés du réel (Naël et Julya) et 2 personnages de fiction (Marcus et Rumy). On enregistre, puis on enregistre une deuxième fois. Une longue liste de photos à prendre et à m’envoyer. Une estimation du nombre nécessaire de photos évalué à 400. Un mail qui n’arrive pas. Une vérification d’adresse mail, c’est la même que la première. Une nouvelle tentative d’envoi. Ça marche. Un court-métrage sur-mesure qui se prépare.

VII. L’arrivée imminente d’une amie d’enfance. Ma première visite au gîte. De l’impatience à qui mieux-mieux.

Demain, c’est le 1er mai. Tout le monde ici respecte la Journée internationale de lutte pour les droits des travailleuses et travailleurs. Tant mieux. Alors demain matin j’irais faire un tour au camping du Château d’Équirre pour un repérage, et peut-être me faire offrir un petit café. Et puis je rentrerai. Laissant ma to do list attendre que je me sois reposé un peu.

Je te souhaite une très belle manifestation. 

Bisou 💋 

 

Mercredi 29 avril

Chère Aurore,

Je t’écris depuis la même terrasse qu’hier, sous le même soleil. En rentrant tout à l’heure, j’ai vu que de gros cartons attendaient devant le gîte, avec dessus le dessin d’un salon de jardin et d’une table basse. Aussi, depuis deux jours, de nouveaux piquets délimitent le grand espace terrasse et jardin, je crois qu’on est en train de nous préparer un petit endroit de rêve. La suite au prochain épisode !

J’ai vu beaucoup de monde aujourd’hui. Tout a commencé par James. Je t’avoue il m’a fait une petite frayeur. Comme il semblait à nouveau avoir oublié notre rendez-vous, quand il est finalement arrivé, je me suis dit qu’il n’avait peut-être plus envie de parler de Dalida avec moi, mais qu’il ne savait pas comment me le dire. On s’est installé dans le jardin des Berges du 34 et je lui ai proposé de lui lire ce que j’avais écrit, avant qu’on se refasse un point sur son envie de continuer avec moi. J’ai adoré l’entendre confirmer ce que j’avais écrit pour lui par des petits sons approbateurs. Je me suis dit que je n’avais pas raté l’exercice. À la fin, on a parlé des quelques modifications qu’il faudra apporter pour que tout cela soit plus proche de lui, et plus proche de Dalida, puis j’ai posé la question fatidique : « tu veux toujours le faire ? » Et il a dit oui ! Génial. Je me suis détendu direct et alors on a rigolé, trouvé des endroits de complicité, parlé un peu de tout le reste. Je me suis engagé à lui envoyer un planning précis pour nos prochaines cessions de travail et de représentations, et juste avant de se quitter j’ai demandé : « tu veux toujours que je t’envoie un texto la veille des jours où l’on se voit ou tu t’autonomies la prochaine fois ? » Il a répondu malicieusement « je devrais m’en sortir ». Il était dix heures et la journée me souriait.

Direction Fortel-en-Artois, où j’ai retrouvé Yannick tout beau tout propre, cet après-midi il se produisait dans un EHPAD à 45 minutes de là (je n’ai pas noté l’endroit). Il était d’excellente humeur. Pour lui aussi j’avais écrit un texte, mais je lui ai laissé le lire, c’est un monologue pour lui seul. Le texte est assez pompeux, avec des mots assez surannés, mais il va devoir jouer le président de jury alors j’ai mis les formes. Quand les longues phrases accrochaient un peu, je lui ai proposé de les écrire différemment, mais il a dit qu’il aimait beaucoup la forme, qu’il avait juste envie et besoin de travailler seul chez lui. Yannick adore quand on articule, ça nous fait un point commun. Alors pas toujours hein, dans la vie de tous les jours faut savoir être naturel, mais ce qu’on aime particulièrement c’est quand on comprend les paroles des chanteurs et des chanteuses. Là, le téléphone a sonné. Un homme qui l’a vu jouer il y a 25 ans est maintenant devenu maire, et il voudrait l’inviter à chanter à nouveau dans sa commune. Yannick gère seul et de main de maitre son agenda et son public relation. À la fin de l’appel ça semblait quasi booké. Tant mieux. En ce moment, c’est un peu la galère pour trouver des représentations m’avait-il dit quand je suis arrivé, alors j’étais trop content d’assister en live à un nouveau contrat à venir.

Cet après-midi je suis passé rendre visite à Jean-Michel d’Auxi. Ou, devrais-je dire, Jean-Michel le devin. Hier, je me suis abonné à une page Facebook sur les livres et la culture à Auxi, parce que je cherchais à savoir quand aurait lieu le prochain Tuesday Tea Time. 5 minutes plus tard je reçois un texto de Jean-Michel : Bonjour Lucien. Je viens de voir que tu suis ma page Facebook. Pour info, il n’y a pas de Tuesday Tea Time cet après-midi. Trop fort ! À la place j’ai donc proposé de venir lui faire un petit coucou en venant à Auxi. Quatre bénévoles sont là (je n’ai pas noté leur prénoms), Jean-Michel sert le café, et puis on se donne des nouvelles et on donne des nouvelles du monde tout simplement. J’en profite aussi pour lire l’Abeille du Ternois qui est toujours sur place, il y a une très belle demie-page sur les Ballastières. Je l’ai lu avec attention, puis montré à Jean-Michel, et hop, j’ai filé à la salle de la Mairie pour la préparation du Festival des Cannes.

Patrice, Louis, Pierre, Ambre, Amélie, Aron, Hélène, Céline, Yanis, Timéo, Gwendoline, Kaila, Sylvie, Steven et Sandrine étaient là. La plus jeune avant 4 ans, le plus âgé 100 ans ! Des visages que je reconnais, d’autres que je découvre. Une grosse grosse réunion où on nomme les choses qui se concrétisent et les doutes qui persistent. On parle tapis rouge, paparazzis, chaises et chaises roulantes, invitations, billetterie, discours, costumes, timing, jauge, scénographie, pompoms, etc. Décidément, c’est quelque chose de très gros qui se prépare. Mais le mot d’ordre c’est surprise alors je n’en dirai pas plus ici. Après ça, on a pris un goûter (j’adore les tartelettes à la fraise, je ne savais plus à quel point !) et j’ai enfin eu Sandrine pendant 10 minutes pour moi tout seul pour qu’on fasse un énième point logistique et de validation. Puis, quand tout le monde est parti, on a fermé boutique ensemble. On a soufflé un bon coup, et on s’est dit qu’on ne trainait pas trop parce qu’il nous restait encore du travail.

En rentrant, j’ai continué à écrire l’histoire de Naël et Julia, qui rencontrent leur héros de dessin-animés préférés, pour demain. Le soleil se couche déjà derrière la grange et ça tombe bien, il faut que je rentres. Pour nourrir au mieux l’histoire à terminer il faut que j’en apprenne plus sur Rumy. Alors ce soir je vais regarder KPop Demon Hunter parce que j’ai pris un petit train de retard.

Je te souhaite une joyeuse soirée et une nuit très reposante. Bisou.

Mardi 28 avril

Aurore,

Je t’écris actuellement depuis la terrasse du gîte de la pisciculture, il est 18h13 et le soleil bat encore son plein. Je vous sait actuellement en terrasse avec David et Perrine, avec qui nous formons le groupe « la fête de nous 4 », notre quatuor infernal, et j’espère que vous profitez vous aussi du soleil lillois et que vous riez très fort ensemble.

Ici, après une bonne et longues nuit de sommeil, bercé par le bruit de l’eau, je me suis réveillé au taquet. J’avais pas mal de choses à préparer, des textes à écrire, alors j’ai décomposé le temps afin de ne pas m’y perdre, une heure et demie d’écriture par ci, le même temps pour un autre projet par là, et au milieu un temps calme pour faire le tour de la pisciculture. Je ne m’étais pas rendu compte que ça ouvrait si tôt, dès 7h45 le matin, et il y avait donc de bonne heure des pêcheurs matinaux, très concentrés sur leurs cannes à pêches et leurs bouchons. Je n’ai pas osé trop m’approcher, de peur de faire fuir les poissons, ce qui les aurait certainement déplu, mais aussi parce qu’ici ça lance fort et loin et je ne voulais pas me retrouver au bout de l’hameçon. J’ai donc salué de loin, ralentissant le pas pour voir si une truite allait sortir (mais pas cette fois) et fait tranquillement mon petit tour du dominé. Le printemps, les feuilles, le ciel bleu, toujours la même rengaine mais toujours le même plaisir. J’avais pourtant oublié qu’au bord de l’eau la fraîcheur était de mise et mon petit polo rose et mon short en jeans étaient tout juste tout juste au vu de la température. Et puis soudain au loin, tout petit, tout roux, un joli écureuil gambadant. J’ai tenté de le prendre en photo, mais il en a décidé autrement. Je te laisse donc imaginer cette petite bête toute mignonne.

Un délicieux sandwich végétarien dans le pain italien à réchauffer à la poêle plus tard, et j’ai passé la tête à la boutique pour faire coucou à Martine. Ça y est le nouveau président de la Comcom’ est élu ! Vendredi matin c’est brocante géante à Fillièvres ! Martine n’est pas encore sûre de pouvoir assister à l’une de nos représentations ! Martine adore Dalida ! 15 minutes d’ascenceur émotionnel donc, puis il fallait déjà que je file, j’avais rendez-vous avec les parents et les enfants aux Berges du 24 à Saint-Pol.

Sur la route, je me suis trompé d’adresse. Je ne savais plus quoi indiquer dans le GPS. Alors j’ai fini par me faire confiance et prendre la route que je pensais être la bonne. Et j’ai trouvé ! Youpi ! J’avais 6 minutes de retard au rendez-vous, un drame pour moi qui préfère être en avance, un détail pour les gens qui m’attendaient patiemment.

Derrière la porte j’entends Samuel m’annoncer comme si une quinzaine de trompettes l’accompagnaient : « Le Grand, l’Attendu, sous vos yeux ébahis, voici Luuuucien ! ». Je crois que j’étais donc rouge écarlate quand je suis entré et que j’ai appréhendé de nouveaux visages : Rémy, Ophélie et Priscillia, les parents, Naël et Shaynesse, les enfants et Magali, tu sais la responsable Parentalité de TernoisCom. C’est Magali qui a parlé en premier, j’ai demandé un café, elle m’a dit ce qu’iels avaient fait en m’attendant, parler de l’enjeu d’être parents en 2026, m’a dit ce qu’elle imaginait que l’on pouvait faire ensemble, j’ai bu une gorgée de café, Magali m’a demandé si ça me convenait, je lui ai demandé de me réexpliquer, j’ai bu une autre gorgée, et j’ai dit que ce n’était pas tout à fait ce que j’avais prévu. Moi je voulais qu’on écrive des histoires sur mesure pour les enfants des parents présents. Là est arrivé un groupe de personnes qui venait pour le café papote, dont Michel que tu as rencontré aux Ballastières, les enfants jouaient avec des camions qui font de la musique, Samuel partait pour une visio, les personnes présentes pour l’atelier m’ont regardé, attendant que je dise quelque chose. J’ai trié les informations, repris mes idées dans l’ordre, ai du dire à vous haute « j’ai un peu de mal à me concentrer » puis j’ai sorti ma pochette, mon carnet, nos cartes de visite et j’ai tout repris à zéro. Le calme soudain est revenu. J’ai demandé si ça convenait aux parents ce que j’avais en tête, tout le monde m’a souri et m’a dit « oui, tout va bien » et on s’est lancé. Et on a passé trois heures ensemble succulentes.

En fait, entre les attentes de Magali, les envies des parents, et ce que j’avais imaginé, tout concordait. J’ai proposé donc de désigner leurs enfants comme protagonistes des histoires, d’identifier un endroit de difficulté dans le rapport entre les plus jeunes et les plus grands, et d’inventer ensemble des rencontres et des péripéties qui pourraient ouvrir des débuts de solutions. Les langues se sont déliées, j’ai écouté la difficulté de communiquer et l’amour imperturbé, on a rigolé, les idées ont fusé. Après presque deux heures à écrire, nous sommes allé dans les entrepôts de Atre, de l’autre côté du muret pour décider quels jouets pourraient représenter les protagonistes. J’ai repris des rendez-vous individuels pour que nous ayons le temps de mener à bien notre petit théâtre d’objet, et puis finalement nous avons flâné dans le jardin des Berges du 34. On s’est émerveillé de sa grandeur, de ses recoins, on a soufflé sur des pissenlits, on s’est quasiment jeté à l’eau, on a admiré la rivière, on a partagé sur la façon dont on s’approprierait cet endroit. Il arrive parfois qu’une journée en famille se passe comme on aime, chaleureusement, eh ben ça ressemblait à quelque chose comme ça.

À 17h tapantes j’étais donc tout requinqué pour retrouver James qui finissait juste à côté. Quand j’ai vu les yeux qu’il avait au loin quand il m’a vu attendre son arrivée, j’ai tout de suite compris : il avait oublié notre rendez-vous. Qu’à cela ne tienne, j’ai dégainé mon agenda et presque sans hésité lui ai trouvé un petit créneau pour demain matin. Il s’est excusé pour son programme trop chargé et pour son téléphone qui l’a lâché mais je ne lui en ai pas voulu du tout. 

À la place j’ai roulé tranquillement jusqu’au gîte, pris le temps de finir ce que j’imaginais faire demain matin (mais maintenant je vois James), mangé quelques olives fourrées au poivron rouge et t’ai écris ces quelques mots. À présent je vais fermer doucement mon ordinateur, et attendre patiemment que le soleil passe derrière la grange avant de rentrer.

Je te souhaite une tout aussi douce soirée. À demain !

 

Lundi 27 avril

Chère Aurore,

Cela fait plus d’un mois que je n’étais pas venu dans le Ternois, et aujourd’hui j’ai été un peu à côté de mes pompes.

Il faut dire que ce matin elles n’étaient pas à la même place que d’habitude. Comme tu le sais, j’ai adopté un chiot il y a une semaine, et cette nuit, comme il s’ennuyait, il a décidé de jouer avec celles-ci. L’arrivée d’Attila (oui, c’est le nom qu’il avait quand je l’ai rencontré, et qu’on a décidé de garder) a par ailleurs pris toute mon attention la semaine dernière alors ce matin je n’étais pas tout à fait prêt.

J’ai ainsi oublié le livre sur Dalida chez moi, alors que demain je vois James pour le Dalida’s Project, ainsi que mon enregistreur qui devait me servir demain aussi pour enregistrer des histoires de parents à leurs enfants. Mais pas de panique, des livres sur Dalida il y en a à la bibliothèque de Beauvoir-Wavans, et les téléphones enregistrent un son tout à fait acceptables pour les besoins de ce mardi. De toute façon, j’avais déjà fait une bonne heure de route quand je me suis rendu compte de tout ça, alors au prix de l’essence (outchy comme tu dis) je n’allais pas faire demi-tour. J’ai plutôt respiré un bon coup et profité du paysage. 

En un mois, presque tous les arbres ont récupéré leurs feuilles, et ça change tout. Tout a l’air un peu moins vaste, ce que l’on voyait avant à travers les branches nues se cache à présent, et on doit alors imaginer à quoi ressemblera la vue après le prochain virage, ce qui se trouve derrière une haie, la tête de cette vache dont on ne voit que le cul, etc. C’est beau. Je suis content que le Ternois fasse des mystères, ça lui va bien.

Je suis bien arrivé au gîte de la pisciculture et sans plus attendre j’ai ouvert mon ordinateur et plusieurs fenêtres et j’ai tout fait en même temps. Je me suis surtout concentré sur la finalisation des flyers pour le Quatre-Quarts parce que j’ai hâte d’inviter le Ternois tout entier à notre semaine en juin. Quelques mails, un peu de son, du cassoulet, un café, la préparation de mes prochains rendez-vous…

Cet après-midi, j’avais rendez-vous avec Édouard qui s’occupe du coin nature du collège de Frévent. Il avait proposé à Blandine, sa collègue en arts plastique, de se joindre à nous, qui elle-même a emmené sa fille Emy qui est en 6e dans le collège, et hyper motivée et au courant de tous les projets « éco » du collège. Ce fut très très doux. On s’est très vite pris à rêver d’une promenade sur les traces de la Transternésienne, avec un groupe d’élèves, des feuilles pour dessiner, au soleil, dehors. En quelques secondes on se tutoyait, et à la fin, on est même un moment resté en silence, content d’imaginer ce que nous allions faire ensemble pendant que le soleil nous réchauffait tranquillement la joue et le cœur. C’était simplement agréable.

Puis je suis allé au rituel Lidl, et là à nouveau, je me suis senti un peu décalé. Déjà parce que les rayons ne sont pas tout à fait les mêmes qu’à Lille, alors je perds un peu mes repères. Et aussi parce que je n’avais pas d’idée de recette. Alors j’ai fait comme une cantatrice d’opéra (c’est une histoire qu’on m’a raconté il y a longtemps et que je suis donc obligé de réinventé un peu) : j’ai laissé le désir de mon corps choisir pour moi. Il parait que celle-ci, assez exigeante, demandait qu’il y ait toujours de tout dans sa loge, à boire comme à manger, afin que ce soit son corps qui décide de ses besoins. Ainsi, face à un énorme buffet, elle grappillait une tomate cerise par là, un bout de roquefort (ça j’invente complètement) par là, une branche de céleri et une olive, délaissant tout le reste des victuailles sans daigner y toucher. Ainsi j’ai été, en version plus précaire, errant dans les rayons et tendant la main vers les produits qui résonnait avec mon organisme : chou rouge fermenté, artichauts marinés, tortilla aux épinards, gyoza, mozzarella, etc. 

Un peu perdu devant ce petit pot de pesto qui se vantait d’être « sans ail », me demandant l’intérêt alors de celui-ci, j’ai fini par percevoir que l’on me regardait. Je me suis retourné, puis j’ai souri, puis j’ai reconnu un visage, puis j’ai dit « bonjour », puis je me suis souvenu que j’étais à Frévent, puis enfin j’ai connecté, « ça va Ophélie ? ». Tu sais, la super prof de danse. 

Elle m’a dit qu’elle devait toujours me répondre, qu’elle ne m’oubliait pas, mais que c’était pas facile nos dates du Quatre-Quarts la semaine du brevet des collèges et du gala de danse. J’ai dit que je comprenais très bien, qu’on pourrait toujours trouver une solution, qu’il faudra que l’on s’en parle quand elle veut. J’ai attrapé des asperges vertes. Et dit à Ophélie que j’étais très content de l’avoir croisé. 

Ça m’a fait plaisir d’être là, de reconnaitre un visage familier, de sortir sur le parking au soleil et de rentrer jusqu’au gîte sans devoir mettre de GPS. Maintenant, , il va falloir que je trouve une recette cohérente, et après ça, j’irais me reposer pour plonger demain de bonne heure dans mes deux pompes bien centrées.

Bon lundi soir !

Samedi 18 avril

Le réveil sonne, c’est le grand jour Lucien : le jour du tournois de E-sport. « J’aime ces moments-là. On est là tous ensemble. Les regards qui se croisent. C’est toujours les mêmes gestes. D’abord la jambe gauche. Toujours. Chaussettes. Chaussures. Puis la jambe droite. Et une cafetière pleine. Toujours. » (tous les joueurs de E-Sport étant nés après 2000 ne comprendront pas cette réf mais je leur fais entièrement confiance pour faire une recherche sur internet !)

J’arrive, je salue tout le monde. Ceux que je connais et ceux que je ne connais pas encore. Évidemment que j’ai mes équipes préférées. Mais je ne dis rien, ça pourrait porter malheur. Je m’installe dans les tribunes pour encourager les joueurs, c’est-à-dire que je pose mon sac contre un mur et que je reste debout. Malgré la pluie qui s’abat à l’extérieur la température est élevée dans l’EPN de Frévent. Les claviers claquent, les souris glissent, les maps défilent et les équipes s’échauffent. C’est parti, Thibaut montre le tableau avec les différents matchs, certaines armes ne sont pas autorisées et les maps seront aléatoires. Les joueurs se répartissent sur les ordinateurs, il y a une petite salle à l’étage que je monte visiter mais que je quitte assez rapidement, l’air y est saturé de la sueur des efforts des joueurs. Je sors sur le palier, un peu d’air de temps en temps ne me fait pas de mal ! Je croise la maman d’un des joueurs qui est venue encourager son fils. Elle pose plein de questions, on dirait moi mardi dernier. Elle m’explique qu’elle emmène souvent son fils et sa tour d’ordinateur un peu partout chez ses copains et ce midi c’est elle qui leur fait à manger. A 11h30 les premiers matchs sont terminés, le programme de l’après-midi est prêt. L’EPN ferme ses volets, il est temps pour tout le monde de reprendre des forces avant les grandes finales. Que je ne verrais malheureusement pas. La frustration fait partie du jeu et encore une fois ce n’est pas l’arrivée qui est importante, c’est le chemin Lucien. La maps !

Vendredi 17 avril - Soirée

« Frévent, un sens interdit provisoire met dans l’illégalité une trentaine de danseur·euses de country ! »
Tout le monde est arrivé au cours en rigolant de son infraction et en se justifiant sur l’impossibilité de faire autrement et le pompon : devant la voiture des gendarmes ! De vrais voyous ces Country Clubbers !

Denise : Allez, en ligne. Rock and cross, stamp stamp, Kick, Kick, marche, diagonale avant et diagonale arrière, rocking chair, pivot, quart de tour, rumba droite droite gauche gauche, marche sur 4, in, in, out, out. Mur à 3h et on reprend.
Janelle : Je te conseille de te mettre bien au milieu sinon tu vas devoir à un moment ou à un autre être devant.
Aurore : D’accord ! Merci Janelle !
Denise :  On y va ? Vous la connaissez ! Désolée Aurore, aujourd’hui on revoit tout ce qu’on a fait cette année parce que demain il y bal. 
Aurore : Pas de soucis Denise ! Je vais faire de mon mieux !
Le groupe de 30 (avec des grands sourires) : C’est pas facile au début mais tu verras ça vient au fur et à mesure.
Denise (dans son super micro casque qui crache) : On y retourne ! Pour celle-là vous vous souvenez, il n’y a que deux murs midi et 6 heures et un tag sur le 7ème mur. Ok ?
Aurore : Je vais juste enlever mon pull, j’ai un peu chaud moi là.
Janelle : Tag c’est juste qu’on fait un ou deux pas en plus pour rattraper les comptes de la musique.
Aurore : Merci Janelle ! Tu vas au bal demain ?
Janelle : Nan je dois réviser, je suis en première année de médecine.
Aurore : Merci Janelle !
Janelle : Et toi ?
Aurore : Nan, j’ai un tournois de E-sport.
Janelle (hésitante) : Ha… ? Ça a l’air chouette.
Aurore : Merci Janelle !
Denise : Alors Aurore ça a été ?
Aurore : Génial Denise ! Vraiment, je reviendrais !

 

SMS : Estelle, je pars de Frévent je suis chez toi dans 20 minutes.
SMS : Ok, on t’attend

Florent, Léa, Thomas et Estelle sont installés sur la terrasse, le soleil est en train de se coucher. Les verres sont pleins et les chips croustillent sous les dents. Florent nous raconte son examen pour entrer chez les pompiers et Léa nous parle des différents grades des soins reiki, elle est formatrice. Tout le monde autour de la table est animateurice ou assistant·e d’éducation. Sauf moi. Tout le monde autour de la table a un avis sur le sujet. Sauf moi. J’écoute. Je pose des questions. Derrière il y a Bad Bunny et Disiz en duo avec Theodora qui chantent, je me demande si eux aussi ils ont été animateur·ices ou assistant·e d’éducation.

Aux ballastières il y a de la lumière : toc toc toc, je passe la tête dans l’entrebâillement de la porte : Salut les ballastières !
Hey Salut Aurore ! Voici Sergio, Giulia, François, Isabelle et Eric. Installe-toi, tu veux un verre ? Ça a été ta semaine ? Tu n’as manqué de rien ? Pesto de poireau ? Alors la Country ? La cafetière ouai. Pas trop froid ? Super ! Choux rouges ? Tu nous dis hein si tu veux faire une lessive ! Demain l’AG est à 16h30, ouai on attend un peu de monde finalement. Prosecco ?  C’est cool ! Tu pourras présenter votre projet ouai. Génial ! Désolé, on fait la liste des courses en même temps. Et après DJ set Techno de Larry ! A demain au petit déj ? Ouai nous on sait pas encore. Bonne nuit !

Vendredi 17 avril

C’est vendredi Lucien ! Et aujourd’hui j’ai fait pas mal d’allers-retours entre le Nord et le Sud, notre pari finalement : couvrir tout le Grand Ternois !


Ce matin on a répété avec Jean-Michel à la médiathèque d’Auxi. On progresse, on progresse, on est presque au bon tempo ! Mais d’abord le traditionnel « petit café », j’étais contente de retrouver ce rituel, comme une mélodie qu’on retrouve après des années d’oubli (j’exagère complétement puisque je suis venue le mois dernier !)

Ensuite j’ai fait les 40 minutes de route qui me séparait du Camping du Chateau d’Equirre, chez Willy. J’ai cru qu’il m’avait encore oublié mais non, il est arrivé et j’ai enfin pu me présenter et présenter notre projet. Joie. Bonheur. Hip hip hip Houra ! Willy a dit oui ! Nous commencerons donc la folle semaine des 4/4 le mardi 23 juin au camping ! Et Willy a même accepté de monter sa baraque à frites pour l’occasion. Il faudra évidemment aller rencontrer les habitant·es du camping pour les inviter et les prévenir, ça va être joyeux Lucien, ça va être joyeux !

Après un saut de puce aux Ballastières pour déjeuner je file car je suis attendue à Auxi chez Cécile et Patrick pour le café. Zou. On est très content de se retrouver, je leur montre nos supers outils pour nos supers futurs bénéloves et on rigole. On fait le tour des personnes qu’ils connaissent, de leurs « copains du marché du samedi » jusqu’à leurs ami·es-ami·es. Le bouche à oreilles fonctionnera mais dès qu’on a des flyers il faut aller leur en déposer !

Sur la route pour rentrer me poser un tout petit peu avant la Country je fais le détour par la pisciculture ! Parce que ça m’a quand même fait un peu bizarre cette semaine de ne pas croiser Martine alors je suis passée la voir à la boutique. Elle était bien, derrière son comptoir et venait justement de se faire couler un café, par-fait ! On s’est donné des nouvelles, l’ouverture s’est bien passée et les élections sont bientôt terminées et puis on se revoit très vite puisque lors de ma prochaine semaine je dors à la pisciculture.

Je continue ma route vers les Ballastières, j’évite quelques routes barrées et en arrivant je découvre le porche ouvert. François est entrain de bricoler sur la caravane qui est stockée dans la cour, il fait partie du collectif et il y a son chien Aka qui se couche près de moi, il fait beau et Denise vient de m’envoyer un message pour me dire que le cours de Country a bien lieu à 18h30 à Frévent. Je dois me mettre en route Lucien, je ne voudrais pas être en retard. La soirée continuera chez Estelle, il y a une fête ! Et oui, ce soir, c’est vendredi soir !

Jeudi 16 avril

Ca y est Lucien, les temps d’écriture et de création intègrent mes journées dans le Ternois. Ce matin je suis restée tranquillement aux Ballastières avec mon litre de café et mon carnet pour travailler sur les ingrédients de nos gourmands et ambitieux 4/4. Ça fait du bien aussi de ne pas courir partout et de prendre le temps de se poser un peu. Un peu car vite il était 11h et j’avais rendez-vous à l’école de musique de Saint Pol avec Éric le directeur. C’est lui qui a créé cette école il y a 30 ans et je t’assure qu’il a encore envie de faire plein de projets avant de partir à la retraite. Il m’a fait visiter leur magnifique auditorium qui se situe dans l’ancien cinéma de Saint Pol où le petit Éric de 11 ans venait voir des films. La cabine du projectionniste avait ses propres escaliers extérieurs et on devine encore le balcon de la salle noire. C’est là qu’aura lieu la prochaine répétition de l’ensemble de clarinettes à laquelle j’assisterais la prochaine fois que je viens dans le Ternois. Tu sais que c’est un de mes rêves la clarinette alors je suis comme une môme de 11 ans moi aussi : je trépigne.

Je suis vite repassée aux Ballastières pour manger avant de retrouver Gwenn et Marine à TernoisCom pour une visio avec Marine et Anne Sophie de Pollen. Pas de dress code cette fois ci, ouf ! J’ai raconté à tout le monde notre plan d’attaque, mais maintenant Lucien, il va falloir passer de la théorie à la pratique. Je pense que dès ta prochaine semaine on pourra lancer la communication et inonder le Ternois du magnifique travail des étudiantes de l’IUT de Tourcoing ! youpi !

Vers 15h30 je suis arrivée à l’EPN de Pernes en m’excusant pour mon retard et en étant très transparente car ça y est je leur ai parlé de notre blog ! Alors là les barres de recherches ont toutes affichées laponctuelle/sixter et évidemment je me suis fait engueuler : « Allan avec 2 L et Mathys avec un Y …. pfff la base ! » Ils m’ont posé plein de questions alors j’ai raconté notre projet de juin et Thibaut fera le lien avec les joueurs qui souhaitent nous aider pendant les 4/4.

Et puis, entre deux monstres tués j’ai réussi à glaner quelques maps rêvées à Pernes : un supermarché immense et vide, le parking de la rue du Pré-Englard, les Avesnes avec le bois et le trou bleu et… la maison brûlée.e

Tu m’étonnes ! Bon et puis je leur ai parlé de notre quête d’un lieu pour faire un spectacle et ils m’ont parlé du stade. J’avais oublié le stade Lucien ! Me voilà partie visiter la pelouse mais il n’y avait personne qui s’entraînait, je repasserais demain et samedi, on sait jamais. J’ai aussi demandé aux animateurices de TernoisCom mais ça n’a rien donné. Du coup je suis repassée à la Mairie où j’ai redonné un de nos cartons colorés, peut-être qu’avec deux cartons ils vont me rappeler ? (je croise les doigts).

Et puis dans le doute j’ai quand-même rappelé Willy du camping et en décrochant il s’est excusé pour le lapin d’hier, ça m’a fait du bien. Nous avons donc rendez-vous demain matin à 11h au camping, allez cette fois ci c’est la bonne et de toutes façons j’irais saluer Angélique et Miss quoi qu’il !

Bonne soirée Lucien et à demain !

Mercredi 15 avril

Cher Lucien,

As-tu déjà joué a des jeux vidéo avec des maps ? En gros c’est ton terrain de jeu. Il est plus ou moins vallonné, plus ou moins rebondissant, plus ou moins grand, plus ou moins lumineux, plus ou moins hostile finalement. Aujourd’hui la maps « Ternois Nord » ne m’a pas fait vivre que des bons moments, il faut dire que normalement on est deux alors c’est plus facile d’en rire mais là, toute seule, j’ai un peu eu envie de pleurer. Toutes mes tentatives se sont soldées par des échecs et tous mes échecs sont bien restés des échecs.

Et puis dans les maps parfois il y a des endroits cachés, les développeur·euses font des petites cachotteries pour les plus têtus d’entre nous et fabriquent des oasis de bonheur qu’il faut prendre le temps de découvrir. Alors mon petit îlot magique de la maps « Ternois Nord » c’est définitivement l’EPN de Pernes. A 13h30 tout le monde m’attendait : Mathis, Mathis, Enzo, Enzo, Lucas, Loucka, Lucas, Haydar, Alan et Romuald. Je me suis installée devant un ordinateur et hop Alan et Romuald m’ont dit : « vas-y Aurore, go », pas le temps de réfléchir, pas le temps d’analyser, juste essayer, rater, rigoler, recommencer et encore rigoler. On a joué en équipe, tout le monde a pris bien soin de moi, on ne m’a pas tué tout de suite, on m’a laissé essayer de jouer un peu, et puis au fur et à mesure j’étais juste une joueuse parmi d’autres. Quand Florence de l’accueil est entrée dans la pièce pour parler avec Thibaut et qu’elle m’a vu avec un casque sur les oreilles entrain de crier : « mais Alan t’es où ? J’te vois pas. Il est vraiment trop nul ce lance pierre ! » elle a été un peu surprise et puis m’a finalement envoyé un grand sourire à travers la pièce. J’ai fini par m’extraire du jeu et retrouver le monde réel mais demain j’aimerais qu’avec tous les joueurs on invente notre propre maps, notre maps rêvée. J’ai balancé ça au milieu de la pièce en partant, on verra si la nuit aura débloqué de nouvelles oasis pour l’EPN de Pernes.

Et puis, Lucien, ce soir j’ai fait une entorse à notre règlement géographique, j’ai quitté le Ternois pour aller dans les 7 Vallées, encore une nouvelle maps mais frontalière cette fois ci. J’ai retrouvé Estelle et Thomas dans la maison d’Estelle, ils m’attendaient sur la terrasse pour me faire visiter la maison. On a passé une délicieuse soirée tous les trois à se raconter des bouts de nos vies en mangeant des chips et en refaisant le monde. Je ne t’en dis pas plus et je garde un peu de mystère car Estelle et Thomas feront partie d’un des quarts du 4/4, je vais leur écrire un dialogue, à eux deux, une histoire d’amitié.

Allez, bonne nuit mon ami ! Et à demain pour de nouvelles géographies !

Mardi 14 avril

Et c’est reparti  Lucien ! Mais alors vraiment tout est nouveau pour moi cette fois ci !

Pour commencer : je suis en plein jet lag. On est mardi et je n’ai pas eu de week-end puisque nous sommes rentrés hier de Bretagne et que d’habitude on arrive le lundi dans le Ternois, bref mon calendrier intérieur est sens dessus dessous.

Ensuite : cette semaine je ne dors pas à la pisciculture comme d’habitude mais aux Ballastières. Pas de bruit d’eau qui coule mais celui de la cloche du train qui passe, un tout nouvel espace à appréhender. (Lucien, je suis allée faire mes courses ailleurs qu’au Liddl de Frévent et je n’ai pas acheté l’Abeille… rien ne va plus !)

Enfin : mon gros objectif de la semaine est de partir à la rencontre des habitant·es du Nord du Ternois, autour de Pernes où ne nous sommes pas encore trop allés trainer. Alors forcément la nouveauté est à chaque coin de rue !

Ce matin j’avais rendez-vous avec les conseillères de l’ADEFI à Saint Pol pour leur présenter notre projet et voir ce qu’on pourrait faire avec les jeunes de 16 à 26 ans qu’elles accompagnent. Nous nous sommes retrouvées dans une immense salle de réunion, avec une immense table de réunion et un petit café bien serré. Hélène, Alyson, Aurélie, Stéphanie et Mathilde travaillent sur tout le Ternois mais aucune n’y vit. Après une petite discussion on est partis sur un atelier sonore qu’elles vont proposer à tous les jeunes qu’elles connaissent. Rendez-vous pris en Mai !

En allant faire le plein (outchy) et mes courses je suis passée faire coucou à la Comcom. Et là, il y avait un dress code et personne ne m’avait prévenu ! Marine et Gwen portaient toutes les deux de magnifiques chemises rayées, j’ai failli faire demi-tour, avec mon vieux sweat-jogging mais elles m’ont quand même laissé rentrer dans leur bureau. Après je suis passé faire coucou à Yoann et figure toi qu’Elodie le mardi est aux archives donc il y avait une autre personne à l’accueil alors je me suis présentée, encore de la nouveauté !

L’arrivée aux Ballastières s’est bien passé, j’ai posé mes affaires et mangé un bout sur le pouce avant de commencer ma quête de la semaine à la mairie de Pernes. J’ai rencontré la dame de l’accueil qui a pris notre petit carton coloré et qui m’a dit qu’on me recontacterait (je croise les doigts). Ensuite je suis allée à la médiathèque, il y avait Jennyfer et une fresque sur la nature en attente de participant·es. J’ai demandé des contacts sur Pernes, des noms d’associations à aller voir et puis j’ai été très transparente : je ne sais pas par où commencer. Florence qui a bien sentit ma détresse m’a offert un café et m’a très gentiment imprimé 10 chemins de randonnée, on sait jamais !

En allant reposer ma tasse à la cuisine j’ai toqué timidement à la porte de l’EPN où travaille Thibaut. Il y avait 6 jeunes qui jouaient devant des ordinateurs en se parlant entre eux, alors je me suis assise dans un petit coin et j’ai commencé à poser des petites questions sur le jeu et sur le mode de jeu et sur le serveur et sur la maniabilité et sur les maps et les stuff et les team et on en est arrivé à : il y a un tournois de E-sport samedi à Frévent ! J’étais en fait en plein entraînement ! On a papoté environ une heure et à la fin j’ai osé demander un peu gênée : « et vous seriez d’accord de m’apprendre ? » ils ont dit oui ! « Même si je suis vieille ? » ils m’ont dit que 37 ans c’est pas vieux ! Alors on s’est dit : « rendez-vous demain à 13h30 ! »

Hop, direction le camping du Château d’Equirre. Sur les conseils de Gwenn et Marine je me lance en direction du camping pour proposer au propriétaire d’accueillir un des 4/4. Je découvre plein de nouveaux noms de villages sur la route et ça me fait plaisir, il fait beau, je roule les fenêtres ouvertes et la radio me raconte des histoires de professionnel·les du soin et de leur rôle inestimable dans notre société, je vais un peu mieux que ce matin.

En arrivant sur le parking du camping je suis toute seule, il n’y a personne dans le bâtiment alors je regarde un peu autour de moi et je tombe sur une dame avec son chien. Je lui demande si elle sait où trouver le gérant et elle me dit qu’elle le cherche aussi, elle n’a plus d’électricité dans son mobile home. Il y a un numéro de téléphone sur la porte alors j’appelle et je tombe sur Willy qui n’est effectivement pas sur place, je lui passe d’abord la dame pour son électricité (hiérarchisons les urgences) et puis je lui dis que moi c’est plus farfelu et que je préfère le rencontrer, il est dispo demain à 17h, parfait je serai là !

La dame me pose quelques questions sur ma demande farfelue alors je lui raconte notre projet, elle s’appelle Angélique et sa chienne Miss a 10 ans. Elles viennent d’arriver, elles se sont installées ici début avril. Elle a quitté son ancien camping qui n’était plus comme elle aime, trop de monde, pas assez de place. Elle adore les campings, elle y a grandi en quelque sorte puisque son oncle, qui travaillait à la lyonnaise des eaux, s’occupait de la location de mobile home à Stella Plage. Tous les étés depuis qu’elle a 11 ans, Angélique vit dans des campings. Alors en 2017 elle se lance et achète son propre mobile home et elle alterne entre le camping et sa maison. Elle m’invite à visiter son emplacement et me fait même visiter son nid douillet. Son mari et son fils sont en train de faire des travaux sur la terrasse, c’est les vacances, ils en profitent. On fait le tour ensemble, on passe par les trois étangs de pêche et on revient en longeant ce qui a dû être, à un moment, le lit d’un joli ruisseau. Revenues au point de départ sur le parking je la remercie et lui dit « peut-être à demain ou à bientôt » et elle me dit : « j’espère » je lui répond que j’espère surtout qu’elle va retrouver l’électricité et on se quitte en rigolant.

 

Lucien, c’est parti, je me lance dans le Nord du Ternois tête baissée ! J’avais juste oublié que j’adore quand rien n’est comme d’habitude !

Vendredi 20 mars

Aurore !

Je te retrouve dans quelques heures, mais pour ne pas frustrer notre lectorat que j’imagine se multiplier de manière exponentielle, je me suis dit qu’il fallait quand même que je t’écrive un petit mot pour ce vendredi.

Je suis actuellement à la frontière entre Gauchin-Verloingt-Verloingt et Saint-Pol-sur-Ternoise, dans mon Kangoo, côté passager, l’ordinateur sur les genoux.

Pourquoi Gauchin-Verloingt ? Parce que je reviens tout juste de ma visite des Ballastières. Giulia m’a donné le contact de Larry, un bénévole qui vit sur place et qui m’a ouvert toutes les portes du lieux. Larry signe ses textos d’un symbole peace&love et il a le même symbole tatoué dans le cou. Je l’ai donc reconnu très facilement. Une affiche sur la porte des Ballastières m’a donné deux informations supplémentaires : son nom de scène est Larry Golade et il mixe de la House Techno. C’est lui et son copain Ludo qui entament la saison des festivités des Ballastières le samedi 18 avril à 21h. Le lieu est in-cro-ya-ble ! Je dis des waouh, des trop cool, des c’est trop bien, à chaque fois qu’on passe une porte et Larry confirme avec des ah ouais ?, t’as vu ?, etc. 

Je suis trop content de savoir qu’on va vivre un peu là-bas pour le printemps, et aussi qu’on va tout faire pour préparer quelque chose sur place. J’ai envie que tout le monde puisse voir à quel point cet endroit donne envie d’y rester, au tout du moins de s’y arrêter, vraiment.

Pourquoi Saint-Pol-sur-Ternoise ? Parce que mon dernier rendez-vous de la semaine est à Atre, avec James. C’est toi Aurore qui m’a conseillé de le rencontrer, et comme je connais ton bon goût, je suis déjà prêt à lui proposer plein de choses. Si ça se concrétise, tu entendras encore beaucoup parler de lui ici !

Allez, je vais sortir de ma voiture dans laquelle je ressemble à un espion qui prend des notes sur les passant·es pour on ne sait quelle mission secrète. 

À tout à l’heure ! (et au mois prochain lectorat grandissant !)

Jeudi 19 mars

Coucou Aurore,

J’ai rencontré une nouvelle dame d’accueil ce matin (dont j’ai oublié de demander le prénom) au Collège Pierre Cuallacci de Frévent. Un rayon de soleil, comme Anne-Isabelle au lycée de Lens où l’on avait enregistré Carcasse 3. Elle m’a fait émarger, puis proposé un café et un gâteau, je n’ai pris que le café, et m’a demandé de patienter quelques instants avant que Manon me rejoigne. Manon est professeur des écoles à mi-temps et la seconde moitié elle est référente TER (Territoire Éducatif Rural). C’est notre porte d’entrée pour des projets avec des collégien·nes et des primaires sur le territoire de Frévent. La discussion était fluide, Manon a été très enthousiaste de nos différentes propositions à base de chasse au trésor, de jardins secrets, et de bal folk. Elle a trouvé ça drôle cette façon qu’on a de pas savoir vraiment où on va, à la cool. Elle a pris toutes les infos et s’est engagé à faire le relais et me tenir au courant dès que quelque chose se met en place. Comme tout est passé très vite, ça m’a laissé le temps d’aller à la mairie de Boubers pour découvrir leur salle des fêtes. 

C’est Loan (sans h donc) qui m’a fait faire la visite. Tout fonctionne super bien, le vidéo projecteur fonctionne bien même en plein jour, il y a des chaises à qui mieux-mieux, une terrasse où l’on pourrait mettre une tonnelle. Bref, que du bonheur. Et en plus, juste derrière la salle il y a le Bizarretum qui est plein de promesses pour les floraisons à venir. Je me suis dit que ce serait un bon point de départ ça le bizarre. Je garde ça dans un coin de la tête.

L’après-midi je suis passé un peu trop à l’improviste à Beauvoir-Wavans pour visiter une nouvelle salle des fêtes. La mairie était bien ouverte, mais les personnes qui ont les clés de la salle n’étaient pas là. Et en plus, j’avais devant moi 15 minutes alors tout était un peu trop serré pour pouvoir entrer. J’ai donc agi comme un voleur (mais en prévenant la mairie, donc peut-être que ça ne compte pas) en faisant le tout seul de la salle et en regardant par chacune des fenêtre pour essayer de voir des bouts de l’intérieur. Et pour ce qui est de l’extérieur, eh bien c’est encore très beau, une pergola sur laquelle pousse une glycine encore dénudée par l’hiver me donne envie d’y revenir dès qu’elle aura retrouvé ses feuilles.

Là, j’ai foncé (en respectant les limites de vitesses bien sûr) jusqu’à Auxi-le-Château pour mon rendez-vous avec Maggy. Tu sais, Maggy c’est celle qui nous a envoyé le mail avec pour objet : Vous serez les bienvenues à Auxi. Et elle n’avait pas menti. Elle était très contente qu’on se rencontre, m’a fait visiter la salle des fêtes où aura lieu le Festival des Cannes (qui est décidément très ambitieux, tout le monde y consacre beaucoup d’énergie), m’a présenté Gary, responsable du musée de Frévent, et Cameron qui a l’air d’avoir un million de casquettes (et donc j’en ai retenu aucune), et m’a confié les clefs de l’église pour que j’aille jeter un œil. Ça fait quelque chose d’avoir pour soi seul les clés d’un si grand bâtiment. Il faisait encore une fois très beau, et ce que j’aime dans les églises c’est quand la lumière passe à travers les vitraux. 

Ensuite, je me suis dirigé vers la maison de retraite Les Varennes pour assister au tournage du film pour le Festival des Cannes (oui, oui, encore !). Il y avait beaucoup de monde, entre les acteurs et actrices de 18 à 100 ans, les responsables décors, micro, le réalisateur, les accessoiristes, les costumières et les badauds, pas de doute on était en plein tournage. Le tout dehors, en plein soleil, dans la bonne humeur et avec la patience nécessaire quand le vent se lève et quand le texte s’oublie. Pierre à la réalisation s’occupe de placer deux caméras, et les micros, de vérifier que tout le monde est au bon endroit, que le décor ne s’est pas envolé, de rassurer les comédien·nes. Il est sur tous les fronts, et toujours avec le sourire. Je n’ai pas le droit de t’en dire plus sur l’histoire et les personnages, c’est un secret bien gardé, mais on m’a permis de te montrer une photo à contre-jour pour donner envie en gardant le mystère.

Et puis, à 17h30, j’ai traversé une bonne partie du Ternois, pour aller fêter l’anniversaire de Tartous Et Compagnie. Fabienne a renommé ce bar il y a 30 ans, quand elle l’a repris, mais c’est une longue histoire de famille, qui a plus de cent ans. Avant, il a porté le nom de sa mère, de sa grand-mère, et de son arrière grand-mère. (Là je te raconte des souvenirs de ma venue en février où Fabienne avait invité à déjeuner le vendredi, mais peut-être que certains éléments sont faux à cause de ma petite mémoire, elle me corrigera au besoin). Pour les 30 ans, Fabienne a vu les choses en grand : 5 jours de festivités, du mercredi au dimanche, avec tournois de baby-foot, jeu de la grenouille, belote et flipper, et des concerts à tire-larigot, de la carbonnade flamande dimanche, des tee-shirts, bref, un marathon qui risque de laisser une belle couche de confettis sur le sol du lieu. J’avais très envie de pouvoir trinquer à cet anniversaire alors je suis allé le soir du concours de belote, dans ma famille on apprend très tôt à jouer, et on continue chaque fois qu’on veut faire plaisir à notre grand-mère. J’y suis allé au culot, sans partenaire, mais à Tartous on te laisse jamais tomber et très vite la moitié des personnes présentes savaient que je cherchais quelqu’un. Et c’est finalement Angèle qui a accepté de faire équipe, de tenir ensemble.

Nos deux adversaires ont été adorables pendant la première manche alors qu’il gagnait. Ont joué un peu plus vite et plus concentré pendant la deuxième manche où l’on a gagné. Et pour la belle on a ri des mêmes blagues, et Angèle et moi avons perdu. Râté pour l’andouillette. Nous avons décliné pour la deuxième partie, nous étions épuisé·es par tant de concentration, et la fête battait déjà son plein, Angèle avait envie d’aller papoter avec les gens qu’elles connaissaient.

Moi j’ai déclaré forfait pour ce jeudi déjà bien chargé, et rapidement, après quelques kilomètres retours, je me suis endormi.

Mercredi 18 mars

Chère Aurore,

Ce matin, j’ai rencontré Samuel, pour le projet autour des histoires sur-mesure que j’ai envie de créer avec des parents d’enfants tout petits. J’ai adoré qu’à peine arrivé il me propose directement d’aller dans le jardin. J’adore visiter les jardins des gens et des lieux. J’ai tout de suite moins apprécié quand les poules se sont mises à courir vers nous. J’ai bien sûr parlé de ma phobie tout de suite à Samuel, qui m’a dit que comme je n’avais rien à manger, elles ne devraient pas me sauter dessus. Hier soir, j’écoutais France Culture pour m’endormir, et j’entendais le fait que tous les oiseaux sont des descendants de dinosaures. Alors, j’ai dit à Samuel que peut-être mes très lointains ancêtres avaient eu des déboires avec des dinosaures, et que c’était pour ça que je me sentais mal à l’aise à côté des poules. Je sais que ça ne tient pas scientifiquement parlant, mais j’ai cherché quelque chose à dire au bout de la quatrième fois où j’ai changé de place, de position, et envoyé des coups de pieds dans l’air. Samuel ne m’a pas jugé, je l’en remercie. Et puis, notre réunion a été hyper efficace parce qu’on était d’accord sur tout, enthousiastes tous les deux. Alors pour la première fois, j’ai demandé si j’avais le droit de prendre une photo, pour avoir un peu d’humains dans notre blog. Il a dit oui. J’aurais aimé réalisé un portrait plus artistique, mais ça fait très longtemps que je n’ai pas sorti mon appareil photo, je m’entraine encore cette semaine.

Samuel m’a dit que les Ballastières étaient à quelques pas, alors j’ai tenté ma chance, c’était fermé, bon je le savais un peu, Giulia m’avait prévenu. Mais de l’extérieur c’est déjà tellement beau. J’ai hâte de pousser la grande porte cochère. À la place, je me suis rendu à la boulangerie. Le pain de la semaine est extravagant : poivron vert, poivron rouge, origan, tomate en poudre, ail, emmental. Excellent. J’en ai déjà mangé la moitié.

Après avoir mangé j’ai travaillé un temps au soleil, sur la terrasse du gîte, ébloui et ravi. Deux adultes et un enfant sont venus me voir, iels venaient pour pêcher mais la pisciculture ne réouvre que le 11 avril. J’ai dit que j’étais artiste, mais iels m’ont posé plein de questions sur le fonctionnement de la pisciculture. Au bout d’un moment, je ne savais plus quoi dire, alors je suis allé chercher l’une de nos cartes de visite de Sixter. Iels m’ont dit qu’iels vivaient à Divion, dans le Bassin Minier, j’ai parlé de Culture Commune, puis l’enfant s’impatientant de n’avoir aucune truite à pêcher, iels sont partis.

À 17h, j’avais rendez-vous avec les danseuses de Frévent. Je suis arrivé un peu en avance pendant que se terminait le cours de classique, tuniques roses pâles assorties, les plus petites répétaient avec Ophélie la fin de leur chorégraphie. L’arrivée d’un garçon aussi grand que moi les a un peu perturbé, alors j’ai essayé de me faire le plus petit possible, pour qu’elles puissent rester concentrés.

Le cours fini, Ophélie me demande si je la reconnais (la dernière fois elle s’était déguisée pour le carnaval quand je suis allé au cours de gym douce), je dis bien sûr, et elle me présente à Magalie, que je salue, mais qui elle se souvient de moi, puisque c’est elle qui m’avait indiqué la route à pied depuis le Lieu de vie pour tous jusqu’à la gym. Moi j’avais un peu oublié, mais j’étais en retard à ce moment-là alors dans ces cas là je suis moins attentif. Pardon Magalie.

Sont ensuite arrivées : Camille, Mila, Emma, Margaux, Capucine, Lana, Zoé, Jade, Hevenly et Valentine. J’étais un peu stressé parce que normalement leur cours ne commence qu’à 18h et elles sont venues une heure en avance spécialement pour me rencontrer. Je les ai tout de suite prévenu que je n’étais pas danseur, mais que ce que j’aimais beaucoup avec la danse c’était la possibilité de changer les rythmes, les intensités, les espaces, les moments où tout le monde fait n’importe quoi et soudain partage le même geste. Les premières quarante minutes que j’ai guidé sont passées méga vite, j’ai essayé de montrer plein de choses, de dire plein choses, de faire plein de choses, j’étais un peu essoufflé, mais je crois quand même que j’ai été plutôt clair malgré tout. Et puis j’ai demandé si je pouvais voir les chorégraphies sur lesquelles elles avaient déjà travaillé. La première danse, sur une musique de Bruno Mars, m’a époustouflé. La technique, les variations, l’occupation de l’espace, l’émotion, tout y était, j’étais bluffé ! Bien sûr je leur ai dit. Ophélie m’explique que le thème est celui de la Belle est la Bête, (Magalie ajoute : à chaque gala on a un thème), c’est la chorégraphie de l’année passée, la danseuse au centre au début est habillé de rouge, c’est la rose, et les autres en vert, je dis « les feuilles », et Ophélie : « ou les épines, on ne sait pas ». J’ai pensé à toi Aurore, et pour ta passion pour les rôles d’arbres dans les pièces de théâtre, mais je n’ai rien dit.

La deuxième choré est inspirée de Sister Act, le thème de cette année, et on en est à la scène de cabaret. Magalie précise : nous les adultes on sera sur scène en train de voir des coups. C’est hyper punchy, ça part dans tous les sens, ça donne envie d’en voir encore plus, mais comme Ophélie m’avait prévenu : c’est un peu moins abouti. Et c’est normal, puisque le gala n’a lieu qu’en juin, les samedis et dimanches juste après les 4/4 que l’on organise Aurore.

Justement à ce moment-là, j’ai parlé des 4/4, de nos quatre soirées de folies à la fin de notre résidence. J’ai dit que moi je serais ravi de les inviter. Qu’on travaillerait un peu comme on l’a fait pendant la séance pour détourner et transformer ce qu’elles ont l’habitude de faire. Mais je suis là devant elles (il parait qu’elles n’ont jamais été si calmes que pendant l’heure qui vient de s’écouler) et je veux qu’elles aient le temps de réfléchir, entre elles, sans ma présence. Je leur dis que je reviens dans un mois, et que d’ici là, elles peuvent me dire si elles ont envie ou pas que l’on continue à travailler ensemble. Je demande à Ophélie de me tenir au courant. Et je me sauve pour qu’elles puissent recommencer à faire du bruit.

Avant de partir, Audrey qui passait par là me dit : Lucien, vient je te montre comment on se salue ici. Elle tend la main ouverte, je frappe dedans, et là sa main se retourne et me fait un doigt d’honneur. Magalie dit : « on dirait pas comme ça, mais Audrey est une adulte, pas une ado qu’on accompagne ». Audrey rit, me dit qu’elle espère que la blague ne m’a pas vexé, je la préviens que j’écrirai tout dans le blog, et elle dit « pas de problème ».

Là, je traverse la route, et plouf, dans la piscine de Frévent ! Oui ! À l’accueil on me demande : « vous avez pensé à votre serviette aujourd’hui ? -oui -Vous avez un bonnet de bain ? -oui -Alors tout est bon. » J’ai nagé, nagé, nagé. Je suis ressorti de là avec mes yeux de panda tout rouges (il faut que je m’achète des plus grandes lunettes de plongée), les jambes qui tremblait, la fatigue à l’extrême. J’ai mangé, j’ai dormi. Et j’ai mis un réveil un peu plus tôt pour avoir le temps de t’écrire ce matin.

Le soleil commence déjà à chauffer la maison. Les oiseaux chantent. Aujourd’hui j’ai sept rendez-vous. Ça va être une belle journée.

Bisou,

Lucien

Mardi 17 mars

Bonsoir Aurore,

Je pensais t’écrire plus tard ce soir, encore ahanant de l’effort fourni, mais mes deux tentatives sportives ont échoué, et comme je sais ton goût pour les échecs, je commence par là :

  1. j’ai trouvé un nouveau groupe de badminton grâce à l’Abeille du Ternois, je leur ai d’abord écrit sur Messenger, mais comme je voulais assurer toutes mes chances, j’ai aussi obtenu un numéro grâce à l’annuaire des associations. Pas de réponse. Je relance un petit message cet après-midi, je tente d’expliquer en quelques lignes ma démarche et mon goût pour le badminton, et je reçois finalement : « Je viens de discuter avec les membres de mon bureau et nous ne sommes pas intéressés. Bien cordialement, ». Oui le message termine par une virgule. Je suis triste, j’aurais aimé qu’on me laisse ma chance de « parler de vive voix » comme je l’ai proposé. J’ai répondu : « C’est noté. Bonne fin de journée » sans ponctuation à la fin. J’espère qu’on peut lire entre les lignes : je suis très déçu mais quand même poli et je laisse la porte ouverte au cas où.
  2. pour ce deuxième point tout est de ma faute. J’avais décidé de me rendre à la piscine de Frévent en seconde option. Ce matin j’ai appelé pour recevoir les vrais horaires, et tu avais raison, rien à voir avec ceux annoncés par Google. Ce midi j’ai préparé un sac de sport : mi-piscine, mi-badminton, prêt à toutes les situations. Bon, certes je l’ai oublié, mais le gîte était presque sur ma route, alors je suis passé le récupérer. J’ai enlevé les affaires de badminton, revérifié deux fois celles de la piscine, puis je suis reparti. Une fois arrivé à quelques mètres de la porte aquatique, je me rends compte que j’ai oublié de prendre une serviette. Alors, j’aurais pu me sécher avec le tee-shirt de rechange du badminton, mais comme je l’avais enlevé. Bref, le temps de faire l’aller-retour il serait trop tard, alors je suis rentré, et me suis plongé dans l’ordinateur.

Mais attention, il s’est aussi passé de très belles choses aujourd’hui. Ce matin a été une journée d’organisation, j’étais d’ailleurs bien content d’entendre ta voix.

Après le déjeuner, j’ai décidé de commencer à arpenter la Transternésienne dont tout le monde nous vante les mérites. J’ai voulu commencer par le début, qui selon le site Cirkwi commence dans la Somme. J’ai eu du mal à trouver un accès, mais finalement je me suis lancé dans cette jolie balade à l’ombre des arbres. Sur le GPS, j’ai constaté à un moment que je me trouvais pile à la frontière entre le Pas-de-Calais et la Somme, regarde : 

C’était là, j’étais assez ému. Plus tard, je me suis dit qu’il était temps de faire demi-tour pour la suite de ma journée (impossible ici de faire une boucle) et puis je décide de faire encore quelques mètres et je découvre cet observatoire minimaliste : 

Eh bien, j’ai été tout joyeux de découvrir ça, au milieu de pas grand chose. Puis j’ai remonté la côte et me suis rendu au Tuesday Tea Time. Mais je finirai par là, parce que je t’ai préparé une petite surprise.

En quittant la médiathèque d’Auxi, où j’ai laissé un Vert tendre, parce que j’avais trop trop trop envie que mon livre se retrouve dans le réseau des médiathèques du Ternois, Claudine m’a fait trois cadeaux. De me conseiller d’abord un roman policer qu’elle a adoré. je l’ai pris sans réfléchir. De me dire ensuite que dès qu’elle aurait ajouté le code-barre sur mon livre, elle allait l’emprunter en premier. Et puis elle m’a parlé d’un endroit qu’elle adore. Voici comment y accéder  :
Quand tu viens depuis la médiathèque et que tu dépasses Aldi, tu tournes à droite au rond-point. Tu vas tout, tout au bout, il faut dépasser le panneau Lannoy. À la sortie de ce hameau, tu tournes encore à droite. Et là, il y a un bâtiment qu’elle adore, tout refait à neuf. Quand tu retourneras à Auxi, tu veux bien aller me prendre une photo ?

16h30, je retrouve Yannick à Fortel-en-Artois. Yannick je t’en avais déjà parlé un peu, mais maintenant j’en sais un peu plus sur lui. Toute sa vie, Yannick a eu une double vie : concierge la semaine, et chanteur le week-end. Et quand la télévision a appris ça en 1997, tout le monde a voulu faire un reportage sur lui. Il est passé dans au moins huit émissions différentes : La vie tout simplementTF1 Reportages, Vie privée/Vie publiqueFiestaC’est l’été, Pascal Sevran, Troc moi tout, etc. Dans Fiesta, il est passé devant 8 millions de spectateur·ices entièrement relooké en Mike Brant par l’équipe de Patrick Sébastien, qui l’avait trouvé grâce au fan club dont il faisait partie. Là, je te raconte ça très vite, mais Yannick raconte pendant longtemps, très longtemps. Je lui ai dit « tu ne sais pas être concis », il a dit « oui je sais, mais c’est vrai que j’ai eu une si belle vie ». Parfois, quand il parle, il me regarde droit dans les yeux, et ça brille tout autour de ses paupières. C’est incroyable d’écouter ses histoires. Yannick sera le président du jury du Festival des Cannes, et puis je l’ai invité à l’une des soirées du 4/4. J’ai dit que j’allais lui écrire un texte, auquel il devra se tenir, il est tout à fait d’accord. Il est aussi d’accord pour chanter cappella l’une de ses compositions. J’ai hââââte ! On papote encore, il est bientôt 18h, il me dit : « ah et je t’ai pas raconté mes histoires avec Matt Pokora », je dis que je vais pas avoir le temps (j’imaginais encore que j’allais pouvoir faire du sport). Il comprend très bien ce que je veux dire, et il ajoute : « alors ok je garde ça pour la prochaine fois » avec un clin d’œil comme il sait si bien les faire malicieusement.

Là, échec aquatique. Retour au gîte. Mails, tri photos, blog. Bref.

Pour finir retour donc au Tuesday Tea Time, spécial Saint-Patrick. J’ai rencontré Elena qui assure les cours d’habitude, mais là c’étaient deux élèves qui ont pris le cours en main et ont proposé des jeux, des compréhensions de texte, le tout en anglais. Elena m’a laissé son contact, je peux la rappeler dès que j’ai quelque chose en anglais à lui proposer. J’ai profité de ce cours pour mêler deux de tes passions : l’anglais et la poésie minimaliste. J’ai tenté quelque chose, surprise !, j’espère que ça te plaira : 

Everybody is green
Because of St Patrick
I’m so shy, only red

The man says
« you’re a man ! »
« are you sure ?
because I’m not »

I’m surprised
Ponctuality isn’t English ?
Ten minutes after time
I’m doubting

Evil and Devil are diferent
and Devil is in details

Green, green, green, always green

Joyeuse Saint-Patrick à toi,

Lucien

Lundi 16 mars

Très chère Aurore,

J’espère que ton lundi s’est déroulé à merveille. Ici, dans le Ternois, j’ai eu plusieurs fois l’occasion de prendre le temps, et j’ai adoré ça. Ne va pas pour autant croire que je n’ai rien fait, tu sais que ce n’est pas mon genre, attends, je te raconte tout.

À dix heures pétantes, je me suis installé en premier dans la salle Authie de TernoisCom, l’une des deux avec un écran de visioconférence géant et une caméra que l’on peut diriger avec une télécommande. J’avais rendez-vous avec Marine et Gwenaëlle pour le Ternois, et Anne-Sophie et Elyne pour Pollen. Je te le dis tout de suite, tout le monde adore notre blog, des bruits de couloirs disent que l’on nous apprécie, et que notre sympathie nous devance. Bref, la réunion a commencé par des compliments, c’était doux, un bon lundi matin. Pour la semaine de juin, nos choix de lieux plaisent (mais je les garde ici encore secret), notre méthode séduit, les attentes semblent comblées. Il nous reste à continuer à créer notre lien avec les écoles primaires, à trouver la porte d’entrée pour rencontrer les enfants, mais à part ça, tout. va. bien. très bien.

Il est 11h. J’ai le temps. Je commence par l’utiliser pour un moment en tête à tête avec la massicoteuse. (C’est fou comme nos petits cartons de visite Sixter rencontrent un succès pareil !) Bon, je t’avoue, je comprends pas très bien où regarder pour savoir où ça va couper. Je comprends par contre que je ne peux pas faire toutes les feuilles cartonnées en une seule fois. Aucun problème. J’enlève mon manteau, parce que j’ai très chaud, mais après ça je ralentis, je tente d’être soigneux, je n’irai pas jusqu’à dire que je médite, mais en tout cas, j’accueille le moment, sereinement. 

Après ça, j’ai prévu de voir Yoann, la porte d’entrée pour rencontrer le groupe de twirling bâton Les Étoiles de Valhuon. Mais il est en réunion, alors je passe vite fait la tête, il me donne les contacts en deux temps trois mouvements, j’ai tout ce dont j’ai besoin, et encore : du temps. En plus, je viens de recevoir un mail de Samuel que je devais voir à 15h mais le pauvre est malade, on reporte à mercredi. Je n’ai pas de rendez-vous. Alors j’envoie quelque messages dans la voiture, je demande à quelle heure on se retrouve au gîte à Martine (14h15), j’ai deux heures devant moi.

Celle qui n’a pas du tout le temps par contre c’est Vanessa, la présidente des Étoiles de Valhuon. Leur gala a lieu le 19 avril, les chorégraphies ne sont pas terminées, il reste les costumes, les décors à faire, il va y avoir 400 spectateur·ices, elle travaille à temps plein dans une pharmacie, mais doit aussi s’occuper de tout ça, elle est franchement désolée, mais là elle n’a pas le temps pour parler d’un éventuel projet avec un artiste en résidence. Je lui dis à quel point je comprends, j’ai fait des galas aussi, et je sais qu’à un mois de l’événement, on ne pense plus qu’à ça. Je la rassure autant que je peux, et surtout je lui promets de ne pas la rappeler avant la fin du mois d’avril, qu’elle puisse se concentrer à 100% sur la montagne qu’il lui reste à gravir. On se souhaite bon courage, et on se dit à bientôt.

12h15, je regarde sur Internet où je peux manger, et je tombe sur La Crémaillère de Boubers-sur-Canche. Tu connais déjà. Je passe un coup de fil et je me mets en route. J’arrive, la dame me demande si c’est moi qui a réservé par téléphone, je dis oui, un monsieur sort de la cuisine, me demande si c’est moi qui a réservé par téléphone, je dis oui. Bon, là, malgré mes efforts, je n’ai pas réussi à être lent. Déjà quand on mange et qu’on bavarde ensemble Aurore, tout va très vite, mais là, seul face à une carbonnade flamande absolument délicieuse, j’ai tout englouti, saucé l’assiette, pris un café, aussi vite avalé, et il me restait encore une bonne grosse heure avant de rejoindre Martine.

Alors, j’ai posé mon sac à dos dans la voiture, sorti mon appareil photo, que j’ai porté en bandoulière, et me suis rendu devant le plan des randonnées au départ de l’église de Boubers. J’avais un objectif en tête : demain, les étudiant·es de l’IUT de Tourcoing que tu as rencontrer demain et qui vont nous faire des propositions de communication pour les Quatre Quarts du Sixter, vont réclamer une banque d’image, notre point faible. Alors, j’ai marché, j’ai fait le point sur les fleurs, sur les chemins de terre, au moindre rayon de soleil, et j’ai fait comme j’ai pu. Mais celui qui prend son temps aussi, pour le moment, c’est le printemps. Tu me diras, en hiver c’est normal. Mais c’est vrai que ça rend la mission difficile, les couleurs ici sont encore hivernales, et pour un évènement qui aura lieu en juin, ça risque d’être assez dissonant. 

J’ai donc pris le chemin qui va de Boubers à Ligny. Très joli. J’ai marché trente minutes en suivant les indications jaunes et rouges. Un moment, une énorme flèche blanche est apparue, pour m’indique de prendre le chemin à droite, je l’ai suivi, mais sur l’arbre suivant, des croix jaunes et rouges m’ont fait comprendre qu’il ne fallait pas se fier à cette flèche blanche. J’ai fait demi-tour, et j’ai ignoré les fausses flèches, celles qui tentaient de me perdre.

Pour le retour, j’ai regardé mon GPS, pour faire une boucle, tu sais comme je déteste prendre le même chemin à l’aller et au retour. Et j’ai bien fait :

  1. cela m’a permis de suivre un panneau indiquant « arboretum à 10 minutes en longeant la Canche », alors j’ai longé, l’eau coulait, les petits ponts en bois me faisaient traverser les fossés, j’ai adoré.
  2. je suis passé devant un monsieur. Il m’a regardé de haut en bas. J’ai dit un petit bonjour discret, lui aussi. Je me suis dit qu’il avait l’air hostile. Mais comme il était en train de s’occuper d’un magnifique jardin, je lui ai dit « votre jardin est magnifique ». Et Gilles (j’ai appris son prénom plus tard) n’a pas été hostile du tout ! J’ai appris que ce n’était pas son jardin, mais que celle qui vivait là ne voulait pas qu’il s’en aille. Lui, à 67 ans, aimerait pourtant se reposer un peu, mais en même temps, vu les prix qui ne cessent d’augmenter, il a besoin de cet argent pour rendre sa vie un peu plus confortable. Gilles est intarissable, sur la maison, le jardin, la propriétaire, la mairie, les politiques, etc. Il est très beau, mais je n’ose pas lui demander si je peux le prendre en photo. Sur son bonnet, une petite fleur rose s’est accroché, je ne lui dis pas parce que ça lui va bien. Je lui dis qu’on va faire un spectacle, que ça me ferait plaisir de le voir. On se dit que de toute façon on va se recroiser. Il parle encore, je commence à avancer doucement, je sens que tant que je pourrai l’entendre il continuera à parler. On se salue de loin, je continue ma route avec un grand sourire.

Je retrouve Martine. Là encore j’ai le temps, on se donne des nouvelles, on se raconte nos vies, je lui demande si elle veut venir jouer avec moi à la belote jeudi mais elle n’aime que le tarot. À 18h, elle est venue me livrer une table, pour que je puisse si j’en ai envie travailler à l’étage. Je lui avais glissé l’idée à l’oreille, Martine est décidément aux petits soins.

Et puis pour cet après-midi, je dois te dire merci. Deux fois merci. D’abord pour cette petit boîte que tu as confié à Cécile pour qu’elle me la donne. J’étais un enfant tout heureux de recevoir mon petit trésor, dans cette boîte magnifique, avec plein de très jolies attentions qui ont fait battre fort mon cœur. Aurore, toute la tendresse que tu avais mis dans cette boîte, je l’ai bien reçu, et oui, merci beaucoup !

Et encore merci donc, parce que je sais que tu es malicieuse et qu’en confiant cette boîte à Cécile tu savais que tu me rendrais deux fois heureux en me permettant de découvrir cette super personne, son mari Patrick et cette maison dans son jardin-écrin au milieu desquels on se sent si douillet. Dès que j’ai passé la porte, je me suis dit « ah ici, on se sent bien ». Cécile m’a demandé si j’avais le temps, j’ai dit « oui, j’ai vraiment le temps ». Alors on a visité l’incroyable jardin qui est en train d’éclore de partout, puis l’atelier de céramique de Cécile, puis l’atelier photo de Patrick (sans lui parce qu’il était très occupé à fabriquer une chatière pour rendre leurs compagnons autonomes dans les entrées et sorties). On a pris un café, on s’est raconté des petits bouts de vie. 

Et là, surprise, Cécile m’a dit qu’elle avait réfléchi à ce qu’on pourrait faire ensemble pour les représentations de juin. Figure-toi Aurore que j’en avais même oublié qu’on pourrait parler de ça, des spectacles. J’étais trop occupé à ne rien faire ! Et en plus Cécile avait des débuts d’idée, qu’on a transformé ensemble en gros début d’idée, je vous écris très vite un mail à toutes les deux pour qu’on avance là-dessus. Encore une fois, je n’en dit pas plus ici, il faut savoir surprise garder.

Ah, et sinon, j’ai changé de magasin : j’ai tenté l’Intermarché d’Auxi, mais je n’ai pas changé d’habitude : j’ai acheté l’Abeille du Ternois. Promis je te tiens au courant s’il y a du croustillant.

Bon voilà, à force de prendre le temps, ça fait 12 heures que je ne me suis pas arrêté. Je te souhaite une douce soirée.

À demain !

Vendredi 13 mars

Je n’ai vraiment pas eu le temps de t’écrire Lucien, je n’ai pas eu le temps de regarder cette journée avec un peu de distance, je l’ai vécu du début à la fin et c’était vraiment vraiment vraiment bien. J’ai appris énormément de chose. J’ai posé énormément de questions. Et je n’ai fait que des choses que je n’avais jamais faites de ma vie. Alors évidemment que je suis heureuse ! Mais promis, je te raconterais la prochaine fois.

Je te souhaite une très belle semaine dans le Ternois Lucien ! Embrasse tout le monde pour moi.

Jeudi 12 mars

Excuse-moi Lucien, j’ai pris le temps d’avaler un truc avant de t’écrire, j’avais une dalle intersidérale en sortant de l’aqua-bike à la piscine de Frévent. Tiens ça me donne envie de commencer par la fin. Mais pour toi ce sera le début hihi

Lundi matin, Lucien, en arrivant dans le Ternois tu devras envoyer un message à Cécile pour que vous vous donniez un rendez-vous le jour même. Car Cécile a accepté d’être notre Hermès (même si elle ne porte pas de carré, je sais que cette blague te fera sourire). Je lui ai confié quelque chose pour toi, quelque chose qui contient des choses que tu dois impérativement avoir pour commencer ta semaine (elle part mardi donc bon). C’est la dernière chose que j’ai fait aujourd’hui, retrouver Cécile pour lui confier « quelque chose » pour toi.

Je suis arrivée chez elle les cheveux trempés et le regard hagard puisque je sortais de la piscine. Parce que oui, la piscine de Frévent est ouverte ! Plein de gens ne sont pas au courant mais ce n’est pas un mythe, c’est la ré-a-li-té. Bon pour être tout à fait honnête j’ai essayé de trouver les horaires de l’aqua-bike ce matin sur internet mais le site ne marchait pas alors je suis déjà passée à la piscine ce matin pour être certaine de ne pas être en retard. J’ai été accueilli par une très gentille personne qui m’a tout bien expliqué. Et je suis quand même arrivée bien en avance dans le doute, tu me connais. Mes co-cyclistes du jour étaient elles aussi déjà là, il ne manquait plus que notre prof Jérémy. J’ai eu le temps de faire quelques longueurs et hop enfourchage de vélo, musique remix techno et go les abdos. Élisabeth, Claudine et moi on a rien lâché ! En danseuse, bras droit, bras gauche, les deux en même temps et rétropédalage (à ce moment-là j’ai fait une super blague sur les vélos allemands que personne n’a compris mais les copines ont rigolé quand même, sympas les copines !). Une demi-heure dont mon corps se souviendra encore lundi je pense.

Avant j’ai rejoint Estelle au Grillon, un bar à Saint Pol. Estelle on s’est rencontrée la première fois à la raclette avec les animteurices et elle m’a écrit après avoir lu notre blog alors je lui ai réécrit et on s’est donné un rendez-vous. Elle m’attendait, on s’est assises toutes les deux dans le fond du bar, au calme et on a parlé, elle m’a tracé les grands axes de sa vie entre le Ternois et Carcassonne en passant par le Maroc. Je lui ai proposé de lui écrire un texte pour un des 4/4 et je crois bien qu’elle est partante Lucien. On a aussi beaucoup parlé de la fête, alors je lui ai demandé : Comment on fait la fête dans le Ternois ? Et elle m’a dit : « ben viens ! j’organise une fête et je t’invite ! » J’ai dit : « Allez ! avec plaisir » ! Rendez-vous pris pour ma prochaine semaine dans le Ternois : Fête chez Estelle.

Rembobinons encore un coup : TernoisCom. Je déboule dans le bureau de Gwen, je suis à la bourre et j’ai rendez-vous après avec Estelle. Tempête de cerveau, j’essaye de tout dire et de ne rien oublié tout en restant sympathique et en ne voulant pas paraître impolie. Je perds mes mots, rien ne sort dans l’ordre, je panique, j’ai chaud. Je suis désolée Gwen, je ferais mieux la prochaine fois. Je quitte TernoisCom en disant à Elodie : « bonjour, ça va ? on se revoit mi-avril, la semaine prochaine Lucien arrive ! bonne soirée euh.. après-midi, au revoir Elodie je suis désolée j’ai un rendez-vous, pardon, au revoir » Bref, un passage désolé et un peu désolant à TernoisCom.

Retour arrière. Je sors de ma voiture à Saint Pol, j’ai rendez-vous avec Samuel de l’association Atre. Je toque à la porte et une dame vient m’ouvrir : « Bonjour, c’est l’atelier couture ». Je regarde l’étuis à lunette en train de se faire, je me projette, ça sera pas mal du tout !
Samuel me rejoint, il est accompagné d’une bénévole qui bénévole depuis ses 15 ans dans l’association. A ce moment-là, une vingtaine d’enfants déboulent et Samuel les emmène à l’entrée du jardin pour leur expliquer où ils sont et ce qu’ils vont faire, là un animateur aux cheveux roses arrive, les enfants ont l’air de le connaître et surtout contents que ce soit lui. Et puis tout ce beau petit monde s’envole comme par magie, les portes se ferment et nous voilà esseulés à trois dans l’immense jardin de l’EVS de Atre, avec quelques poules qui font leur vie sans nous prêter une once d’attention. On rigole et on se présente en faisant le tour du jardin. Le poulailler, le composte, la mare Michèle (j’ai adoré le jeu de mot), la prairie et peut-être la future pâture aux moutons. Je lui parle de nous, il me parle de Atre, de l’EVS, on parle de toi et de votre rencontre la semaine prochaine, et je lui propose mon idée pour la présence de Atre sur les 4/4 du Ternois et Samuel me dit : Tim. Il faut que tu vois avec Tim. Me voilà partie dans le bâtiment d’à côté, accompagnée par la bénévole, on toque à la porte et Tim nous dit d’entrer. Je refais mon laïus et Tim dit : génial, on fait une réunion tous les 15 jours, super, horizontalité, ça va le faire, juin c’est un mois chargé, mail, rendez-vous pris, blog, à bientôt !

 

Sinon ce matin j’ai pris le temps d’aller à Frévent m’acheter une douceur, un Paris-Brest que j’ai coupé en deux pour en avoir ce midi et ce soir. Du coup je l’ai appelé un Laval et j’ai ri toute seule.

 

Maintenant je vais aller me reposer Lucien parce que demain je passe la journée avec un agriculteur qui a bien voulu que je passe la journée entière avec lui. J’espère que je vais conduire le tracteur !!!!

Mercredi 11 mars

Cher Lucien,

Imaginons, tu veux bien ? Imaginons que ce matin, à 08h30 pétante, à Saint Pol sur Ternoise, devant la porte fermée du Centre de Tri de la Poste, je sois tombée sur Tchekhov et Capitaine Marleau tranquillement installés à papoter sur le parking. Ils parlent du temps qui passe et du temps qu’on a quand on est à la retraite, du temps qu’il fait et du temps qu’il fera demain. Disons qu’ils sont en train de manger des chichis d’Auxi, des délicieux beignets en forme de croissant avec de la crème à l’intérieur et qu’ils boivent 5 cafés en même temps chacun, oui ! donc 10 en tout. Autour d’eux il y a plein de fleurs, des fleurs du Marché au fleur de Hollande. Un acheteur chante très fort à qui veut bien l’entendre le cours des fleurs, comme dans une comédie musicale à Wall Street mais sur le parking du Centre de Tri. Tu me suis ? Tant mieux ! Alors là d’un coup, la pluie, qui tombait dru dru dru, s’arrête et on entend un solo de batterie incroyable qui démarre. Ça fait saturer les micros. Le plan se resserre sur les Sœurs Sourire et les Frères Pétards, tous les quatre installés dans une belle voiture décapotable garée juste à côté. Le moteur rugit et on les suit qui filent tout droit direction : Saint Pétersbourg. A l’entrée de Boubers ils se font arrêter par une douanière aux beaux yeux bleus et très souriante. Elle parle russe. Au loin un chœur de saxophones joue une musique véloce (je ne sais pas si ça se dit mais les notes s’enchaînent très vite). Le coffre de la voiture s’ouvre et on voit des quantités et des quantités de belles céramiques nacrées, comme dans le fond des coquilles d’huître. Au loin on entend le carillon d’Auxi qui sonne « Y’a d’la joie ! bonjour bonjour les hirondelles y’a d’la joie ». La douanière s’excuse, elle doit partir, elle est de permanence à la médiathèque.

Il y a des mercredis comme ça dans le Ternois. Des mercredis où tout dérape. Où je dérape. Mais Lucien, tu connais mon amour des voitures, j’adore les sorties de route !

 

Allez, zou bisous !

 

PS : toute ressemblance avec des personne existantes n’est pas du tout fortuite. Cécile, Nine, Cécile, Francine et certains professeurs de l’école de musique qui se reconnaîtront sont les auteurs de l’autrice. Merci à elles et eux !

Mardi 10 mars

Cette nuit j’ai fait des cauchemars Lucien. Très réalistes. Alors j’étais bien contente de me réveiller et que ce ne soit pas la réalité ! Je pose cette photo ici

C’est la seule photo que j’ai prise depuis hier. Rayons promo du Lidl de Frévent. J’ai failli craquer.

Ce matin donc, sous un soleil timide, j’ai rejoint Jean-Michel à la médiathèque d’Auxi pour la première répétition de notre grand duo de flûtes traversières. Jean-Michel m’a d’abord proposé un petit café puis il a élégamment déplié son pupitre, le top départ était donné. Il avait ramené son cahier-grimoire avec plein de partitions collées à l’intérieur, on a commencé à jouer et ça sonnait Lucien ! Ça sonnait plutôt pas mal ! Bon après j’ai sorti la partition toute neuve et là on est passé au déchiffrage de la Flûte enchantée… direct on a sorti le crayon de bois, on a commencé à griffonner partout, on a eu chaud alors on a mis le métronome bien lent et on a chanté à voix haute nos deux lignes en même temps en essayant d’être en rythme. Pas facile – facile. Mais à force de travailler on va bien finir par se warper, j’ai confiance en nous !

Que le temps file avec une flûte entre les mains Lucien ! Un peu en retard, nous avons filé à la permanence de la mairie de Beauvoir pour voir le maire et lui parler des 4/4 du Ternois. A priori Lucien : c’est Banco !

Jean-Michel m’a emmené voir la salle des fêtes en me faisant une petite visite guidée sur la route. Tu connais ma passion pour les visites guidées, j’ai adoré, j’étais refaite !

« Ici c’était un café, là une maison typique, oh et tu sais Aurore en fait là on est sur une île, ici un autre café qui louait aussi des vélos, il y en avait 10 en tout à Beauvoir, tu vois le barrage ? j’ai fait mes photos de mariage juste ici, là le camping avec une piscine et une girafe (j’avoue j’ai pas très bien compris la girafe mais j’ai pas osé demander…), ce bâtiment c’était une ancienne usine de cadenas et ils cassaient des pierres aussi je crois, ici l’arbre de la liberté, là l’arbre de la paix et au milieu la salle des fêtes ! » C’est Banco !

Me voilà repartie toute guillerette direction le centre de tri de Saint Pol : fermé. Déception. Sentiment d’échec. Agacement. En rentrant au gîte, je me suis littéralement ruée sur le morceau de comté du Jura que j’ai ramené, ça allait un peu mieux.

Et de toutes façons j’ai pas le temps d’être en colère pour pas grand-chose, j’ai rendez-vous à la médiathèque de Frévent pour faire un atelier d’écriture avec des fréventines. Je pousse la porte et je vois 16 paires d’yeux qui me regardent. Je t’avoue que je ne m’attendais pas à autant de monde ! Je commence par accepter un grand café et je pose des petites questions au groupe. Je sens déjà qu’elles se connaissent bien et ça me fait plaisir. Je me présente et je leur parle de nous et de notre projet des 4/4 mais je les rassure tout de suite en disant : on a le temps, voyons déjà aujourd’hui comment ça se passe pour vous, pas d’urgence !
Je leur ai proposé trois textes à écrire. Pour commencer j’ai proposé qu’on danse, chacune à sa manière, chacune avec son corps. Ensuite on a joué à se tirer le portrait et à deviner qui est qui et pour finir je leur ai parlé de la phrase qui a ponctué ma journée d’hier : « j’ai pas vu le temps passer ! »

Ensemble on a choisi 10 moments marquants et on a écrit une phrase à chaque fois pour dire comment c’était pour nous, je te laisse faire dans ta tête cher Lucien :

  • L’an 2000
  • Le passage à l’euro
  • Le COVID
  • Une mort
  • Une naissance
  • Nos premières règles
  • Nos premières vacances sans les parents
  • Un mariage et/ou un divorce (à mettre au pluriel si nécessaire)
  • Un premier jour d’école
  • Notre première relation sexuelle

On s’est lu nos textes, on s’est applaudit, on s’est reconnue, il y a eu des belles déclarations, des silences qui en disent long, des rires qui brisent les silences, des danses avec ou sans canne, des envolées lyriques et des écoutes attentives.
Merci à vous Nora, Isabelle, Isabelle, Mélie, Nath, Ameline, Valérie, Valérie, Valérie, Lindsay, Katy, Linda, Crystal, Lindy, Florence et Angélique. Pour terminer on a fait une petite météo et elles ont décidé qu’on reprenait un rendez-vous pour se revoir au mois de mai. Ça m’a fait plaisir de terminer ma journée avec elles.

Mais demain matin à la première heure je file au Centre de Tri, j’ai une revanche à prendre.

Bonne soirée Lucien et à demain !

Lundi 09 mars

Et c’est reparti pour un tour Lucien. Nous sommes déjà le 09 mars et personne ici n’a vu le temps passer depuis ma dernière semaine dans le Ternois. Il faut dire qu’un temps radieux, des fleurs qui poussent partout et du ciel bleu font vite oublier qu’il passe. Et pourtant, le temps passe, inéluctablement. Et je l’ai encore bien compris ce matin, alors non je ne vais pas te parler du fait que j’ai oublié mes semelles orthopédiques à Lille, non Lucien, ce matin je suis allée au cimetière de Boubers avec Jean-Luc.

« Encore tes histoires de superstitions et de fantômes Aurore ? » Non plus Lucien. Un cimetière c’est plutôt pas mal d’organisation, évidemment de l’entretien, de bons tableurs Excel et beaucoup d’empathie. Tout ça pour s’assurer que l’humanité de chaque personne soit respectée même dans la mort.

D’abord Jean-Luc m’a tout bien expliqué, les différents secteurs du cimetière, les différents types « d’occupation » possibles et les temporalités qui vont avec. Ensuite on a déambulé ensemble entre les tombes en marchant sur un dallage que le père et le grand-père de Jean-Luc ont eux-mêmes ramené au cimetière en brouette. J’ai ressenti comme une continuité de génération en génération dans la volonté de prendre soin de ce lieu perché sur la colline, à la sortie du village, avec une vue imprenable sur la vallée. Ça m’a un peu émue. Mais je n’ai pas pleuré et pour tout te dire Lucien, on a même beaucoup ri avec Jean-Luc et ça nous a fait du bien à tous les deux je crois.

Après la visite on est retourné à la Mairie et on a retrouvé Loan (sans h) qui est secrétaire de Mairie à Boubers. Il nous avait réservé une table à La Crémaillère, le restaurant juste en face, pour déjeuner. Alors non, au grand désespoir de Loan je n’ai photographié aucun plat (je suis définitivement une piètre influenceuse), je les ai juste savourés (et une grande gourmande) et c’était vraiment très bon ! Derrière nous il y avait Jean-Pierre, l’ancien tenancier de La Crémaillère et encore derrière lui le château de Boubers. Loan il aurait aimé vivre la vie de château. Alors je lui ai proposé de voyager dans le temps et dans l’espace, il m’a d’abord emmené à Arras en 2046 puis aux Iles Canaries et à Versailles en 2025 et puis on est revenu tranquillement à Boubers le 09 mars 2026. Là, on est parti au square Magenta en passant par le pont qui mène aux terrains de foot (2 terrains Lucien !), de loin, j’ai pu apercevoir l’ancienne usine la filature et j’ai même profité de la porte qui s’ouvrait juste à ce moment-là du château pour jeter mes yeux curieux à l’intérieur.

Loan a lu tout notre blog et il a hâte de te rencontrer, je lui ai dit que tu passerais à Boubers la semaine prochaine pour voir la salle des fêtes donc que tu pourras venir le saluer, il sera ravi !

Tic tac tic tac, 14h je file rejoindre Martine au gîte, bim : problème de sèche-linge. Me voilà partie avec mon chargeur de portable à vérifier les prises, pendant que Martine inspectait les fusibles, tout va bien, on a trouvé ! J’ai lancé ma lessive (mais pas trop loin). Et Martine a pu démarrer son dernier sèche-linge. Et hop direction l’ancien magasin pour sortir la table et les chaises qui vont dehors. Un verre d’eau, un café et on avait plus du tout envie de travailler ! On s’est remotivées l’une l’autre et nous voilà reparti sur les routes du Ternois. Je prends la direction de TernoisCom dans l’espoir de voir Marine et Gwenn mais elles étaient en déplacement, je leur ai laissé un petit mot et je suis passée dire bonjour à Elodie, Yoann et Perrine. Et personne n’a vu le temps passer, décidément !

J’ai vite été faire mes courses pour la semaine au Lidl de Frévent, ça y est Lucien, je connais bien les rayons, plus d’hésitations. Le temps qui passe a aussi ses petits avantages, alors notons les !

19h pétante, je me gare devant l’EPN d’Auxi, Pascal le directeur m’attend pour la chorale. Je suis gênée comme une ado qui doit passer son premier exposé devant toute la classe alors j’aide à transporter les pupitres, le x du clavier, le tabouret et l’enceinte, dans ces cas-là, tu me connais, je fais diversion. Tout le monde vient me saluer et je me présente à tout le monde. Je suis terrifiée à l’intérieur mais les sourires des choristes me rassurent.

Échauffement Lucien :

On contracte le diaphragme (je n’avais jamais écrit ce mot)

Sourire avec les pommettes hautes (plus hautes Pascal !)

Et là je te mets au défi de chanter : « crouton cru, crouton cuit, crouton cru, crouton cuit, crouton cru, crouton cuit, cru, cuit »

Évidemment que j’ai dit « trou con cul » et que j’ai explosé de rire avec ma voisine de pupitre Cécile.

A la fin de la séance on s’est dit avec Marie la prof qu’on s’écrirait pour imaginer la suite ensemble et puis Cécile m’a invité à manger des chichis chez elle jeudi, j’ai hâte de la rencontrer.

Ma journée se termine doucement, ça y est, je prends la route pour rentrer, il fait nuit, tout est calme et là Lucien, je vis en direct une traversée de batraciens ! Ma première traversée de batraciens.

Je te laisse rigoler en lisant ces derniers mots et je t’embrasse,

A demain !

Vendredi 27 Février

La vaisselle est faite et essuyée, les draps défaits et mes bagages dans le coffre. Il pleut, mais ça tombe bien, je rentre chez moi. Ça y est Lucien, on est vendredi et ma semaine se termine tranquillement. Ce matin je suis allée rendre Marie Grouette à Auxi, elle, je la laisse dans le Ternois bien au chaud au fond de son puit. Je laisse aussi ici les derniers Fortune Cookies de la boîte pour Martine, les deux éditions de l’Abeille de la Ternoise, le paquet de dosettes de café et un bon gros demi plein d’essence, qu’est-ce que c’est vaste le Ternois ! Par contre, j’emporte ma super nouvelle combi de ski (ça tombe bien, la semaine prochaine je vais dans le Jura) et ma nouvelle carte de bibliothèque (ça y est, c’est fait !).

Mes premiers rendez-vous pour la semaine du 09 sont bien calés dans l’agenda et l’aventure commencera à 10h à Boubers, je ne suis pas certaine d’être accueillie par un elfe bleu aux sourcils multicolores mais normalement je devrais faire le tour du cimetière avec Jean-Luc (il doit bien avoir quelque supers pouvoirs !), et tout ça avant d’aller déjeuner à La Crémaillère avec Loan (sans h) qui travaille à la mairie.

Allez, salut Lucien et bon week-end !

PS : Gwenn et Marine, si vous lisez ces mots, je passerais vous voir dans l’après-midi du lundi 09 avant d’aller à la chorale à Auxi.
PS 2 : Jean-Michel, je t’envoie la partoche dès que j’ai trouvé.
PS 3 : Estelle, merci pour ton joli mail et on s’écrit pour se voir la semaine du 09.

Jeudi 26 Février

Aujourd’hui j’étais dans le Ternois, au p’tit bonheur la chance comme on dit. J’ai été à l’association ATRE à Frévent mais le directeur est en congé jusqu’au 02 mars. Qu’à cela ne tienne, je suis allé à la nouvelle piscine mais j’avais oublié mon maillot. J’ai écrit aux supporters du RC Lens mais personne ne me répond. Mais mais mais quand même, pour les supporters j’ai une piste par le biais du jeune homme derrière le comptoir de La Civette qui se trouve être le fils du président de l’asso, du coup à la piscine j’ai réservé une place au créneau d’aquabike du jeudi de ma prochaine semaine (note pour moi-même : bonnet de bain obligatoire !) et j’ai trouvé une magnifique combinaison de ski à la friperie de ATRE. Bon et puis, j’ai pris beaucoup de temps et de soin pour écrire cette lettre à la directrice du centre de tri du Ternois. Elodie de TernoisCom m’a donné le papier blanc, le stylo et l’enveloppe que je suis allée déposer en personne au centre de tri. La postière qui a pris ma lettre a délicatement scellé l’enveloppe et a donné un bon gros coup de tampon en me disant avec un grand sourire : « comme ça elle verra bien la date à laquelle ça a été écrit et déposé ! » On a croisé les doigts toutes les deux.

Mercredi 25 Février aussi

Tu sais Lucien, je ne t’ai pas tout dit. Hier soir avant d’aller à la raclette, je suis allée à la permanence de la médiathèque de Beauvoir Wavans, j’aime bien les permanences, je trouve ça rassurant de savoir qu’il existe des moments et des lieux où les gens peuvent se retrouver s’ils en ont envie.

J’ai rencontré Betty, Gigi et Aline. Il y avait Jean-Michel aussi et Monsieur le Maire est passé. On s’est mis dehors, il faisait plus chaud que dedans. On était bien, tous, là, avec notre petite table, dans la cour de récréation de l’école sans enfant, au calme, à la nuit tombante. Et plus la nuit arrivait plus on s’est raconté des histoires qui font peur. Des histoires de coupeur de feu, d’exorcisme de maison, de tête coupée, de rebouteux, de formule magique et de doudou coincé dans les lames du tracteur. La lune montait inexorablement dans le ciel et les langues se sont déliées, les souvenirs sont remontés et on s’est raconté des secrets. Je ne peux pas te les écrire ici sur ce blog sinon je sens que je vais avoir un peu peur ce soir toute seule dans le gîte. Évidemment à l’instant même où j’écris ces mots le poêle à pellets se rallume dans un bruit fracassant… J’arrête Lucien. J’arrête. Je sens que je commence à flipper !

Mercredi 25 Février

Hier Lucien j’ai découvert le Rêve d’un soir. C’est génial, tu vas adorer. Le principe est simple, tu choisis un de tes rêves et tu le formules à voix haute au reste du groupe, par exemple : « Je rêve qu’il fasse beau la semaine du 22 juin pour les 4 temps forts de la résidence, que tout se passe bien et qu’il y ait plein de monde qui viennent participer et assister aux spectacles. »  

Et là, tout le reste du groupe réalise ton rêve :

Hugo se déguise en soleil.

Lohan réalise une magnifique vidéo qui donne envie à tout le Ternois de venir et même aux gens de la Somme !

Noah contacte l’USSP pour qu’il nous prête le terrain de foot avec les belles lampes très blanches qui font briller le costume d’Hugo.

Adélaïde fait la régie générale du spectacle, elle gère de ouf ! Elle a un talkie-walkie et elle court partout et maîtrise tout.

Thomas lui, il accueille le public venu en masse. Il y a tous les âges, de la Mater à l’Ehpad et il prend soin de chaque personne, explique comment ça va se passer : « ça va bien se passer. »

Arthur il distribue les tickets et les programmes à tout le monde, comme un croupier au casino : stylé, discret, indispensable. Il gère aussi l’hélicoptère. 

Estelle est au Merch, elle tient un stand avec des chaussettes fantaisies qu’elle a confectionné elle-même, avec en imprimés des photos des habitant·es du ternois. Sublime. Elle a la tchatche et va tout vendre, c’est certain !

Et Léa elle gère l’espace chill-out, si des gens ont besoin d’être au calme, de prendre le temps et/ou d’être rassuré : Léa est là, pas de panique !

Tu vois, c’est génial ! Moi en tout cas je pense que ce rêve va se réaliser, c’est certain.

Et hop, tu viens de découvrir les prénoms de toutes les personnes avec qui j’ai partagé une raclette hier soir. Il y avait aussi Yoann et Perine qui ont joué les supers intermédiaires et Louis mais il est arrivé plus tard et il avait déjà mangé. Tous et toutes iels sont animateur·ices et/ou directeur·ices et s’occupent de tous les enfants du Ternois.

J’aimerais bien qu’on se revoit et j’aimerais bien leur proposer de jouer dans une de nos 4 performances de juin. Mais Lucien, je crois qu’il faut d’abord que j’affine un peu mon rêve et que surtout je leur demande à elleux à quoi ils et elles rêvent !

Mardi 24 Février Bis

Est-ce que tu savais que pour ne pas porter malheur en mer, on ne change jamais le nom d’un bateau ? Les Ballastières sont donc restées Les Ballastières. Dans l’ordre, ces quatre immenses bâtiments ont été une maladrerie, un corps de ferme, un repère de motard·es et aujourd’hui un lieu d’accueil d’artistes en résidence ouvert sur le village. Giulia et le collectif qui font vivre le lieu ont acheté en 2023.

Quand j’arrive, le grand porche orné de fanions de fête est ouvert. Tout de suite à gauche il y a un petit magasin « prix libre », les voitures sont garées dans l’immense court centrale où des petites terrasses de jardin longent les murs. Giulia sort sur le pas d’une porte et me fait signe de la suivre, nous entrons dans la cuisine. Elle m’offre un café et me raconte l’histoire du lieu, de leur bande de copain, leurs premières recherches, le collectif, l’achat, les réunions pour le projet, la structuration, les associations qui les accompagnement… Le café avalé, elle m’embarque pour une visite guidée. La maison du collectif, le salon et le bureau de l’asso, 7 chambres et leur salle de bains, un dortoir avec des petites cabines individuelles et des douches collectives, une salle de jeu avec un billard qui n’attend que les beaux jours, trois gîtes individuels dont 1 PMR, une salle de spectacle avec un bar et une scène équipée, la salle de répétition est actuellement occupée par des artistes qui travaillent sur leur prochaine création « et il y a encore plein d’espaces à inventer ! » me dit Giulia. Je n’en reviens pas. C’est immense, beau et chaleureux. Je sens la fierté dans son regard « Attends Aurore, il faut que tu vois les extérieurs ! » On fait le tour des bâtiments et on entre dans une grande prairie en friche, je n’ai pas mes bottes mais au bout il y a un kiosque ouvert abrité par une superbe charpente en bois et un noyer majestueux qui fait de l’ombre l’été. Le terrain est bordé par la Ternoise et les rails du train qui passe de temps en temps.

En revenant s’assoir à la table de la cuisine j’ai le souffle un peu court, ça se bouscule dans ma tête, j’ai plein de questions. Je respire et je lui demande un peu maladroitement s’il y a eu un rituel d’emménagement. Giulia réfléchit et me dit : 

« Nan, mais il y a l’esprit de Sue dans ces murs. » Sue c’est l’ancienne propriétaire, elle vivait là avec son mari Paul et ils accueillaient les motard·es de passage. « Quand on a racheté, on a tout de suite fait portes ouvertes, le jour de la brocante, et les gens du village sont venus, des femmes ont pleuré, elles m’ont parlé de Sue. Apparemment c’était une femme incroyable, très généreuse et hospitalière, tu devrais demander aux gens du village Aurore. Je sais pas comment dire mais je sens que cette bâtisse a été aimée. Que ce jardin a été aimé. Il y a des fleurs à chaque saison. Et des oiseaux qui chantent. A la base je suis pas très oiseaux mais depuis que je suis ici je me surprends à installer des mangeoires, des tasses avec de l’eau, pour eux, pour les oiseaux. Je crois que je porte une sorte de responsabilité vis-à-vis de cette maison et des gens qui l’ont façonné avant nous. »

Avant de se quitter sur un « à bientôt ! merci ! bisous ! je t’écris ! merci encore ! ça va être super ! bonne soirée ! merci ! » Giulia me donne plein de nom de personnes à rencontrer, hé béh on a du pain sur la planche Lucien ! Mais ne t’inquiète pas, je vais bien faire attention à ne pas le mettre à l’envers, ça porte malheur.

Mardi 24 Février

Cher Lucien,

Ce matin en me réveillant j’ai décidé d’aller explorer les endroits préférés des habitant·es du Ternois, car malgré les arrêts maladies et les gens en vacances, l’aventure doit continuer cher coéquipier. Je me suis souvenu qu’on nous avait plusieurs fois parlé de la pâture aux Mille Trous, alors je me suis dit que c’était un bon point de départ : un trou. J’ai avalé un café, sauté dans mon jogging et enfilé mes chaussures du lidl de Frévent. Viso rando m’a escorté jusqu’au point de départ de ma balade et je lui ai mis 45 minutes dans la vue, j’ai gambadé en essayant de pas tomber dans les trous. Il n’y avait pas foule, pas d’humain en tout cas mais j’ai trouvé le repère secret de 4 chouettes que j’ai bien évidemment dérangé pendant leur repos diurne… mais je me suis dit que c’était de bon augure, pour notre aventure. En parlant d’augure, j’ai vu Martine hier qui m’a dit : « tu sais Aurore, dans ma vie, j’ai pas de chance ». Du coup en allant faire mes courses pour la semaine je lui ai acheté des Fortune Cookies, je me suis dit que ça lui remonterait le moral. Elle a brisé son gâteau et la bonne fortune lui a dit : « Il faut laisser le passé derrière soi. » ça lui a plu je crois, elle a glissé cette petite phrase dans son grand cahier avec un joli sourire naissant qui en disait beaucoup.

Ça m’a rendu curieuse cette histoire de chance et de bonne fortune alors je me suis dit que j’allais demander aux habitant·es du Ternois de me raconter leurs rituels de chance. C’est à ce moment-là qu’Antoinette m’a appelé. Je lui parle de toutes mes histoires de superstitions et elle m’a donné le contact de deux familles d’agriculteurs·ices. Je me suis permise de les contacter pour savoir si ce serait possible de venir sur leur exploitation les interroger sur les superstitions locales… j’attends leurs retours en croisant les doigts (askip parfois ça fonctionne pour avoir de la chance !).

Toujours en quête de bon conseil je file retrouver et questionner Jean-Michel sur mon sujet et il m’emmène dès demain matin voir Notre Dame du Chêne, ouf ! On a failli tout rater Lucien ! Évidemment, il faudra aussi que je te parle des bouquets accrochés aux cheminées, des œufs pour le soleil, des 7 brins de blé, du premier chant du Coucou, des dessus d’armoire et des fontaines bleues… mais je vais investiguer encore un peu. La nuit porte conseil !

Quelle soit belle et douce en ce premier quartier de lune.

Lundi 23 Février

Cher coéquipier Lucien,

Me voilà attablée, au chaud et en hauteur dans notre QG piscicole pour te narrer ma première journée d’aventure dans le Ternois.

Tout a commencé sous un ciel gris et bas, à Pernes, dans une petite salle obscure de la médiathèque, avec Melissa : Maîtresse du jeu. Autour de la table nous sommes 4 joueuses, mais avant toute chose, on doit choisir nos personnages. Et je choisis Lully, la Gnome. « Barde Gnome, élevée dans l’errance et le spectacle dont la vie est une course effrénée vers la prochaine grande histoire ». Sans hésitation, j’enfile mon costume et avec les copines nous entrons dans le musée d’un elfe bleu aux sourcils multicolores qui nous confie notre mission :

« Je dois tester la sécurité de mon musée alors cambriolez moi le plus possible, testez la sécurité de chacune de mes salles et dépouillez-moi, vous avez deux heures ! »

Tic tac tic tac ! Go go go ! Nous évitons sagement la taverne et nous entrons dans une première salle encombrée d’armures et pleine de vitrines débordantes d’artefacts plus aguichants les uns que les autres. Au moment de chiper un très joli collier orné de demi-lunes nous apercevons une des armures bouger et elle commence à nous attaquer ! Nous nous défendons collectivement, chacune notre tour, à base de coup de dague, de jet de sorts, de tire d’arc et de luth (oui, je suis « une musicienne hors pair ») et nous finissons par lui trancher la tête. Je me remets à peine de mes émotions que mes coéquipières m’entraînent déjà explorer de nouvelles pièces. Et ça tombe bien Lucien car je « ne cours pas après la gloire, je cours après le frisson de l’histoire en train de se faire ». Sache aussi que je parle couramment le Commun, le Gnome et l’Elfique, que j’ai une Force de 11, une Dextérité de 16, une Intelligence de 13, une Sagesse de 7 et un Charisme de 16. « Mon courage frôle l’inconscience, je ne calcule pas les risques, je les ignore. » Et j’en paye très vite les conséquences, nous voilà prises au piège dans le sous-sol du musée avec… nos Bad-doubles ! Je me retrouve à me dédoubler en Bad-Lully qui attaque la Good Lully et qui l’immobilise grâce à un sort d’immobilisation (trop forte la Bad-Moi !). Prise au piège par moi-même je regarde patiemment mes coéquipières batailler contre leurs propres doubles avant que le directeur du musée aux sourcils multicolores n’apparaisse dans un claquement de doigt pour nous remercier de notre mission.

Sache Lucien, « que d’où je viens la solidarité n’est pas un vain mot et que j’ai appris chez les saltimbanques à travailler main dans la main avec mes équipiers » alors là, je ne regarde pas derrière moi, je démarre ma voiture et je fonce à Frévent acheter l’Abeille de la Ternoise comme tu me l’avais conseillé, cher équipier Lucien !

A demain pour de nouvelles aventures, attention aux dégâts (1D20+6) !

PS : J’ai hâte que la nuit tombe car je vais pouvoir tester ma vision nocturne qui s’étend dans un rayon de 18 mètres hihi, je vais bien en profiter !

Jeudi 19 Février

Bonsoir Aurore,

En entamant ce nouvel article je me suis rendu compte que je n’avais encore une fois pris aucune photo aujourd’hui. Bon, il faut dire qu’il a fait très gris et que ça n’est pas ce qui habille le mieux les paysages en hiver, mais tout de même, je me dis qu’il faudrait que j’y songe pour rendre la lecture de cette page plus agréable. Je me fais une note mentale à moi-même.

Ce matin, je suis arrivé à 9h à TernoisCom. Élodie a l’accueil a dit « Bonjour Lucien », j’étais ravi. « Tu vas au service culture ? – Non, j’ai rendez-vous avec Sophie de la communication. – Ah bon ? pas avec la culture ? ». Alors elle a prévenu Sophie, et nous avons une petite interview, la moitié que tu devras compléter la semaine prochaine, dans l’espace de coworking. Je me suis assis dans l’un de ces deux énormes fauteuils oranges et j’ai dit qui j’étais, ce que je faisais là, et le moment que j’avais préféré cette semaine, face caméra, en reprenant mes phrases au début quand je m’emmêlais les pinceaux. Sophie a trouvé que je parlais assez facilement du projet. Mission accomplie.

Puis j’ai suivi Sophie jusqu’à son bureau qu’elle partage donc avec Léo qui s’occupe de toutes les affiches de tous les services de TernoisCom. Je venais transmettre le cahier des charges des organisateur·ices du festival de juillet que j’ai rencontré hier : 
– une image colorée, qui reprend par exemple les couleurs des projecteurs de concert, avec tous les couleurs de l’arc en ciel ;
– l’apparition d’une scène et d’un public qui fait la fête ;
– un environnement plutôt urbain, à l’heure du coucher du soleil ;
– la présence d’un cours d’eau qui rappelle la Ternoise qui traverse le square Warstein où aura lieu la scène ouverte.
Léo proposera prochainement deux affiches aux adolescent·es qui pourront ainsi choisir leur préférée et faire des retours pour être au plus proche de leur envie.
Et là, je me suis rendu compte que tout ça avait été très efficace et que donc j’avais du temps pour rentrer au gîte. Là on s’est appelé toi et moi parce qu’en parallèle on est en train d’écrire un gros dossier pour une prochaine création, mais tout ça je ne détaillé pas, tu sais tout, et il faut d’abord que je finisse de t’écrire avant de me plonger dedans ce soir.

À 11h55, j’étais devant la boulangerie Aux Chichis d’Auxi parce que j’étais invité à une auberge espagnole ce midi. Fermée. La supérette fermée. La boucherie fermée. J’étais bien embêté. J’ai demandé à Jean-Michel si je pouvais venir les mains vides il m’a dit « pas de problème il y a de quoi partager ».

Jean-Michel qui s’inquiétait parce qu’il ne me voyait pas arriver. C’est que je faisais un petit point avec nos très chères Elyne et Anne-Sophie de Pollen sur la résidence : ce qui va, ce qui va moins bien, ce qu’on pourrait améliorer… C’est tellement confortable de savoir qu’elles deux nous chouchoutent et font en sorte que tout se passe au mieux pour nous ici.

Là donc je dis à Jean-Michel que j’arrive et je file à Beauvoir-Wavans (c’est juste à 5 minutes de route d’Auxi). En fait, il m’a convié à venir écouter Léa et Jason de Faubourg 132 qui ont fait un super projet jusque juin 2024 autour de la Transternésienne. Les habitant·es ont dessiné sur un calque par dessus les photos du chemin le futur dont il rêve pour les différents spots de cette promenade, les constructions qu’iels aimeraient voir apparaitre. Léa dit « On sent que là c’est le bon moment », c’est-à-dire le moment pour se relancer dans deux ans de présence afin de construire les rêves, en dur. Il y a plein de partenaires autour de la table, et les deux artistes ont préparé un très beau dossier artistique qui explique tout ce qui a eu lieu, et tout ce qui pourrait advenir. Il y a un dossier de subvention à déposer pour la semaine prochaine (tu vois, tout comme nous) et iels viennent s’assurer que tout le monde est d’accord pour repartir à l’aventure. Oui, tout le monde l’est. Là, petit cafouillage, une question administrative bloque, qui dépose ? comment on fait avec l’argent ? Léa qui avait été hyper convaincante (j’ai adoré l’écouter, je voulais déjà participer à leur projet) panique un peu. Ça passe des coups de fil, il faut trouver une solution, vite. Pendant ce temps-là on mange, on boit, (mention spéciale au moelleux au chicon, et à la crème anglaise maison), Jason me donne une bonne adresse pour manger pas cher (le PMU d’Auxi), je dit à Janick que j’ai un projet à lui proposer, je présente à tout le monde ce qu’on fait nous là, ici, et déjà je dois partir. Je dis au revoir à tout le monde, et enfin à Léa. Elle me dit « si tu veux savoir aussi, c’est bon, on vient de trouver la solution, on dépose le dossier ». Oui je voulais savoir, et ohlala comme je suis content pour elleux.

J’arrive tout pile à l’heure à la Pannerie, le foyer de vie d’adultes en situation de handicap de Frévent. Je viens pour qu’on danse, et que je les filme en train de danser. Iels sont content·es de me voir arriver, et je sourit très fort, et je fais quelques blagues. Rapidement Dylan qui ne voulait pas se joindre à nous semble me trouver sympathique et vient s’assoir juste à côté de moi. Jennyfer est stressée, elle n’est pas sûre de savoir danser. Françoise est à fond les ballons, de toute façon depuis que j’en ai parlé à la gym douce lundi du fait que j’allais venir, elle est prête. C’est super effrayant d’avoir quelqu’un qui débarque pour filmer, surtout quand on danse, alors je rassure tout le monde : rien n’est obligatoire, et même quand on ne bouge pas on danse déjà un peu. On souffle un bon coup. Et puis on s’échauffe, on créé le début d’une chorégraphie collective, que l’on met ensuite de côté, l’idée c’est de danser librement, pas de suivre des indications. Chacun et chacune se lance et les huit personnes qui étaient là passent toutes devant la caméra. On choisit leur chanson préféré, Stéphane les lance sur son téléphone et go. Moi je crie « c’est super, lâche rien, encore plus haut les bras », et quand je sens la panne d’inspiration je coupe. C’est super joyeux. 

Bon, le problème, je ne te le cache pas, c’est la lumière. Sur mon écran, l’image est toute grise et parfois flou, ça manque de lumière. Je leur dit direct : « vous tout va bien, moi je doute ». Je dis que je regarderai tout ça plus tard, voir ce que je peux faire, et si jamais c’est pas bien, je reviens au printemps et on remet ça mais dehors, sous le soleil. Personne ne m’en tient rigueur et tout le monde est prêt à recommencer si besoin. Me voilà rassuré.

En rentrant j’ai vu Martine, j’ai réservé une semaine de plus dans son gîte et elle m’a écrit « Avec grand plaisir, 
je prendrai bien soin de vous ». Merci Martine.

Je viens de relancer le poêle à pellets, la nuit est tombée. 

Je t’embrasse,

Lucien

Mardi 17 & Mercredi 18 Février

Chère Aurore,

Oh comme les journées furent denses ces deux derniers jours. Je n’ai pas trouvé le temps de t’écrire avant maintenant. Je viens d’arriver à Tartous et Compagnie, où j’ai été accueilli par Fabienne avec un crêpe toute chaude, les restes du mardi gras. Les confettis sont partout sur le sol et je serais bien resté au comptoir pour siroter mon verre, mais d’abord je voulais t’écrire quelques lignes.

Hier, le début de la journée ne s’est pas passé exactement comme prévu. J’avais rendez-vous avec Jean-Charles de l’espace numérique de St-Pol-sur-Ternoise, mais il venait d’apprendre qu’il avait finalement un groupe d’enfants qui allaient débarquer sous peu. Alors, on a reparlé très rapidement de ce projet de grosse machine DIY pour contrôler nos ordinateurs pour nos futurs spectacles du mois de juin, vérifié que notre idée était réalisable, pensé à quel groupe on voulait faire participer à cette création et déjà les enfants étaient là. Iels venaient faire un atelier avec le logiciel RPG Maker. Je n’ai écouté que le début, parce que sinon j’aurais passé le reste de ma semaine à geeker sur les ordinateurs. En effet ce logiciel permet de créer de toute pièce un monde et une histoire dans l’esthétique de Zelda ou de Pokemon. On peut créer des cartes, des personnages, écrire les interactions, créer des quêtes. Bref devenir le créateur du jeu. Je me suis dit que peut-être quand tu auras fait ta formation jeu de rôle et rencontré les ados de Pernes, ça pourrait être un outil qui t’intéresse pour l’histoire ternoise que vous avez envie de créer. Mais on en est pas là. Moi j’ai fui, gardant en moi mes pulsions de fan de nouveaux outils informatiques.

Ça m’a laissé le temps de faire une sieste au gîte. J’ai réussi à en faire une (petite) tous les jours. Tout à l’heure d’ailleurs c’était drôle parce que j’ai mis endormi mi éveillé, et je voyais se mêler derrière mes paupières ce que j’écoutais à la radio et des situations absurdes, pendant plusieurs minutes. Tu sais à quel point j’apprécie être dans cet état là, j’ai rigolé, tout seul au gîte du Moulin.

L’après-midi j’avais rendez-vous à Auxi pour créer des petits bouts de Moi, canard, une réécriture du conte du Vilan Petit Canard. Les enfants adorent cette histoire, et Jean-Michel de la médiathèque avait eu le temps de commander le livre édité chez Cambourakis, et les illustrations ont fait l’unanimité. Iels étaient douze enfants et quatre adultes en face de moi, dans l’extension de la médiathèque où le soleil entrait par les fenêtres, on a eu très chaud, et Jean-Michel a fini par aérer à grandes ouvertures la salle. En effet, à force de faire les grenouilles, les très grandes étoiles de mer et les tout-petits oursons, les éléphants, etc. tout le monde a bien sué et ça sentait fort la faune du monde entier. Il y a avait des très petit·es (7 ans) et des très grand·es (11 ans) et c’était pas super facile de trouver ce qui allait plaire à tout le monde. Et puis, tu le sais, je n’ai pas mon BAFA, alors je sais pas toujours comment être « divertissant ». Certain·es ont adoré lire des passages du texte hyper difficile, d’autres ont adoré se rouler par terre, la plupart ont aimé faire des tableaux de mare aux canards. Mais finalement on a pas fait un spectacle. L’idée de répétition n’a attiré personne, alors j’ai varié les plaisirs, et été attendri et touché par la façon dont chacun·z interprète une seule fois la sirène, ou la maman canard. J’ai dit : « attention là c’est écrit COIIIIN COIIIIN et non COIN COIN, il faut bien entendre la différence », et tout le monde a bien compris. 

Je repensais remettre le couvert autour du texte ce matin avec un autre groupe de 12 enfants et 4 adultes, mais quand je suis arrivé Amandine, la directrice, a dit : « ah je pensais que ce serait une femme. Tu viens pour faire de la danse c’est ça. » J’ai dit : « ah non c’est moi. Et oui on va danser ». Ça me plaisait ce matin de danser plutôt que de faire du théâtre, j’avais encore les paupières gonflées et le corps engourdi alors c’était l’occasion de se mettre en jambe. C’étaient encore des très petit·es et des très grand·es, et aussi des très timides qui n’osent même pas dire leur prénom, et d’autres qui étaient hyper bavard·es. Alors encore une fois y’a des protocoles qui ont amusé certain·es, d’autres qui étaient trop faciles pour d’autres, j’ai jonglé, Aurore, j’ai jonglé comme j’ai pu. Dans le grand gymnase tout froid qui résonnait, j’ai raconté cette fois de mémoire toute l’histoire du Vilain Petit Canard, et tout le monde a trouvé l’histoire incroyable. Et à la fin, j’ai fait ce qui est finalement toujours une bonne idée : partir des désirs de chacun·e. L’un voulait faire du karaté, l’autre du hip-hop, l’une du judo, l’autre de la gym, et puis il y a eu ce tout petit qui ne savait pas dire son prénom qui a fini par y aller et qui temps que la musique durait bougeait ses bras en rythme, mi danse du robot, mi danse contemporaine, face à nous les yeux dans les yeux, imperturbable. Et en travaillant les entrées, les placements, les moments où ça commence et où ça s’arrête, avec un instant où tout le monde danse la même chose, ce gros mélange hybride a fonctionné, en tout cas suffisamment pour accélérer la cadence de mon petit cœur. Ça n’existera pas une deuxième fois. Et je crois que ça aussi ça rend cet instant très beau. Pour 12 enfants, 4 adultes et pour moi, c’est tout.

Mais j’ai brûlé les étapes, parce qu’il s’en est encore passé des choses à Auxi hier. D’abord Jean-Michel a pris cinq minutes pour me montrer le courrier du Roi d’Angleterre. Oui, tu lis bien, le Roi d’Angleterre ! Le groupe anglophone de la médiathèque lui a écrit, et lui, il a répondu. Preuve à l’appui : 

Ensuite, Justine en service civique au Moulin, qui avait passé l’après-midi avec nous, m’a emmené rencontrer Catherine et Sandrine, tu sais celles qui sont en train préparer le Festival des Cannes. Le Moulin c’est un établissement de vie social situé dans une toute belle maison en plein centre d’Auxi. Avec les trois, j’ai passé un moment très doux, et hyper enthousiasmant. Elle m’ont raconté tout ce qu’elles font pour ce festival, le tournage qui se prépare, qui va être ÉNORME, plusieurs jeudis consécutifs, avec l’EHPAD, des primaires, des collégien·es, les familles qui viennent au Moulin. Elles voulaient faire petit la première année et faire plus gros l’année suivante. Mais échec, dès cette première année tout est très grand, très impliquant, très ambitieux. Je leur ai dit à nouveau à quel point j’avais envie de filer un coup de main pour tout ça, et surtout pour le jour de la sortie du film. Alors elle m’ont donné le cahier des charges, je leur ai dit ce qui me trottait dans la tête, je crois que tout le monde est satisfait. Mais malheureusement je peux pas t’en dire beaucoup plus ici parce que ça va être un secret, jusqu’au 13 mai. Heureusement que j’ai progressé dans le fait de savoir garder des secrets !

Là, il aurait pu être l’heure d’aller se coucher, mais l’Abeille du Ternois m’a eu, avec sa page activités de la semaine. En effet, au détour des colonnes, j’ai découvert que la compagnie les Parlantes, qui est en train de finir sa résidence dans les 7 vallées, c’est vraiment juste à côté, faisait une présentation de son travail à à peine 30 minutes de route. Eh bien moi, j’y suis allé. J’étais un peu en retard mais on il restait justement une chaise dans le rond des participant·es, et sans que j’ai eu le temps de réfléchir, je faisais déjà partie d’une chorale qui chantait une vieille chanson avec des Picards en lutte contre l’ennemi. Le travail de territoire des Parlantes était dans le cadre d’une commande autour du patrimoine. Alors après avoir bien chanté, nous avons écouté Sébastien Landrieux, non pas celui qui fait les visites homosexuelles de Lille, mais un autre historien, amateur celui-ci, qui est passionné d’Hesdin et sa région, là où nous nous trouvions. Du néolithique à la seconde guerre mondiale, il a raconté chacune des étapes historiques de là où il est né. Sous le regard intransigeant d’une habitante qui connaissait déjà l’histoire, et qui ne lui permettait pas de dire 1094 si c’était 1072. Les dates ce sont les dates. L’exposé termine, j’ai été invité à partager le buffet avec les 20 personnes présentes. Le jus des pommes du jardin de l’une, le pâté de sanglier d’une collègue de l’autre (« Vous êtes le Lucien qui était à Auxi cet après-midi ? », les nouvelles vont vite), de la salade de pomme de terre que mon amoureux aurait adoré, etc. Et puis ce fut au tour des Parlantes de nous présenter les scènes rédigées pendant leur résidence autour des chevaleresses. Une pièce de théâtre que nous lisions nous-même donc chaque scène finissait par un choix multiple. Sache que quasi unanimement c’est les femmes qui s’entrainent à se battre et les émissions de télévision qui gagnent à tous les coups. À 22h, épuisé, je me suis enfui avant le dessert. On se couche tard dans les 7 vallées.

Sur le retour, une biche. J’adore rouler de nuit ici. J’adore rouler tout court ici.

Ce matin, les canards, et cet après-midi j’étais avec les ados du Pass’âge qui préparent un concours de talent, une scène ouverte et un festival. C’était assez méta comme moment. J’avais l’impression de continuer à préparer notre résidence ici : trouver un titre accrocheur avec le mot Ternois dedans, créer des visuels qui donnent envie, s’adresser à des potentiel·les participant·es et leur donner envie de nous rejoindre en un texte qui tient sur un flyer, créer une affiche, organiser le calendrier, se répartir les tâches, etc. J’ai tenté de donner des bons conseils, de réfléchir à comment contourner certaines règles. Au bout d’une heure et demie, à court d’idée, je leur ai proposé de me passer une commande, et je leur ai dit que je leur enverrai des éléments demain soir. Je te montrerai mes propositions graphiques, et te parlerait des pistes de titre, mais avant ça, je dois faire décanter, faire reposer la pâte, comme Fabienne qui met de la bière dans sa pâte à crêpe puis qui la laisser lever ensuite pendant suffisamment de temps le temps que la levure agisse.

Voilà, je vais me reprendre un verre au bar, laisser la pluie glacée tomber un peu, et papoter au comptoir.

Bisous, bisous,

Lucien

Lundi 16 Février - la nuit

Aurore, de bon matin ce mardi, je prends quelques notes de ma soirée d’hier. La nuit est tombée bien vite, et quand je suis arrivé à Averdoingt il faisait déjà tout noir, et aussi tout grêle. Le refuge de la médiathèque fut doux et chaud. Et rapidement, la nuit est devenue irréel.

D’abord parce qu’Oxygène ton livre se passe autour d’une table ronde où chacun·e vient présenter ce qui l’anime, des livres bien sûr, mais aussi des réflexions, des films, des objets surréalistes, des stars que l’on rêve de croiser encore et encore. Je suis resté pendant deux heures autour de cette table, je ne pourrais bien sûr pas tout te raconter mais je te partage quelques extraits de ce que j’ai découvert avec cette société pas vraiment secrète.

Il y avait Yannick, Jean-Michel, Dominique, Mireille, Bernard, Chantal, et une dame qui étais partie quand j’ai demandé le prénom de tout le monde pour ce blog. Cette dernière venait de lire un livre mi-fictif mi-historique sur la vie de la mère de Léonard de Vinci, mais comme elle devait aussi s’occuper des emprunts de la médiathèque elle n’est pas resté à toute la réunion. 

La poésie a été a l’honneur, et j’ai ainsi découvert le poète Jules Mousseron, ancien mineur, qui a écrit un poème qui devrait te plaire : il est en ch’ti et il s’appelle « Lutte des classes » :

Un mineur qui s’promno par derrière eul corron
N’veillot point s’t’ingénieur qui l’suivait d’un mètre long
Pensant qu’il est tout seul le mineur s’achemine
Et fait soudain un pet qui buc comme un coup de mine
« C’est pour moi qu’vous faites ça » que l’ingénieur lui dit
« Ché pour vous ? répond l’autre. Ah ben non, ché pour mi ! »
Et puis l’ouvrier s’en va bertonant à lui-même :
« Tous ché fainéants d’riches, i faudro tout leur faire »

Dominique, passionné de Fortel, nous a partagé un poème de Janine Soyez qui y habitait, et dont on fêtait justement l’anniversaire hier. Elle aurait eu 93 ans aujourd’hui, et ses rimes sont remplies d’amour.

On a eu une longue discussion sur la différence entre traduction et adaptation, et Yannick disait à quel point les chansons qui nous paraissaient si belles en langue étrangère devenait bien plates et insipides lorsqu’on les passait dans un traducteur informatique. Alors Bernard a conseillé de regarder le film La Femme aux 5 éléphants si comme lui la traduction nous passionne.

Mireille avait trouvé dans une vente aux livres, pour la modique somme de 50 centimes, un petit ouvrage dans lequel se trouve tout une quantité d’objets introuvables, avec croquis à l’appui, tel le peigne adapté à ceux qui n’ont plus de cheveux au-dessus. Et elle soulignait le fait que des objets improbables à l’époque avait fini par exister aujourd’hui : la baignoire à porte, ou le feu tricolore pour indiquer si les toilettes sont occupés, on en trouve dans les espaces publics des grandes villes et on a trouvé ça finalement bien pratique.

Jean-Michel demande si tout le monde a fini, sort le pétillant à la rhubarbe, et là Yannick intervient pour dire qu’il voudrait juste nous parler un instant de Jean-Jacques Goldman. Oh, comme tu aurais aimé Aurore, assîtes à la passion de Yannick pour ce chanteur, entendre toutes les anecdotes de télévision, de radio, de concerts, toutes les fois où il a croisé la route de JJG, des mots échangés. Un véritable ami-passion comme on les aime. Entre radio-crochet, Marianne Faithfull, Michelle Torr, Patrick Sabatier, l’émission Atout Cœur, le Car Podium de la Voix du Nord sur la route Lille-Hardelot, la Twingo de JJG, le premier étage du country club, tous les éléments d’une histoire truculente étaient réunis. Évidemment, le temps est passé trop vite, il était temps que je m’enfuis. J’ai laissé nos coordonnées à tout le monde, en leur disant qu’on espérait qu’il nous écrive.

Et la route du retour, 25 minutes, a fini de rendre étrangement magique cette soirée. Il y a eu le vent, la pluie torrentiel, un éclair soudain, des flaques qui faisaient jaillir l’eau de chaque côté de BB Kangoo, et tellement de lièvres, tellement de lapins, et même deux chouettes, qui ont attendu que je sois tout proche pour s’envoler. C’était un peu effrayant, et encore ce matin, je me demande si ce n’était finalement pas un rêve. J’aurais aimé que tu vois ça.

Ouhlala, 8h24. J’ai une journée qui m’attend moi. Je file. 

Bisous.

Lundi 16 Février

Salut Aurore,

Voilà je t’écris mon premier message suite à mon premier jour tout seul passé dans le Ternois. J’ai déjà beaucoup pensé à toi.

Ce matin c’était le départ de Lille. Rassure-toi, le portail électrique de mon parking était réparé, j’ai donc pu aisément sortir BB Tango et démarrer sous un petit rayon de soleil. Petit parce que dès que j’ai longé les terrils jumeaux de Loos-en-Gohelle (oui, mon GPS avait décidé d’un nouvel itinéraire ce matin) c’est la pluie qui s’est présentée sous formes d’averse, mais je n’ai pas pris peur, et j’ai continué tout droit. Là,au moment où je t’écris, le soleil est de retour et pointe son nez dans le Gîte du Moulin. Martine a tout préparé, il fait chaud et ça sent le propre, elle te passe d’ailleurs le bonjour.

J’ai commencé la journée par rendre visite à Marine et Gwenaëlle à TernoisCom. Comme nous dans la compagnie, elles sont un peu sur tous les fronts en même temps, mais joyeuses. Même si, la semaine dernière, les conseillers pédagogiques leur ont dit que personne ne les avait prévenu de notre résidence. Mais pas de panique, elles et Pollen cherchent là où l’information s’est perdue, et on retrouvera très vite une relation sereine. Marine est partie en réunion, et moi en pause café avec Gwenaëlle. 

On papote et j’en profite en même temps pour feuilleter le journal local, l’Abeille de la Ternoise, et là, tiens toi bien, qu’est-ce que j’apprends : la piscine de Frévent a « déjà » réouvert ! Oui je sais, on nous avait annoncé que cela pourrait encore prendre des mois, j’ai d’ailleurs laissé mon maillot de bain à la maison pour ne pas être déçue, mais en fait tout est rentré dans l’ordre et on pourra s’inscrire quand on veut à toutes les activités aquatiques proposées. « Et même l’accueil est très jolie » dit une collègue. Une autre lui demande « ah bon tu es déjà allé ? » « Non mais j’ai vu les photos. » Bref, en tant que reporter tout-terrain, je te laisse l’occasion de découvrir ça de tes propres yeux la semaine prochaine !

Je suis retourné dans le bureau de Gwenaëlle, on a fait le point sur la semaine, j’ai fait quelques impressions pour préparer mes interventions de la semaine, et puis je suis allé… m’acheter des baskets.

Oui, depuis ce matin je me disais que faire une rentrée sans basket c’était nul, que j’avais envie de chaussures adaptées au Ternois, alors j’ai foncé à Sport 2000 de la galerie marchande de l’Intermarché de Saint-Pol-sur-Ternoise. Quelle douce idée. D’abord parce que j’ai trouvé des baskets que j’adore déjà, et aussi parce que j’ai rencontré Anne-Sophie. Elle a vérifié à chaque fois que les chaussures étaient bien à ma taille, « il faut qu’il reste un demi-pouce », vraiment à chaque fois, ce qui m’a beaucoup rassuré, je ne me sens pas très autonome pour répondre à la question « ces chaussures sont-elles à ma taille ? » Et puis je lui ai parlé de notre résidence et elle m’a tout de suite demandé si on avait déjà rencontre Antoinette, tu sais, de la médiathèque de Frévent. J’ai dit bien sûr, et là j’apprends qu’elles sont copines. Alors je lui parle du Dalida Project, et de ma recherche de fans de Dalida, et elle me dit que je devrais me rendre à Art en Ciel, un club de peinture à Frévent, sa mère y est tous les lundis soirs (bon c’est fermé pendant les vacances, faudra que je patiente un peu). Anne-Sophie est de très bon conseil, elle connait aussi Magali, parce qu’elle travaille à la protection de l’enfance et elle s’est formée pour faire des lectures de conte. Je lui ai donné une carte, et j’ai pris son adresse mail, au cas où.

Je me suis acheté à manger et aussi l’Abeille de le Ternoise, une mine d’or pour tous types d’informations intéressantes. Et juste avant d’aller au gîte pour manger et faire une micro-sieste, j’ai fait un détour par Conchy-sur-Canche.

Oui parce que figure-toi que pour trouver la secrétaire de mairie de Tangry, c’était la méthode la plus efficace. En effet, Manon change de mairie tous les jours et ça ne lui a pas semblé bizarre du tout que je vienne la voir à cet endroit là pour lui parler d’ailleurs. Donc pour notre Bal Folk Forever, tout est noté sur un gros post-it, elle me tient au courant dans la semaine. À Conchy, j’ai aussi croisé Martine, la responsable des fleurs. Le comité des fêtes se réunit ce vendredi soir. J’ai dit que malheureusement je ne pourrai pas être là, mais me suis engagé à formuler par écrit une proposition de forme artistique pour le village. Je vais expliquer ce qu’on aimerait faire avec ce projet Jardin Secret, cette déambulation florale et intime dans les jardins des habitant·es. J’espère que ça leur donnera envie.

Micro sieste donc, puis hop, gym douce. Je suis pas arrivé au bon endroit. Je me suis rendu au Lieu de vie pour tous, mais ce n’était pas là, c’était à la salle Le Casino. Mais on a bien voulu m’indique la route « vous voyez la Caisse d’Épargne ? – Euh non, parce que… – La pharmacie ? – En fait je connais pas du tout Frévent encore. – L’énorme laverie, celle là on peut pas la rater. – Euh… – Bon vous voyez la médiathèque ? – Oui ! ». Les explications étaient super claires alors je suis arrivé avec quelques minutes de retard au cours, tout le monde m’a super bien accueilli. C’est Ophélie qui anime la gym douce et aujourd’hui elle a bien fait rire tout le monde parce qu’elle avait une perruque, un foulard, une jupe kaki serrée, des bas de contentions. Elle s’entraine déjà pour mardi gras qui aura lieu demain. On a commencé par marcher en canard (ça doit être un signe, c’est exactement ce que je pensais faire en premier avec les enfants demain) et surtout, on a fait un Madison ! J’étais tellement content. La musique en entier, avec même des petites variations. Et enfin on a travaillé les abdos. 

Pendant la pause, j’ai expliqué un peu ce que je faisais là, j’ai dit que je cherchais des fan de Dalida et des gens qui voudraient danser pendant que je les filme pour le projet Comment on danse dans le Ternois ? Bon tout le monde est encore un peu timide, moi inclus, alors je n’ai pas eu de candidature spontanée. Mais je me dis que c’est normal, c’est la première fois qu’on se voyait, moi et ces 28 personnes de tous les âges, et que la prochaine fois que nos routes se croiseront on se sourira et on papotera un peu plus longtemps. Et puis : je vais jeudi au Foyer de Vie La Pannerie, c’est Sabrina qui m’a invité, et en mars Ophélie m’a proposé de me créer un créneau de danse rien que pour moi pour qu’elles invitent les filles à qui elles donnent cours et qu’on fasse de la danse contemporaine ensemble. Youpi.

Pardon j’ai pas pris de photo. Et j’abrège un peu parce que j’ai rendez-vous au groupe de lecture Oxygène ton livre à 18h à Averdoingt.

Je t’embrasse et te réécris très vite,

Lucien

Vendredi 16 Janvier

Le dernier jour est arrivé. Dernier jour, avant notre retour en grande forme et en solo en février, chacun·e notre tour. Lucien sera là la première semaine des vacances et Aurore la deuxième. Les agendas se remplissent, les désirs se précisent, les fils se tissent, les prénoms ne sont plus sans visage, les rencontres continuent. 
La boucle de cette première semaine d’immersion sera bouclée grâce à Martine ! On vous a parlé d’elle dès le premier jour. Nous vous proposons d’écouter Martine nous parler du lieu où elle travaille et donc d’apercevoir avec vos oreilles ce que nous voyons tous les matins en tirant les rideaux de nos fenêtres encore embuées du Ternois. 

Jeudi 15 Janvier

Bonsoir. On vous fait un rapide coucou depuis la salle des fêtes de Croisette parce que dans quarante minutes on se présente à nouveau devant on l’espère un groupe un peu fourni. 

Ce matin on est passé prendre un temps avec Yohann et Perine (oui, attention à ne bien mettre qu’un seul R) de TernoisCom pour parler Centre Aéré et Colonies de Vacances. Aurore en a profité pour avouer l’amour qu’elle porte aux animateur·ices qui se passionnent dans ces voyages organisés, et a fait part de son envie de les rencontrer. Yohann a proposé une raclette en février (« c’est pas encore trop tard en février ? ») et Aurore était comblé. Lucien a demandé où il fallait qu’il aille passer un temps avec les plus jeunes du Centre Aéré, on lui a répondu Heuchin, il a dit « va pour Heuchin ».

Après on a profité d’un temps en solitaires pour faire des montages pour le blog et pour la présentation de ce soir.

Et puis on a rencontré Marie-Hélène du Lieu de Vie pour Tous de Frévent. Malheureusement on n’a pas le temps maintenant le tour de TOUTES les activités du lieu, sinon on sera en retard mais juste pour vous donner un peu envie, on a déjà prévu d’aller suivre un cours de polonais et de lancer une petite annonce pendant la gym douce pour lancer le Projet Dalida.

Aurore a fini le montage sonore de Martine, Marine est arrivée, le vidéoprojecteur est installé, on doit vous laisser. À très vite !!

Mercredi 14 Janvier

C’est déjà le jour où on se splitte pour être encore plus partout que partout. Lucien démarre le moteur à 08h45 pour aller à Frévent rencontrer Jean-Michel, le responsable de la médiathèque tandis qu’Aurore fait chauffer l’enregistreur pour une visite guidée des parcours de pêche avec Martine, bottes obligatoires. On se retrouve environ une heure plus tard au QG pour un café rapide : Lucien est tout excité en nous disant : « Festival de Cannes » en mai, Aurore est un peu émue des souvenirs de pêche avec son grand-père qui sont remontés à la surface. Rien n’était prévu et c’est pour ça qu’on a été selectionné·es alors c’est normal qu’on se laisse surprendre. Pris à notre propre jeu. Avec Martine on fait le tour des 6 mois qui arrivent pour caler les dates où nous dormirons au gîte, on a de la chance, presque tout est okay. Presque, alors si vous connaissez des gens qui ont des nids douillets pour artistes mobiles dans le Nord du Ternois, on est preneureuses ! On vous redonne notre adresse mail : laponcternois@gmail.com (si vous êtes fan de Dalida, n’hésitez pas à nous envoyer aussi un mail !)
On se remet en route, direction la médiathèque-ludothèque-EPN de Pernes. Jennyfer est là et nous présente Melissa qui nous accueille dans la petite cuisine avec un café et on commence à débroussailler : c’est quoi tes passions ? Ton lieu préféré du Ternois ? Et vous avez des groupes de lecteur·ices ? Et les ados, ils sont où ? Selon toi, qui doit-on absolument rencontrer ? Le rendez-vous est pris en février pour une formation accélérée aux jeux de rôles lundi matin à 10h.  Et pour la création avec les ados d’une déambulation dans les rues de Pernes ? La porte à côté s’ouvre et nous rencontrons Thibaut qui gère l’EPN (espace public numérique) et qui connaît mieux le public des groupes d’ados joueur·euses de jeux vidéos qui viennent pendant les vacances scolaires. Parfait, Aurore viendra se présenter et sonder directement les concerné·es pour savoir ce qu’iels aimeraient faire. Déjà midi, le bâtiment va fermer, les pauses vont commencer, il est temps de filer mais attendez, on vous donne notre carte de visite ! 
Pas de pause pour La Ponctu, on mange en téléphonant, on parle en mangeant, on branche vite fait les ordis en avalant trois pâtes tièdes, un dernier carreau de chocolat, il faut y aller, on a rendez vous avec Madame Huré devant la mairie de Conchy-sur-Canche. 
Stop : le temps s’arrête autour de la grande table du Conseil Municipal, Lucien et Aurore découvre bouches bées le monde des villages fleuris. Madame Huré est adjointe au fleurissement. La classe ! C’est pour ça qu’elle a été recruté au conseil : pour ses fleurs. Il faut dire qu’elle a été à bonne école à Boubers-sur-Canche, car deux villages avec quatre fleurs côte à côte, c’est unique en France ! Lucien et Aurore pensent tout de suite à Jardins secrets, une forme artistique avec des fleurs qu’iels avaient créé dans l’Oise avec des jeunes adultes du Moulin Vert. Raconter devant un petit public son histoire, son parcours, sa vie avec des fleurs. Ça pourrait être joli de faire ça ici, à Conchy et peut-être même avec Boubers et la pépinière. Il faudra se revoir pour un parler mais avant de se quitter on fait quand même le tour du jardin de Madame Huré, son dada : les écorces colorées. Le parking à côté de sa maison est plein, la musique s’échappe de la salle de la Scierie, le thé dansant bas son plein. Lucien et Aurore quittent Madame Huré pour pénétrer dans le sas qui mène directement au plancher de danse. L’accordéoniste annonce un mambo, la musique se lance et nous nous hurlons des politesses et des présentations avec les deux monsieurs de l’accueil. On arrive avec notre plus grand sourire à s’échanger nos numéros de téléphone et nos adresses mails, on prendra un rendez-vous en février, promis, Lucien était trop triste de devoir décliner les invitations des danseur·euses. 
Et vous l’attendiez tous, le voici, le voilà, notre marronnier à nous : notre rendez-vous chez la coiffeuse. Cette fois ci La Ponctuelle a été coiffé par Chloé qui ne connaît pas très très bien le Ternois mais qui fréquente quelques boîtes de nuits du coin. Originalité, défi fou, dégradé espagnol, longueurs, repousse, en rouge et noir. Elle choisit la chanson sur laquelle on fera le montage vidéo, et Lucien décide d’utiliser la version de notre copine Claustinto.

Là, on s’accorde la pause qu’on n’a pas pu prendre à midi. Aurore fait des petits jeux sur son téléphone, et Lucien fait une sieste, comme d’hab’. Parce qu’après on repart déjà pour de nouvelles aventure à trente minutes de route : direction Monchy-Breton. D’abord parce qu’on veut rencontrer Fabienne, qui nous a été conseillé par Philippe Defurnes, le beau-père de Lucien, dont il a déjà parlé dans sa chanson Ça fait pédé·e. Fabienne est la marraine de son fils, mais ici ce qui nous intéresse dans le cadre du SixTer, c’est qu’elle tient un bar au dynamisme débordant : Tartous et compagnie. Programmation culturelle et festivités s’y enchainent toute l’année, et du mercredi au dimanche il y a toujours du monde. D’ailleurs ce soir Fabienne n’est pas tout à fait disponible pour qu’on avance sur quelque chose ensemble. Mais c’est pas grave, on a le temps, on peut se rappeler, et puis surtout, on est aussi venu·es pour prendre une pizza chez Pizza Yoyo. Les deux acolytes sont là tous les mercredis devant le café, et on nous a soufflé à l’oreille que c’étaient les meilleurs pizzas du coin.

Victime de son succès Pizza Yoyo est aussi un peu sous l’eau, et nos pizzas elles sont restées trop longtemps dans le four. On est prêt·es à les manger, mais c’est mal connaître la patronne qui insiste pour nous en faire des nouvelles. Alors on reprend une Jupiler 0% et un Perrier chez Fabienne et on patiente un peu. La deuxième fournée est la bonne. On se régale. 

Ah oui, on devait aussi passer voir les seniors du club de foot. On ne les a pas trouvé. On les rajoute à la liste qui s’allonge à une vitesse folle : « toutes les personnes qu’il faut qu’on rencontre dans le Ternois ».

Mardi 13 Janvier

Ce matin, on s’est levé un peu tendu·es, oups. Quand on est comme ça en résidence, les journées s’allongent et se densifient. Pourtant la vie de la compagnie continue, les spectacles en création approchent, des devis sont attendus, les demandes de rendez-vous se multiplient, la boîte mail se remplit. Il faut parvenir à jongler entre le présent et l’avenir. « Oups j’ai fait tomber l’avenir ! »

On décide de commencer par le présent, on a décidé d’être dès 9h à Frévent, à l’ouverture du salon de coiffure, parce qu’on a pas réussi hier à réserver sur internet pour aujourd’hui, et on se dit que si on est les premièr·es on arrivera bien à trouver une place. Faux, puisque le salon de coiffure, le mardi, est fermé. Pas grave puisqu’on a aussi décidé d’aller dire bonjour sur le marché. Mais tout le monde est bien occupé à faire ses courses, il pleut et le soleil ne se lève pas encore vraiment. La médiathèque, notre prochain objectif n’est pas encore ouverte. Bon. On décide de rentrer à la maison, de prendre une vraie heure pour régler les urgences du futur et quand c’est fait, on revient à Frévent, et là, ça y est, c’est ouvert, on rentre dans la médiathèque.

Antoinette stoppe en plein élan ce qu’elle était en train de faire avec sa bédée. On dit qu’on vient se présenter, mais que l’on peut attendre, mais c’est mal connaître Antoinette. Pour elle, l’accueil passe avant tout. Alors, vite vite, allons nous assoir autour de la table à café, et papotons. On dit qu’on vient de la part de Jennifer, et Antoinette est déjà à nouveau debout, elle devine que si nous sommes ici c’est pour la beauté des lieux. Les céramiques sur les murs, vestiges de l’ancienne boucherie, « attention la marche », la cour intérieure qui même en hiver donne envie de s’y délasser, la salle d’activité qui peut recevoir 40 personnes et dont une porte donne sur le parc (là où Antoinette et ses collègues organisent les blind-test pour lesquels il faut courir, courir). Le tour des lieux est fait, on imagine ensemble des projets. On se sent bien, on imagine déjà ce que l’on pourrait faire ensemble. Ça fuse. C’est joyeux. Vous verrez, à la médiathèque de Frévent on va bien s’amuser. En plus, Lucien a le droit de s’inscrire à l’ensemble des médiathèques des réseaux et reçoit sa carte d’inscription. Oui, la joie.

Alors on toc chez Cocotte. Le magasin que nous a recommandé Martine du Gîte. Une boutique hyper chic de produits locaux dans laquelle Valentine est en train de papoter avec un copine. On regarde les confitures, terrines, fromages et objets de décoration, Valentine nous demande si on cherche quelque chose et on dit juste qu’on attend notre tour. « Vous pouvez attendre longtemps, nous on parle sans nous arrêter ». Alors on s’entraine à se présenter, à expliquer notre projet. C’est pas encore facile, parce que même quand on dit que ce sera plus clair en visitant ce blog, on se rappelle qu’on a encore qu’un seul article. On dit aussi qu’on va rencontrer plein de monde, mais on ne sait presque citer personne parce que c’est cette semaine que tout commence. Valentine nous raconte aussi son projet, beaucoup plus abouti, il suffit de regarder autour de nous. Cette boutique c’était son nouveau rêve, elle l’a fait, et elle pétille à l’intérieur. On cherche le produit qu’elle a qui vient du moins loin possible, ce sont des lentilles Graines en Nord. Et puis on se dit qu’on repassera bientôt pour revoir Valentine et lui donner des nouvelles, quand nos étalages à nous aussi seront un peu plus remplis.

Quelques pâtes à la bolognaise végétale et copeaux de parmesan plus tard, nous repartons déjà sur les routes, direction Ramecourt. Il paraît que là-bas, un maire donne rendez-vous pour un café hebdomadaire dans une petite cabane en bois à côté de la place du village pour papoter avec les habitant·es, et que ça marche plutôt pas mal. On trouve la cabane, malheureusement elle est fermée. La permanence de la mairie, c’est pas aujourd’hui. Il va falloir qu’on prenne quelques renseignements supplémentaires avant de revenir.

Prochaine étape, le Tiers-Lieu numérique de Saint-Pol-Sur-Ternoise. Dès l’extérieur de cette ancienne maison notariale on entend les rires. Les retraité·es découvrent à quel point il est facile de produire des vidéos à partir de la photo d’une personne et de lui faire faire n’importe quoi. Alors, tout le monde rigole en voyant l’un des deux animateurs embrasser une femme créée par intelligence artificielle et qui n’est pas la sienne. Tout est faux, mais le résultat est bluffant. On rencontre Cédric et Jean-Charles qui s’occupent de l’espace numérique et du fablab. Là encore, malgré notre rapide présentation, la question se pose encore « mais du coup vous allez faire quoi ? ». Alors, on prend le temps de s’assoir sur une chaise, et d’apprendre à se connaitre un petit peu plus, ça aidera. Cédric a des petits problèmes de vue et adore tout ce qui touche à la programmation. Jean-Charles a des petits problèmes d’audition et est un expert du bidouillage. Le premier a créé une application qui permet la gestion des cimetières qu’il pensait mettre à la disposition des mairies. Le second a inventé une baignoire qui permet de jouer à Mario Kart. Et aujourd’hui ils sont là, à répondre à des commandes de communication, à accueillir des projets de fabrication, à bidouiller des machines, à transmettre des outils pour appréhender internet, et à tester des prototypes. Ainsi, on découvre avec étonnement ce Manneken Pis permet de jouer de la musique. « On prend rendez-vous ? » Aurore viendra bientôt assister à un cours de numérique spécial Spam, et Lucien rêver de possibles objets pour les spectacles du mois de Juin.

4 minutes de voiture plus loin se trouvent Les Ballastières, un Tiers-Lieu de Résidences artistiques. On sent qu’on va nous en parler souvent, et ça nous rend déjà curieux alors on frappe à la porte de cet énorme corps de ferme. Personne. Aurore envoie un texto. Tout à l’heure Giulia l’a rappelé. Elle aussi trouve que c’est une bonne idée de nous rencontré. Aurore et elle ont rendez-vous en février autour d’un café.

Et cette fois, direction l’extrême sud du Ternois : Auxi-le-Château. Objectif : trouver Jean-Michel dans la médiathèque. Premier obstacle : la médiathèque n’a pas de porte d’entrée. Heureusement, une vive marcheuse équipée de bâtons nous indique qu’il faut d’abord passer par la cour de l’école, et là on trouvera la porte d’entrée. Elle semble douter de notre capacité d’autonomie, puisqu’elle nous suit de loin, continuant les indications, et s’assure que nous ayons réussi à passer la porte avant de continuer avec entrain sa randonnée nocturne, il est 17h30. Claudine est derrière le bureau des réservations. Agnès est un peu plus loin en train de lire consciencieusement un dictionnaire. « Bonjour, on vient voir Jean-Michel ». Pas de bol, Jean-Michel n’est exceptionnellement pas là, il rend visite à une autre médiathèque. Zut. Mais Claudine a déjà décroché le téléphone fixe et dit à Lucien, « je l’ai là, venez lui dire ce que vous faîtes ». Lucien propose plutôt à Jean-Michel de revenir demain. Quand Claudine se rend compte qu’Aurore ne pourra pas être aussi présente elle dit : « alors, venez, je vous fais visiter ». Claudine adore les livres, elle lit tout le temps, elle est intarissable. On parle des dernières sorties, des succès de librairies que l’on trouve pourtant très mal écrit, des auteur·ices qu’on aime et qui parfois nous déçoivent, et de cell·eux dont on ne se lasse jamais. Claudine et Agnès sont bénévoles, alors dans la médiathèque elles ne font que ce qu’elles ont envie de faire, c’est ça l’avantage qu’elles ont aujourd’hui, ne faire que ce qu’elles veulent.

On pensait trouver un espace numérique dans la médiathèque mais Claudine et Agnès nous disent qu’il les a quitté, que maintenant elles n’ont plus ni jeunes ni informaticiens bien pratiques juste à côté d’elles. L’espace numérique est parti plus loin dans un nouveau bâtiment de TernoisCom. On propose d’y aller pour râler. Mais quand on arrive là-bas ce n’est plus l’heure pour le numérique. Pourtant il y a des enfants qui sont à l’intérieur de cette ancienne gare toute rénovée, et qui font tout pour essayer d’ouvrir la porte à Aurore. Lucien tente un « viens, on laisse tomber », mais Aurore ne laisse pas tomber si facilement. Alors elle patiente, tire une ou deux fois sur la porte, patiente encore. Et là, c’est Pascal qui débarque. Lui il s’occupe pas du numérique, mais c’est le directeur de l’école de musique, au rez-de-chaussée. « Vous voulez visiter ? » Banco. Pascal est hyper sympa. Il nous ouvre les portes de toutes les salles. Il est super content de ce nouvel équipement. Il a l’air super content en général. Et la rencontre est facile. Ça ne lui fait pas peur qu’on ne sache pas exactement ce que l’on est en train de faire, il est prêt à nous faire une place, à réfléchir de son côté à ce qu’il pourra nous demander. On prend des rendez-vous, on échange nos numéros. On se fait une ou deux blagues. Il nous fait penser à un copain.

Dans la route de retour vers le gîte Aurore dit « je suis TROP CONTENTE d’aller à la chorale !! »

Lundi 12 Janvier

C’est le Jour 1 de la semaine d’immersion, le jour 1 de la semaine 1. À 8h40, à Lille, on s’inquiète comme à chaque départ, on s’assure d’avoir tout pris : « je vérifie juste que j’ai mon chargeur » ; « c’est bien toi qui prenait une carte son ? » ; « bon, au pire j’ai bien ma carte bleue dans ma banane dans mon portefeuille, oui, elle est là ».

Le GPS est lancé, 1h20 de route pour se rendre jusqu’aux bureaux de la Communauté de Commune à Herlin-le-Sec. L’occasion de se raconter le week-end, ou plutôt le dimanche, on s’est vu aussi samedi soir, et on a passé toute la semaine précédente ensemble. Alors on rentre dans les détails. Lucien n’a pas vu la série qu’Aurore vient de finir de regarder (Wagner) et pourtant il en connaît tous les rebondissements, et Aurore n’est pas venu mangé la galette chez la meilleure amie de Lucien, mais elle pourrait largement faire comme si. Voilà, le trajet est déjà terminé.

On a 5 minutes d’avance et pourtant nous sommes les derniers. Anne-Sophie et Elyne de Pollen, l’association qui nous facilitera la résidence sans jamais nous abandonner, sont déjà là, tout sourire. On pense à Mylène, qui travaillait avent à Pollen et qui nous a accompagné pendant quelques années à La Ponctuelle, alors on lui envoie une photo fissa.

Et 30 secondes plus tard, voici Marine et Gwenaëlle de la Com’ Com’, qui nous accompagneront localement pour la résidence sans jamais nous abandonner, les ordinateurs sous le bras, « le café arrive bientôt », elles nous emmènent dans une des deux salles de réunion, la salle Clarence.

Les deux salles de réunion, similaires mais en miroir, sont très impressionnantes. La télévision, qui permet notamment de faire des visioconférences, fait la largeur d’une Aurore allongée au sol. Elle est sur roulette (la télévision, pas Aurore) et au dessus se trouve une webcam (dit-on encore webcam ?) très grande qui est télécommandée et permet une fluidité impressionnante dans les échanges. Mais ce matin personne n’est à distance, alors on demande « on rapproche les tables, on se serre autour, le café est servi, et la réunion commence. On a tellement de choses à se dire qu’on oublie de faire d’abord un ordre du jour, Lucien panique un tout petit peu, mais après ça va mieux.

On annonce le nom du projet : SIXTER (Six mois dans le Ternois). On parle en premier de la dernière semaine, un festival qui réunira toutes nos rencontres, quatre spectacles différents dans quatre parties du Ternois, du 23 au 26 Juin, un festival donc qui s’appellera « LE QUATRE QUARTS DU SIXTER ». Tout le monde valide, on est ravi·es.

On créé les outils (agendas et feuilles de contacts partagées), on parle de nos méthodes (+ on passe par les mails, mieux c’est), on parle un peu toustes en même temps, on se donne beaucoup beaucoup d’informations, on se découvre, on apprend à se connaître. Et puis, c’est le moment de faire le tour des services, c’est-à-dire de tous les bureaux pas si grands, dans lesquels on rentre toustes en même temps, ça impressionne pas mal de monde ces 6 personnes qui débarquent dans leur bureaux, qui se présentent, qui vous disent « on aimerait bien un rendez-vous pour parler, dans la semaine si possible ». Même dans les couloirs on est un joli troupeau, et toutes les fenêtres donnent sur les couloirs, et tous les visages de tous les bureaux se tournent vers nous, alors on sourit, on dit bonjour avec les lèvres, pour montrer qu’on est aimable. Et bien sûr, on prend le temps de papoter trois minutes avec Élodie, à l’accueil, parce qu’elle va nous voir passer des centaines de fois, et on a envie de pouvoir se dire un petit mot gentil à chaque fois. L’accueil, c’est important. Retour en salle Clarence, on a encore deux trois trucs à se dire à nous six, on se disperse un peu. 12h20, on est épuisé·es et pas loin de l’hypo, alors à table. Direction la café de La Poste, à Saint-Pol-Sur-Ternoise.

Un plat du jour, un dessert, un café et quatre horoscopes plus tard, go go go, on retourne au bureau. Cet après-midi, nous avons déjà rendez-vous. D’abord avec Jennifer qui connaît tous sur les médiathèques du territoire, elle nous a imprimé les programmes et les petits feuillets récapitulatifs. Lucien est ravi d’apprendre que l’on est pas obligé de vivre dans le Ternois pour avoir une carte de médiathèque, il a déjà hâte de s’en faire fabriquer une. 

Et puis rendez-vous avec Sophie du pôle communication. Ce qu’on veut savoir, nous, c’est comment on s’organise. On essaye de comprendre ce qu’on peut ou ne peut pas faire, ce qu’on peut ou ne pas demander, quel matériel on peut emprunter et comment on doit s’y prendre. Bref, on veut créer de bonnes bases. Sophie nous donne une partie des réponses, pour le reste, elle doit se renseigner auprès de Mathieu qui prendra les décisions. 

Dans le couloir le massicot chauffe sous la dextérité des mains d’Anne-Sophie et Elyne, nos petites cartes de visite sur papier cartonné de toutes les couleurs sont prêtes, on a hâte de les distribuer partout. On en met un peu dans chacune de nos poches et on est content·es. Le portable d’Aurore vibre, c’est Martine qui nous demande à quelle heure on arrive au gîte. Il faut se mettre en route, on à hâte de découvrir notre premier logement. Bisous tout le monde de la Com’ Com’, on revient mercredi ! 

Martine nous voit tout à fait galérer à trouver l’entrée du gîte qui est situé au milieu d’une pisciculture alors elle nous guide par téléphone, on n’avait pas vu le panneau à cause du lierre et le portail n’était pas ouvert, 50/50 : faute partagée, on démarre sur de bonnes bases. On entre et tout de suite on papote, ici c’est pas chez Martine mais c’est quand même un peu sa deuxième maison, c’est elle qui a tout fait dans le gîte. Elle vient tout juste d’installer trois magnifiques photophores sur le rebord de la fenêtre mais elle a oublié les bougies, ce sera joli avec des bougies. Le poêle à pellets est en route, il y a du café, si on a le moindre soucis on l’appelle ! On ne vous en dit pas plus sur Martine parce qu’on a prévu de faire une petite balade avec elle cette semaine au milieu de l’eau, elle adore l’eau et les gens qui viennent pêcher… Ah si, ce qu’on peut vous dire c’est que le choix des coussins c’est elle aussi.

Après avoir rencontré Martine, on file au Lidl et les bonnes vibes qu’elle nous a transmises nous font nous sentir tout léger dans le supermarché. On chuchote dans le magasin calme. Aurore y achète des chaussures de marche, elle n’était pas prête pour la gadoue, et Lucien un lot de 10 nouveaux boxers, l’occasion de laver son linge se fait rare en ce mois de Janvier chargé, il vaut mieux être prévoyant.

Devant le feu, Lucien met du vernis, gris argenté. Aurore a préparé la salade composée. Il est 20h30, en voilà une bien belle première journée.